publicité

SURVIE NUMERIQUE

 

Territoires ruraux : l’avenir est dans la fibre

31/01/2015 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

fibre_numerique © E.Delmar

En 2022, 80 % des foyers français devraient être raccordés à la fibre optique. Néanmoins, les territoires ruraux craignent d’être, une nouvelle fois, les derniers servis. Leur avenir passe pourtant par une priorisation du numérique. Une question de survie.

Il est permis de douter de la fiabilité des sondages, mais celui-ci ne prêtera pas à caution : à l’occasion des dernières élections municipales, l’institut CSA avait passé au tamis les préoccupations des Français et, pour les habitants des territoires ruraux, le haut débit arrivait en deuxième position des secteurs qui clochent (1).

Cette étude est intéressante à plus d’un titre, puisqu’elle permet de constater que, d’un territoire à l’autre, les préoccupations ne sont pas les mêmes. Ainsi, globalement, à l’échelle du pays, parmi seize propositions, les personnes interrogées ont majoritairement sélectionné « le montant des impôts locaux » comme sujet à traiter en priorité. Puis, suivent la lutte contre la délinquance, le stationnement, les transports en commun et la gestion des déchets.

La couverture numérique ne se positionne qu’en 11e place, avec 18 % des sondés qui en perçoivent avec plus d’acuité la difficulté. À analyser de plus près ce résultat, on se rend compte que la couverture numérique devient le deuxième sujet le plus important pour les communes de moins de 1 000 habitants. Un problème qui n’est pas si obsessionnel dans les villes où la population dépasse les 30 000 habitants, puisque le haut débit se positionne à la dernière place !

 

« Une certaine méfiance »

« Je n’ai pas d’inquiétude particulière pour le développement du numérique dans les territoires ruraux », assure John Billard, maire du Favril (Eure-et-Loir) et chargé du dossier numérique à l’AMRF. « Notre avenir sera numérique. Il suffit de ne pas traîner en chemin et que les objectifs fixés par l’État soient atteints dans les temps », assure-t-il.

L’objectif gouvernemental reste d’atteindre le raccordement de 80 % des foyers français à la fibre optique d’ici à 2022.

Les acteurs privés et territoriaux déjà engagés sur le chantier de la généralisation du très haut débit en France, donc dans les territoires ruraux, craignent une forme de démobilisation. À ce jour, l’objectif gouvernemental reste d’atteindre le raccordement de 80 % des foyers français à la fibre optique d’ici à 2022. La machine est partie, assurent les élus, mais « la confiance n’exclut pas une certaine méfiance », déclare Gilles Quinquenel, vice-président de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (Fnccr).

 

Réajustements

Le chantier est monumental, « 30 milliards d’euros sont en jeu », rappelle John Billard. Mais pourquoi tant de « méfiance » ?

Ce nouveau chantier d’infrastructures à l’échelle du pays a été lancé en 2010. L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) et les ministres successifs ayant porté le dossier ont eu à réajuster ou à reprendre un modèle économique sous la pression lobbyistique de certains opérateurs et notamment d’Orange.

L’actualité semble se liguer contre un plan national qui réclame de la continuité : le rachat de SFR par Numéricable qui repose la question du « partage du gâteau » dans les zones moyennement denses, les remaniements successifs du gouvernement, les élections municipales, la disparition annoncée des départements, chargés de la mise en oeuvre des Schémas départementaux du numérique dans les zones rurales, etc.

 

Haut débit, ça rame !

Pour être attractifs, les territoires ruraux doivent offrir aux entreprises et aux particuliers adeptes du télétravail des conditions d’accueil optimales. Or, d’après les derniers chiffres de l’Arcep, si 98,3 % des Français ont un accès au haut débit, 77 % d’entre eux seulement bénéficient des conditions optimales de réception.

Les territoires ruraux doivent offrir aux entreprises des conditions d’accueil optimales.

Un petit quart du territoire, les fameuses zones blanches du numérique, est donc exclu. Un motif de ressentiment supplémentaire pour les élus.

 

Témoignages

« Les petites communes ne coûtent rien à l’État »
Jean-Paul Carteret, maire de Lavoncourt (Haute-Saône)

« La réforme territoriale en cours nous intrigue, parce que nous n’arrivons pas à conceptualiser la dilution des compétences dans un vaste ensemble minimal de 20 000 habitants pour les futures communautés. Dans notre communauté de communes, avec 42 communes, nous arrivons péniblement à 10 000 habitants. Ce seuil n’est donc pas raisonnable. La commune est au coeur de la République, elle ne doit pas disparaître. Tout est fait dans le seul objectif de réussir la métropolisation, mais la France est duale, urbaine et rurale, cette opposition est stupide. De plus, les habitants des petits villages sont impliqués dans leur commune. En moyenne, 80 % d’entre eux votent, contre moins de 60 % dans l’urbain. Or, la solidité du pacte républicain passe par le vote, par le fait que les citoyens se sentent concernés par ce qui se passe autour d’eux. Et quand je vois que l’Association des maires de France encourage la fusion des communes pour une augmentation de DGF étalée sur trois ans, je me dis qu’on touche le fond. Les petites communes ne coûtent rien à l’État, ne mobilisent que des bénévoles, ou presque, ou des maires qui mettent plus de leur poche qu’autre chose. Je suis né dans un petit village qui a fait l’objet d’une fusion de communes il y a quelques années. Aujourd’hui, c’est une ruine. Fusionner les communes, c’est accélérer l’appauvrissement de notre socle républicain. 

« Le Front national progresse dans la ruralité »
Vanik Berberian, président de l’AMRF

« J’en avais parlé à Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture. Je lui avais montré une carte électorale de la France avec la progression du FN dans les territoires ruraux, parce qu’il avait eu vent d’un article que j’avais rédigé sur un malaise rural qui remonte à 25 ans. On avait discuté du sujet pendant une heure. Il m’avait qu’il allait lancer le Printemps des territoires ruraux. Nous l’attendons toujours. En abondant de 200 millions d’euros la dotation pour les équipements dans les territoires ruraux, le gouvernement fait un pas dans le bon sens. Mais nous espérons des signes plus concrets du prochain comité interministériel. »

Note

(01) Sondage réalisé par l’institut CSA du 14 au 19 mars 2014, sur un échantillon de 1 198 personnes. - Retourner au texte

Pas de commentaire

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Tous les champs sont obligatoires (votre adresse e-mail ne sera pas publiée)

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité