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GREEN FUTURE

 

Changement climatique : quand le GIEC donne un bon point aux collectivités territoriales

03/11/2014 | par Séverine Cattiaux | Toute l'actualité

hochwasser © mhp

Chercheur québécois spécialiste du changement climatique et membre du GIEC, Stéphane La Branche est aussi un acteur de de terrain qui conseille les collectivités territoriales. Malgré le dernier rapport très alarmant du GIEC, il reste optimiste, soulignant l'action des collectivités territoriales française dans la lutte contre le changement climatique

Le dernier rapport du GIEC est plus alarmant que le précédent. Cependant, vous estimez que la prise de conscience des collectivités locales est plus grande ?

Stéphane La Branche : J’irais plus loin que cela. Je constate que les collectivités locales disposent à présent d’une expérience d’actions en matière d’atténuation au changement climatique. Il y a certes toujours des obstacles, des contradictions, des freins, des services qui ne coopérèrent pas assez, des manques de moyen…

En six ans, les collectivités ont beaucoup appris en matière de changement climatique.

Cependant, en six ans, on a beaucoup appris en matière de changement climatique, on est beaucoup plus stratégique qu’auparavant. Par ailleurs, en France, il y a une obligation pour les collectivités locales de plus de 50 000 habitants d’entreprendre des plans climats territoriaux, depuis 2012. Et ça, c’est une grande avancée.

 

Comment va évoluer le climat d’ici 20-30 ans ?

Là où il fait déjà sec, dans les régions désertiques, il va faire encore plus sec ; ceux qui ont un peu trop de pluie vont en avoir encore plus. Nous avons fait une projection dans le Grand Dijon. La température aura augmenté de 3,5° en 2040 si on ne fait rien pour atténuer le changement climatique.

Dans le Grand Dijon, la température aura augmenté de 3,5° en 2040 si on ne fait rien pour atténuer le changement climatique.

La moyenne globale des pluies sur l’année va rester la même, elle ne tombera pas aux mêmes moments. On aura des concentrations de pluies au mois de mai-juin, ensuite on connaîtra une période de sécheresse, puis une nouvelle période de fortes pluies… Les conséquences en termes de gestion des pluies en tissu urbain et sur les cultures en périphérie sont assez évidentes…

 

On connaît les causes du changement climatique, on devrait pouvoir agir…

De manière globale, en France, en effet, on cerne ce qui contribue à l’atténuation du changement climatique. On a identifié les grandes sources des gaz à effet de serre : c’est l’habitat, puis la mobilité, enfin l’industrie en troisième. La mobilité, c’est la voiture ; l’habitat, c’est surtout la question de l’isolation (murs, toits, fenêtres). Quand on fait de la construction neuve, il y a d’ores et déjà la réglementation en cours qui oblige à un certain niveau de consommation énergétique (50 kw/m2/an). Le problème de la rénovation vient que cela coûte cher et qu’il y a des gens qui ne veulent pas se payer ça, ni souffrir des nuisances qui vont avec. Dans les copropriétés, la décision est longue à prendre, etc.

 

Quelles actions entreprennent les collectivités locales aujourd’hui pour atténuer le changement climatique ?

On peut dire qu’il y a deux ensembles d’actions. Des actions portées vers le public : la collectivité locale va mettre la pression sur la mobilité et les normes d’architecture par des clauses dans ses appels d’offres. Il y a aussi les actions en interne, qu’elles peuvent mettre en œuvre. Les deux sont liées, dans un plan climat énergie… Mais en même temps, si en interne, il n’y a pas les compétences, malgré toutes les bonnes volontés, c’est difficile de réussir. Il y a des agents qui n’ont toujours pas conscience de l’impact du changement climatique.

Les niveaux d’engagement sont variés selon d’où partent les collectivités.

Les niveaux d’engagements sont variés selon d’où partent les collectivités. À Grenoble, Lyon, Paris, les services ont plutôt « climatisé » nombre de mesures, de programmes. Cela ne veut pas dire qu’elles le font complètement. C’est impossible à faire. À Nantes, Lille, dans le Nord–Pas-de-Calais en général, il y a l’idée de se spécialiser sur des thèmes. Enfin, Lyon et Paris sont les deux villes les plus avancées sur la réflexion en matière de végétalisation et d’adaptation au changement climatique.

 

Vous distinguez les mesures qui visent à l’atténuation au changement climatique, de celles qui visent à l’adaptation au changement climatique

En effet, dans les plans climats énergie territoriaux, il y a un volet « adaptation » qui est obligatoire. L’État, l’Ademe et les collectivités locales sont un peu plus relâchés là-dessus. Dans ce domaine-là, on patauge ! Contrairement aux mesures d’atténuation (report modal, etc.), il est difficile de faire de l’évaluation de mesure d’adaptation. Exemple, par rapport aux crues torrentielles… Si on fait des petits aménagements et que l’année d’après, ça se passe bien, est-ce qu’on pourra affirmer que cette mesure a été efficace ou que c’est la pluviométrie qui a été un peu plus régulière ?

L’autre problème de l’adaptation est que les impacts du changement climatique ne sont pas encore vraiment visibles à la plupart de la population… Il faut être un peu expert, avoir des connaissances scientifiques ou techniques. Ces éléments sont difficiles à faire passer au niveau des collectivités locales et du grand public…

 

Quelle mesure d’adaptation simple suggérez-vous aux collectivités locales ?

