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N'Y LAISSEZ PAS DES PLUMES

 

Chef manipulateur, attention danger !

14/08/2017 | par Jean-Luc Mermet | Management

Certains managers sont considérés comme des "marionnettes" © ojogabonitoo -istock

Certains managers sont considérés comme des "marionnettes"

C'est curieux : certains responsables arrivent à vous faire douter de ce que vous avez dit ou fait. Ils peuvent obtenir de vous que vous preniez en charge ce dossier ou que vous repoussiez vos congés. Ils semblent sincères et gentils, on ne peut rien leur refuser et c'est toujours leur propre avantage qu'ils tirent de toutes les situations. Mais s'ils ont un collaborateur « dans le collimateur », ils sont capables, sans avoir l'air de rien, de dresser toute une équipe contre lui. Danger ! Vous avez à faire à des as de la manipulation et risquez fort d'y laisser des plumes !

Article publié le 10 décembre 2014

 

Quelques points de repère pour identifier le manipulateur

La personne manipulatrice est souvent compétente, brillante. Elle est admirée pour cela, mais rarement aimée. Elle est intellectuellement vive, oralement convaincante, plutôt charismatique, d’un abord sympathique et en apparence bienveillante. Elle emporte souvent l’adhésion de son entourage. De par sa personnalité, elle prend beaucoup de place, semble incontournable et se rend indispensable. Elle est dotée d’une grande intuition qui lui fait voir tout de suite les points de vulnérabilité des personnes avec qui elle est en contact, les points de flatterie auxquels elles sont sensibles ou leurs besoins tels qu’être valorisées, rassurées. Elle ne se responsabilise pas : tout est toujours de la faute des autres et il est impossible pour elle de reconnaître qu’elle a pu avoir tort.

 

Un point de repère qui doit nous alerter sur la présence éventuelle d’un manipulateur est le côté répétitif de situations de malentendus, de communication biaisée.

 

Lorsque le manipulateur développe en plus un comportement pervers, qui se définit par une tendance, généralement inconsciente, à faire le mal par des moyens détournés, il se débrouille pour avoir en permanence une victime. Que celle-ci quitte le service et le voilà qui s’en prend à une nouvelle personne. Ces manipulateurs-là sont caractérisés par une absence totale d’humour, ou une façon d’en faire qui sonne faux, souvent dans le registre de l’ironie.

Un point de repère qui doit nous alerter sur la présence éventuelle d’un manipulateur est le côté répétitif de situations de malentendus, de communication « bizarre », biaisée : des informations souvent erronées, incomplètes ou mal comprises.

 

LES CARACTÉRISTIQUES D’UNE BONNE VICTIME D’UN MANIPULATEUR
N’est pas victime de manipulation qui veut ! Ces victimes ont généralement un profil psychologique marqué par un certain manque d’estime de soi se traduisant par du perfectionnisme, sont sensibles aux jugements d’autrui et vulnérables à la séduction, culpabilisant facilement et animées de peu de ressentiment vis-à-vis des personnes qui leur nuisent, d’un relationnel sincère et adeptes de la transparence. Elles sont très investies professionnellement mais facilement sujettes au stress. Elles ont généralement un point de faiblesse dans leur personnalité qui sert de point d’accroche au manipulateur.

 

Identifier les attitudes manipulatrices

- La séduction et la flatterie

Elles sont les premières armes du manipulateur. Pendant une période qui peut aller jusqu’à plusieurs mois, une approbation de façade lui permet d’obtenir satisfaction à ses demandes ou de faire lâcher les défenses de son interlocuteur. Si celui-ci vient à s’affirmer contre le responsable manipulateur, alors commence l’attitude toxique de ce responsable.

 

Une approbation de façade lui permet d’obtenir satisfaction ou de faire lâcher les défenses de son interlocuteur.

 

Les manipulateurs ont deux visages : celui de la séduction et de la sympathie, montré à la grande majorité de l’entourage, et le visage toxique, qui veut mettre l’autre au service de ses propres désirs, visage qu’il ne montre qu’en de rares circonstances et à peu de monde, si bien que la victime s’isole en faisant part de ce qu’elle vit avec ce manipulateur car personne ne peut la croire.

- La confusion

Elle caractérise aussi le mode relationnel du responsable manipulateur. Il change de version d’un jour à l’autre, dit une chose et son contraire, entretient le flou sur ses points de vue, ses attentes, ses ressentis. Il fuit les moments de paroles et de confrontation qui apporteraient de la clarification. Dans son expression, le manipulateur englobe la victime comme si elle pensait et ressentait comme lui… Ce qui demande à celle-ci un effort spécifique pour se relier à son propre point de vue ou son propre ressenti.

