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SOLUTION DE FACILITÉ

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Salauds de fonctionnaires !

21/06/2015 | par Territorial Anonyme | Toute l'actualité

bonnet_dane © skodonnell

Pour beaucoup, les fonctionnaires sont le problème et non la solution. Il suffirait d’une sérieuse remise au travail des agents publics, doublée d’une cure d’amaigrissement, pour résoudre les problèmes de la France. Trop facile, et surtout complètement faux.

Pour sortir la France de l’ornière, Gilles Carrez a la solution et il l’expose dans le journal de Canal +, le 13 octobre : il suffit d’augmenter le temps de travail des fonctionnaires pour ne pas avoir à remplacer les départs en retraite. Action – réaction.

Avec cette proposition, Gilles Carrez rejoint la cohorte des élus et journalistes qui présentent la fonction publique et ses serviteurs comme une variable déterminante qu’il suffit d’ajuster d’une main ferme pour que la France se redresse. Comme si la faillite de notre pays était de la responsabilité des serviteurs de l’État.

 

Boucs émissaires

À croire qu’à des problèmes complexes, il faut des solutions simples et que l’accès à la simplicité passe par la désignation de responsables. À cet effet, il est des populations qui font facilement l’affaire. Citons en vrac : les chômeurs qui vraiment abusent, les innombrables fraudeurs au RSA ou à la Sécu, les grévistes qui ne pensent qu’à eux, les syndiqués qui s’accrochent aux acquis, les cheminots qui sont restés à l’âge de la vapeur et, mets de choix, les fonctionnaires.

Ceux-là en prennent pour leur grade : trop nombreux, trop avantagés, trop sécurisés et, par conséquent, trop improductifs. À cet effet, pour les stimuler un peu, un prochain candidat à la présidence a sa solution : en finir avec le statut, passer à des contrats de cinq ans et poursuivre les non-remplacements des départs à la retraite.

Les fonctionnaires. Ceux-là en prennent pour leur grade : trop nombreux, trop avantagés, trop sécurisés et, par conséquent, trop improductifs.

C’est ainsi qu’à force d’installer des coupables, 200 000 emplois publics ont été supprimés sans provoquer la moindre réaction de l’opinion ou de la presse. Tandis qu’une entreprise qui ferme fait les gros titres et mobilise les élus.

 

Les collectivités coupables de tout

Observons qu’il n’y a qu’un pas entre la réduction du nombre de fonctionnaires et la réduction du nombre de collectivités territoriales. Diminuer le nombre de régions, de départements et de communes est soudainement devenu un enjeu essentiel, dont on ne soupçonne pas les bienfaits sur l’économie française… L’affaire n’est pas chiffrée, mais il suffit d’y croire. Ceux qui doutent de l’économie et redoutent un surcoût sont rangés du côté des rétifs au changement.

Il s’agit simplement d’observer que le mécanisme est le même : une information raccourcie désigne chaque collectivité territoriale comme un pandémonium ou régnerait la gabegie et les sur-effectifs (cf. les titres de la presse au sujet du rapport de la Cour des comptes, rendu le 14 octobre 2014). Cette information conduit à des prises de décisions non pas justifiées par des critères objectifs, rationnels, mais par des représentations subjectives.

200 000 emplois publics ont été supprimés sans provoquer la moindre réaction de l’opinion ou de la presse.

Pourtant, en un premier temps, on pourrait s’interroger sur l’impact économique de décisions prises en fonction de présupposés. Les fonctionnaires ne contribuent-ils pas à la vie économique ? 200 000 fonctionnaires de moins, c’est autant d’emplois qui disparaissent du marché du travail, pour les jeunes notamment, autant de consommateurs dont se prive le marché, autant de contribuables de moins pour l’État. Et par effet de report, 200 000 chômeurs qu’il faudra rémunérer et accompagner.

 

Réactions en chaîne

Quant aux collectivités territoriales, à budget et effectifs réduits, elles investissent moins dans l’économie locale. C’est de ce fait toute une chaîne qui souffre d’une baisse des carnets de commandes (1).

Leurs capacités d’agir étant réduites, la preuve sera faite que les collectivités sont de peu d’intérêt et sont bien trop dotées en personnels, puisque ceux-ci n’ont plus rien à faire en raison du nombre de dossiers d’investissements en baisse. Soyons à notre tour exigeants quant aux résultats issus des décisions prises !

200 000 emplois ont déjà été supprimés. Le contribuable en voit-il les effets ? La France va-t-elle mieux ? Pas encore, nous concédera-t-on. C’est donc qu’il faut poursuivre l’effort, nous explique un probable futur candidat. Mais combien de temps, jusqu’où, pour quelle économie, quel usage et quelle qualité de service ? Nul ne répond. Normal, nous ne sommes pas dans la conduite de projet qui voudrait que l’affaire soit pilotée. Nous sommes dans l’idéologie.

Il faut poursuivre l’effort : mais combien de temps, jusqu’où, pour quelle économie, quel usage et quelle qualité de service ?

Nous sommes aussi dans l’injonction paradoxale, ce mécanisme qui fait que la demande doit coexister avec son contraire. Ainsi, au nom de la solidarité dans le partage de l’effort (demande de cohésion), on désigne des boucs émissaires (et on produit de l’exclusion, soit le contraire de la demande).

Et pour quel résultat, là encore ? On dirait qu’à la division du travail a succédé la division des classes non plus sociales mais professionnelles ; puis l’isolement des individus ; au « bénéfice » d’un processus de rupture des liens collectifs.

Qu’est-ce que ce monde qui a besoin de désigner des groupes professionnels et des individus qui seraient responsables des maux de la société ? Est-ce cela « le choc de simplification » ?

De plus, que les discours de rejet, de culpabilisation, que toutes ces paroles qui divisent et provoquent la violence envers les fonctionnaires soient tenus par des élus nationaux, responsables de la cohésion nationale et, au passage, du management de la fonction publique, est sans doute le pire de tout. Lorsque les généraux font tirer sur leurs troupes, la bataille est perdue.

Il nous arrive parfois que nos auteurs territoriaux ne puissent, devoir de réserve oblige, signer les articles qu’ils souhaitent publier. À la Lettre du Cadre, ça ne nous pose aucun problème : mieux vaut un propos sincère et intéressant, mais anonyme, qu’un texte signé, mais édulcoré. Territorial Anonyme, vous l’aurez compris, est un pseudo générique pour tous les auteurs qui ne peuvent signer leur prose de leur vraie identité.

Note

(01)La Tribune, 13 mai 2014 ; rapport de Colas [BTP] août 2014 - Retourner au texte

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