Les étés vont devenir de plus en plus chauds… Il y a des mesures d’adaptation qui ne sont pas onéreuses, et ont plusieurs bénéfices. Par exemple, faire un parc sur un espace très cimenté… Plusieurs dividendes : ça verdit de manière esthétique un espace, ça renforce la biodiversité, cela procure un effet de rafraîchissement et ça crée du lien social. Ça ne coûte pas cher de planter un arbre…

 

Comment fabriquer un urbanisme qui s’adapte ?

Les questions d’urbanisme posent un vrai problème. Aujourd’hui, l’objectif est de consommer le moins d’énergie en hiver. On met des petites fenêtres au nord, des grandes au sud, et on fait une orientation nord-sud sur les écoquartiers. On permet ainsi de capter la chaleur naturelle en hiver. Sauf que, à partir de 2030/2040, la plus grosse partie de l’énergie sera consommée en été… pour se rafraîchir. Donc si on construit des grandes fenêtres au sud, on n’est pas en train de faire ce qu’il faut ! Or les bâtiments ont une durée de vie d’environ 70 ans. À cette date, on sera donc à la moitié de vie des bâtiments construits aujourd’hui.

Il faut dès à présent penser des surfaces qui soient les plus flexibles avec des volets que l’on puisse complètement fermer pendant la journée en été, planter le long des immeubles des arbres qui perdent leurs feuilles en hiver et qui restituent de la fraîcheur en été…

 

La crise économique ne détourne-t-elle pas l’attention du problème du changement climatique ?

Depuis un an, avec les questions sur le processus de transition énergétique, je trouve que la question de l’environnement reprend un peu plus du poil de la bête, au sommet de l’État… Mais c’est aussi parce que l’énergie devient une question de précarité. Plus l’énergie coûte cher, et plus il va y avoir de ménages précaires. Si l’environnement est peut-être un peu moins essentiel pour le gouvernement socialiste, la question de la précarité et de la qualité de vie l’est davantage. Les ménages les plus pauvres en priorité vont pâtir du changement climatique, mais aussi de l’augmentation du prix de l’énergie

 

À propos de l’énergie, les collectivités locales peuvent-elles agir et comment ?

En encourageant le développement du bouquet énergétique. Les collectivités locales le font… en soutenant l’isolation des façades d’immeubles, en développant le photovoltaïque, en menant des expériences comme réutiliser la chaleur des eaux usées pour le chauffage, etc. Il y a aussi la question de la gestion intelligente de l’énergie, avec les smartgrids, où les collectivités locales sont partenaires.

Cette gestion va permettre de réduire les pics de consommation d’énergie et d’éviter de lancer des centrales nucléaires supplémentaires (lesquelles ont besoin de cours d’eau à 28° l’été pour être rafraîchies, ce qui va poser également problème en 2040 avec les étés secs et chauds).

Il faut ainsi développer une diversité de réponses, et de formes d’énergies, sans oublier d’inclure la dernière forme d’énergie : celle que l’on n’utilise pas, ou qu’on pourrait ne pas utiliser…

 

Mais sans mesure coercitive, comme l’écotaxe récemment supprimée ou même les Zapa qui ont été abandonnées, est-il possible de changer les comportements ?

Bien sûr ! Encore une fois, il faut juste être plus imaginatif. Tout n’est pas à jeter : certaines des mesures testées dans le scénario Zapa sur le report modal, peuvent être intégrées dans les plans de déplacement urbain. Les politiques publiques peuvent être efficaces en étant incitatives, facilitantes (sans bacs à recyclage, il n’y a pas de recyclage possible), structurantes (arceaux sur les trottoirs)… Il en va de même pour l’énergie : le « défi famille à énergie positive » réussit à faire diminuer d’environ 14 % la consommation des ménages. Plus de 6 000 ménages y participent.

Les smartgrids qui émergent peu à peu n’amèneront peut-être pas de diminution de la consommation de l’énergie, mais ils réduiront en toute probabilité les émissions de GES (en empêchant l’utilisation d’une centrale thermique aux heures de pointe).

Il y a ensuite tous les efforts d’aménagement du territoire et de multifonctionnalité, pour réduire la place de la voiture par le biais d’une gestion de l’espace et l’augmentation de l’utilisation des énergies renouvelables et enfin, la réglementation thermique sur les bâtiments… Et j’en passe !

 

Vous semblez donc plutôt optimiste…

Je n’ai pas dit que toutes les mesures que nous pouvons prendre seront rapidement prises ni même assez rapides pour régler le problème de l’augmentation de la température, ni éviter la crise énergétique ! Mais chaque pas en avant réduit l’ampleur potentielle… Moins on va dans la bonne direction, plus la crise sera grave et inversement !

 

MINI CV

Stéphane Labranche

Stéphane La Branche est chercheur, associé au CNRS et à l’UPMF. Ses recherches et publications portent sur les obstacles, les freins et les réticences des institutions, habitants et entreprises à s’impliquer dans la lutte contre le changement climatique. Il a été vérificateur du dernier rapport et 5e rapport du GIEC. Il a passé au crible la véracité des données scientifiques des chapitres portant sur l’énergie, l’urbanisme et la mobilité.

 

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