Les phrases à double sens (« Je suis content d’avoir trouvé une faute dans ton document, tu en fais si peu ! »), les « oui » en paroles qui ne se traduisent jamais en actes, les doubles contraintes (« Tu travailles trop », dit le responsable en donnant encore plus à faire !) sont autant de positionnements qui font « perdre le nord » à leur interlocuteur.

- L’expression très critique

Elle crée le doute chez la victime. Le manipulateur n’exprime que du négatif, non seulement sur le travail mais aussi sur les traits de personnalité (« Tu es pessimiste, stressé, etc. »). Les messages négatifs font douter la personne d’elle-même. S’il a une dimension perverse, le manipulateur peut exprimer des critiques ou des menaces d’une voix blanche, atone avec des contenus terribles.

- Chantages, menaces et culpabilisation

Ils font également partie de l’arsenal de la personne manipulatrice. Ces attitudes visent à obtenir la soumission de la victime en stimulant chez elle la peur des conséquences que pourrait avoir un positionnement contraire à ce qui est attendu.

- Les manipulateurs sont capables de raisonnements implacables

Avec une logique sans faille, à couper le souffle, ils arrivent à remettre en cause des évidences et à faire douter l’interlocuteur, par exemple de ce qu’il a dit ou fait. Tout ce que celui-ci exprime est retourné contre lui ; les explications sont démontées et même le positif est utilisé pour alimenter l’argumentaire contre lui.

- L’ignorance, l’absence de « merci »

Elles sont utilisées par le manipulateur pour toucher la victime dans son amour-propre et son éventuel besoin de reconnaissance.

- La victimisation

Associée à l’utilisation de l’entourage de la personne, elle est une arme redoutable. Le responsable manipulateur dramatise les difficultés qu’il traverse « à cause » de son collaborateur et prend à partie le reste du service pour montrer comme il souffre par sa faute. Il raconte à d’autres les problèmes qu’il a avec cette personne au lieu de les régler directement avec elle, afin de faire basculer contre elle le reste de l’équipe. Vis-à-vis des autres membres du service, seul le côté sympathique est montré et nul ne peut imaginer qu’il puisse être responsable de la difficulté avec cette personne. C’est donc forcément de sa faute, à elle ! Le manipulateur sait pour cela s’appuyer sur les membres de l’équipe qui sont malléables, ou insatisfaits de la relation avec cette personne et donc prompts à accueillir toute attitude critique qui irait dans leur sens. Souvent, le manipulateur va tenter ainsi de « faire basculer » en sa faveur les responsables hiérarchiques supérieurs afin d’utiliser leur pouvoir à son profit, en se posant comme une victime.

- La pratique du « fait accompli »

Elle permet de s’affranchir de tout positionnement hostile et faire passer les décisions sans tenir compte des avis divergents. Sous prétexte d’oubli ou de délais trop courts pour consulter le collaborateur, la décision est déjà prise ! Son projet est arrêté, ou telle personne est mutée de son service, sans même qu’elle n’ait pu émettre un avis.

- La transgression de la règle ou de la loi

C’est une étape quasiment obligatoire pour tout manipulateur. À un moment donné, pour se sortir d’une attitude « limite » vis-à-vis d’un collaborateur qu’il tente de discréditer par exemple, il est nécessaire de flirter avec les limites de la légalité, en pointant comme faute ce qui n’en est pas réellement une, ou en transgressant la confidentialité d’une information médicale ou de bien d’autres façons.

 

Lire aussi : Collègues et chefs toxiques : réagissez !

 

Comment repérer que nous sommes manipulés ?

La réponse à cette question est difficile ; car le propre même de ces processus est d’être, sur le moment, incolore et indolore. C’est après coup, avec le recul, que nous nous étonnons de l’attitude qu’a eue notre responsable… Et parfois de la nôtre, face à lui ! Alors nous nous disons que nous exagérons, que nous avons dû mal comprendre ce qu’il s’est passé et qu’au fond, ce chef est très aimable, qu’il fait ce qu’il peut pour son service et que c’est normal que nous accédions à sa demande.

Quelques critères sont donc nécessaires pour repérer, chez soi, les signes qui peuvent traduire que nous sommes sous l’emprise d’un manipulateur :

- Le doute de soi

Si les messages que nous recevons de notre responsable nous font douter de nos compétences, de notre valeur, de l’image de nous-mêmes, de nos bonnes intentions en faisant les choses, de nos points de vue ou de nos ressentis, nous devons être vigilants. Ce doute a tendance à partir d’un point (par exemple les compétences professionnelles) puis à s’étendre petit à petit à toute notre personnalité, dans tous les champs de notre vie et nous finissons par douter de nous-mêmes. Beaucoup de personnes victimes d’un manipulateur expriment ainsi leur doute sur leur bonne santé mentale et craignent d’être folles.

- Le doute des réalités

Des faits qui sont pourtant des évidences sont vus avec incertitude ; notre mémoire est mise à mal et nous ne savons plus ce qu’il s’est passé, ce que nous avons dit ou fait.

