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TRIBUNE

 

Réforme territoriale : les apprentis sorciers de la France égoïste

19/05/2016 | par Philippe Laporte | Toute l'actualité

utopie © terrymorris-istock

Ils veulent une réforme territoriale, mais ils ont tout faux. Sur la forme, sur le fond, sur les objectifs et sur la manière de les atteindre, les thuriféraires de la réforme, zélateurs d’une France territoriale idéale qui n’existe pas, se trompent sur tout.

Article publié le 7 novembre 2014

Plusieurs images surviennent quand on songe à la réforme territoriale. D’abord, celle de Mickey en apprenti sorcier, perdu face aux éléments qu’il a déchaînés. Ensuite, le Sapeur Camember, qui creusait un trou pour y mettre la terre d’un autre trou. Il y a enfin le Baron perché, qui restait sur son arbre pour s’éloigner de la réalité.

 

Lire à ce sujet notre dossier sur la Décentralisation

 

Passons…

Le Premier ministre souhaite tripler le modèle départemental : fusion-intégration dans les métropoles, maintien dans les départements les plus ruraux et fédération d’intercommunalités ailleurs.

Passons sur le fait que les Français sont vaguement attachés depuis toujours à une notion qui s’appelle l’égalité. Passons sur le fait que les citoyens s’identifient à leur commune et leur département, jamais à leur EPCI ou leur région. Passons sur le fait que les administrations publiques locales françaises ne sont pas, avec 12 % du PIB, les plus coûteuses en Europe (Italie, Espagne, Suède, Royaume-Uni et Allemagne notamment sont bien au-dessus). En fait, passons sur tout…

 

Il faut annoncer la mauvaise nouvelle aux zélateurs de l’adaptation et du meilleur des mondes : la France idéale n’existe pas et n’existera jamais.

 

Imaginons une France idéale pour ces chantres de la mondialisation heureuse. Une France totalement tertiarisée, une France de cadres, de call centers et de travailleurs précaires, une France où tout le monde vivrait dans les centres urbains, une France où les travailleurs seraient aussi mobiles que les capitaux, une France où tout le monde parlerait anglais mais où les Français penseraient comme des Allemands…

Il faut annoncer la mauvaise nouvelle aux zélateurs de l’adaptation et du meilleur des mondes : cette France n’existe pas et n’existera jamais.

 

Au petit bonheur la chance

Ces décideurs, avec une formation économique de base, méconnaissent l’histoire de France, sa géographie et l’anthropologie de sa population. « Réformer, ce n’est pas seulement manier la hache », disait Philippe Séguin. Ce n’est pas non plus redécouper les territoires au petit bonheur la chance avec de grossiers ciseaux, sans consulter cet ennemi de l’intérieur : le peuple français.

On serait bien en peine de trouver une idée directrice ou une vision dans les pas de tangos successifs et les atermoiements qui ont conduit les annonces contradictoires de la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (loi Notre).

 

Une France en archipel, fragmentée, une France des égoïsmes et des communautarismes territoriaux.

 

La Datar dessinait, en 2002, trois scénarios pour « la France de 2020 ». Un centralisme rénové, avec une nouvelle étoile de Legrand, symbole d’un jacobinisme persistant. Cette hydre mort-vivante s’agite à nouveau. Ensuite, un polycentrisme maillé, scénario idéal mais désormais improbable. Enfin, une France en archipel, une France fragmentée des égoïsmes et des communautarismes territoriaux, guidée par les forces du marché, qui va créer des poches de richesse par l’aspiration centripète des individus et des entreprises.

Il faudra alors se débrouiller pour subsister dans le désert français, celui des marges et des marches des métropoles mondialisées. Il est assez peu étonnant que cette « France périphérique » (Christophe Guilluy) se réfugie dans un vote protestataire. Cette France invisible apparaît à chaque élection. Quand finira-t-on par la voir, la considérer et l’écouter ?

Lire aussi : Loi Notre : des questions à la pelle

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