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SYNERGIES

 

Alain Cottalorda : “Nos équipes doivent pouvoir travailler ensemble”

12/12/2014 | par Denis Courtois | Toute l'actualité

synergie © evencake-fotolia

Le conseil général de l’Isère et la région Rhône-Alpes veulent mettre en place une synergie plus poussée entre leurs politiques locales, en s’appuyant sur l’organisation territorialisée du département. Le nouveau président du conseil général, Alain Cottalorda, explique les tenants et aboutissants de la démarche.

MINI CV
Ancien maire de Bourgoin-Jallieu et président de la communauté d’agglomération Porte de l’Isère, Alain Cottalorda est président du conseil général de l’Isère depuis juin 2014. Il a succédé à André Vallini, qui présidait le département depuis 2001.

Le 19 novembre dernier, vous avez signé avec le président de la région Rhône-Alpes, Jean-Jacques Queyranne, un « protocole d’intention » pour « mettre en synergie les politiques de ces deux entités ». En quoi cela consiste-t-il ?

Alain Cottalorda : Les directions générales des deux collectivités territoriales ont été mandatées pour travailler à un état des lieux et plus particulièrement à la définition d’un processus de travail en commun sur l’action économique et la politique éducative. Dans ces deux domaines, il est évident que nous avons de nombreux points communs : ainsi, en ce qui concerne l’éducation, nous gérons et entretenons des bâtiments, de la restauration collective, des parcs informatiques, etc. Seul l’âge des utilisateurs est différent. Il nous est donc paru judicieux de voir comment nos équipes pourraient travailler ensemble, regrouper des commandes, par exemple, afin d’optimiser nos finances publiques.

Dans le domaine économique, la région ne dispose pas d’organisations sur les territoires et elle pourra utiliser les supports que nous avons mis en place depuis plus de huit ans. Il s’agit d’une phase expérimentale dont nous tirerons les conclusions au fil des ans, avant d’envisager d’aller plus loin dans d’autres domaines. Nous commençons par ce qui nous semble aujourd’hui le plus simple et le plus évident.

 

Quelles sont ces structures territoriales départementales que vous évoquez ?

Dans l’Isère, nous travaillons depuis dix ans à une territorialisation de notre activité, qui rime avec proximité. Treize bassins de vie ont été repérés autour de centres urbains, qui correspondent peu ou prou aux territoires d’un ou de plusieurs EPCI. Chaque territoire dispose d’une maison de territoire (il n’en reste que deux à construire) où sont regroupés les services travaillant sur celui-ci, soit 70 % des agents départementaux. Cette territorialisation est allée de pair avec la création d’une ingénierie de mission au service de ces territoires. Les services de la région trouveront naturellement une place dans ces bureaux pour effectuer leurs missions.

Je tiens par ailleurs à préciser qu’en construisant ces maisons de territoire, nous avons supprimé 100 000 m2 de locaux de notre patrimoine, en les vendant ou en mettant fin à leur location, ce qui nous permet d’économiser 3 millions d’euros par an. Cette territorialisation n’a donc pas coûté d’argent supplémentaire aux contribuables.

 

Comment ont réagi les agents ?

Cette réforme a, bien sûr, suscité débat et inquiétude auprès des agents du département et elle n’a été rendue possible que dans le cadre d’un dialogue social. Toutefois, elle est aujourd’hui en marche et nous pouvons dire, à l’heure où le service public est fortement attaqué, que la proximité de ce dernier rime avec l’efficacité.

À l’heure où le service public est fortement attaqué, nous pouvons dire que la proximité rime avec l’efficacité.

En ce qui concerne le travail que nous commençons avec la région, il n’y a pas de transfert de personnel envisagé au 1er janvier 2015, mais un travail de collaboration. Il faudra, bien sûr, prendre le temps d’un dialogue social de qualité, mais il est important que la fonction publique territoriale montre l’exemple, prouve qu’elle est capable d’évoluer, qu’elle est volontaire pour le changement.

 

Ce modèle est-il transposable ailleurs ?

Lors du dernier congrès de l’Assemblée des départements de France, beaucoup de collègues ont montré leur intérêt et ont souhaité venir voir comment nous mettons en place cette expérimentation. Cependant, l’organisation et l’histoire des départements sont différentes et chacun doit pouvoir s’organiser comme il l’entend. La richesse de notre déconcentration et le poids important de l’intercommunalité dans le département ont sans doute permis de passer cet accord.

 

Il n’y a donc pas de modèle unique ?

Je pense qu’il existe désormais un certain consensus, au niveau national, pour accepter des modèles différents d’organisation entre collectivités. Le pôle métropolitain du Grand Lyon revendique la sortie d’un modèle unique, centralisateur et jacobin, pour exercer des compétences de manière différente. Pour prendre un autre exemple, je trouve que la fusion des deux départements voisins de Savoie et de Haute-Savoie a du sens, à condition bien sûr de ne pas en faire une région indépendante.

 

Pour en revenir à la collaboration avec la région, à quels obstacles avez-vous déjà été confronté ?

Dans le cadre des politiques contractuelles exercées par nos deux entités, il existe des périmètres différents. Certains pourront sans doute être rapprochés, pour d’autres cela sera sans doute plus difficile, comme pour les parcs naturels.

Cependant, afin de dynamiser cet accord et de donner du sens à une gouvernance politique sur un territoire donné, nous nous sommes donné comme objectif de créer un projet de territoire partagé et commun aux trois institutions que sont la région, le département et les intercommunalités qui le composent. Nous allons lancer cette démarche sur trois entités s’appuyant sur les plus grosses agglomérations du département.

 

2015 verra une nouvelle réforme territoriale et des élections dans chacune des entités concernées. Comment envisagez-vous l’avenir ?

Je ne pense pas qu’au niveau départemental, en cas de changement de majorité, l’organisation territoriale sera remise en cause. S’il y a eu une opposition ou l’expression d’inquiétudes au début de la démarche, il existe aujourd’hui un certain consensus à ce sujet. Nous devons encore progresser sur la mise en place d’une gouvernance politique au niveau de ces territoires, en associant tous les acteurs de ceux-ci au sein de conférences territoriales.

La fonction publique territoriale doit montrer l’exemple, prouver qu’elle est capable d’évoluer, qu’elle est volontaire pour le changement.

En ce qui concerne la réforme, le seuil de 20 000 habitants au niveau des intercommunalités pose problème, mais le gouvernement s’est engagé à une certaine souplesse pour les zones de montagne (le Vercors par exemple) et nous devrions pouvoir continuer à travailler intelligemment.

 

Une dernière question : à votre avis, pourquoi en France les régions et les départements semblent ne jamais avoir travaillé ensemble ?

Écoutez, je n’ai pas la réponse et je n’ai jamais entendu parler d’une telle collaboration ailleurs !

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