- L’isolement

Si nous constatons que nous sommes en train de nous couper de l’équipe, voire de trouver de plus en plus de personnes hostiles autour de nous. Il est même possible que nous ressentions alors le responsable comme notre protecteur face à eux et que celui-ci amplifie encore son influence sur nous… Avant que nous nous apercevions qu’il est lui-même à l’origine de cet isolement.

- La fatigue et les symptômes physiques

La baisse d’énergie liée à l’usure de gérer les attitudes déformantes, le doute de soi, la suspicion, finissent par se traduire dans notre corps. Toutes les personnes en souffrance au travail ont eu des symptômes avant-coureurs qu’elles n’ont pas su écouter et sont allées, sans s’en apercevoir, au-delà de leur seuil de tolérance. La perturbation du rythme cardiaque, les sensations d’étouffement, les troubles du sommeil, l’irritabilité, les états dépressifs, sont les symptômes fréquents de l’emprise d’un manipulateur.

- La déstabilisation et la peur de la réaction de l’autre

Comme si notre capacité naturelle à nous protéger avait disparu et que nous étions sans protection, impuissants face à ce responsable.

- L’auto-culpabilisation

Si nous nous remettons profondément en question, si pensons être seuls responsables d’une détérioration de climat et que nous sommes convaincus que notre chef n’est responsable de rien, ou si nous pensons être responsables du ressenti de ce chef s’il vit mal un positionnement de notre part.

 

Lire aussi : Managers pervers, inconscients, empathiques

 

Que faire face à un responsable manipulateur ?

Si, en repérant les situations décrites ci-dessus, nous pensons que nous sommes manifestement en présence d’un chef manipulateur, pas de panique ! Quelques réactions sont bonnes à avoir :

- Se fier absolument à son ressenti

Celui-ci ne se trompe jamais. Avoir en permanence à l’esprit cette question : « Est-ce que c’est encore bon pour moi, ce qu’il se passe, là, tout de suite ? » Et si la réponse est « non », dire « stop » immédiatement. Même s’il n’y aucune « logique » à dire ce « stop » à ce moment-là, et même s’il y avait toutes les raisons du monde à ne pas le dire…

- Entendre les symptômes physiques

Ce sont des signaux d’alertes ! Ne pas poursuivre dans une situation professionnelle qui les produit.

- Chercher un regard extérieur

Comme c’est notre esprit critique lui-même qui est atteint par la manipulation, seul quelqu’un de l’extérieur peut nous permettre de prendre du recul, d’entendre que nous ne sommes pas fous, mais bien victimes d’un processus extérieur à nous. Les proches peuvent jouer ce rôle. Un professionnel de la relation peut aussi nous donner les clés pour nous positionner de façon appropriée. Il est important également de sortir de l’isolement dans l’équipe professionnelle et de partager avec les collègues ce que nous vivons.

- Demander clarification

Poser des demandes précises pour notre besoin d’une relation claire et proposer un cadre de fonctionnement qui évite la confusion.

Poser des demandes précises pour notre besoin d’une relation claire et proposer un cadre de fonctionnement qui évite l’émergence de la confusion.

- Arrêter la relation !

C’est la solution qui s’imposera dans le cas extrême de harcèlement moral : face à ces personnalités perverses narcissiques, ce n’est qu’illusion de penser que l’on peut changer les choses, et mieux vaut « sauver sa peau » en changeant de service !

 

Mais en dehors de ce dernier cas, se positionner face au responsable manipulateur est un excellent exercice pour être à l’écoute de soi et apprendre à se respecter dans une relation à autrui. Et un manipulateur ainsi « démasqué », s’il peut déplacer sur d’autres sa façon de faire, cesse la plupart du temps de nuire à ceux qui se sont positionnés face à lui.

 

Le harcèlement moral : je t’aime et je te détruis !
Pour peu que vienne se rajouter, à la personnalité manipulatrice et perverse décrite ci-contre, une blessure narcissique, c’est-à-dire un vide extrême quant à sa propre image de lui-même, notre manipulateur s’apparente au « harceleur moral » : une dimension affective ou d’admiration peut exister, certains harceleurs ont une véritable estime pour leur victime, qu’ils tentent pourtant de détruire comme pour se nourrir de leur personnalité ; cette estime est souvent réciproque au départ de leur relation. Certains de ces manipulateurs souffrent fortement de la non-réciprocité de sentiment de la part de leur victime.

À lire aussi :
« Mon chef est un vrai père pour moi ! », La Lettre n° 427, 1er septembre 2011.
« Au secours, mon manager est hyperdirectif ! », La Lettre n° 425, 1er juillet 2011.
« Managers… pervers, inconscients, empathiques ? », La Lettre n° 420, 15 avril 2011.

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