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JE M'INTERROGE...

 

La questiologie, ou l’art de poser des questions

21/01/2015 | par Fabrice Anguenot | Management

interrogation © Coloures-pic_fotolia

Nous ne sommes pas très forts pour interroger. Quoi de plus confortable que de ne poser que les questions qui nous arrangent et dont les réponses nous conviennent ? Il y a pourtant plus intelligent et plus productif.

Questionner, en famille ou dans le cadre professionnel, est un acte quotidien. Pourtant aucun d’entre nous n’a été formé à poser des questions ! Nos années passées à l’école nous apprennent à identifier une phrase interrogative. En revanche, rien n’est enseigné sur le questionnement !

La plupart d’entre nous posons systématiquement les mêmes types de questions, ce qui ne représente que 15 % des possibilités, et ceci afin d’obtenir des réponses qui nous conviennent, ou auxquelles nous sommes habitués. Et poser une question dont on a déjà la réponse est rarement intéressant et plutôt improductif… Dans ce cas, comment questionner différemment pour élargir le champ des possibles, et favoriser la communication ?

 

L’art de poser des questions

La questiologie, c’est l’art de poser des questions. Cette technique a été théorisée par le coach et formateur Frédéric Falisse (1). Cette discipline a pour ambition d’éveiller notre intelligence à interroger de façon pertinente, dans le but de découvrir de nouveaux possibles, de nouvelles perspectives de développement personnel, relationnel ou professionnel. 

Cette discipline a pour ambition d’éveiller notre intelligence à interroger de façon pertinente, dans le but de découvrir de nouveaux possibles.

Cette technique permet d’étoffer notre panel de questions, autrement dit d’aller au-delà des 15 % que nous utilisons quotidiennement, afin de pouvoir nous adapter aux situations de communication rencontrées. Poser une question peut être considéré comme un acte audacieux, dans le sens où nous nous aventurons vers l’inconnu, vers ce que nous ne savons pas.

C’est encore accepter de lâcher prise sur une volonté obsessive de contrôle (conversations, situations, relations…).

Finalement, c’est devenir vulnérable ! Mais là encore, poser une question dont on a déjà la réponse, est plutôt improductif lorsque l’on veut avancer et aller plus loin. Alors que questionner différemment, c’est-à-dire autrement que pour valider sa propre vision du monde, est un acte ambitieux et profond.

 

« La meilleure question à me poser »

Frédéric Falisse nous livre l’exemple d’Einstein qui disait ceci : « Si j’avais une heure pour résoudre un problème dont ma vie dépendait, je passerais les 55 premières minutes à chercher la meilleure question à me poser, et lorsque je l’aurais trouvée il me suffirait de 5 minutes pour y répondre ».

C’est la mise en question, bien plus que la mise en réponse qui explique le génie des recherches d’Einstein.

Cet exemple nous démontre que c’est la mise en question, bien plus que la mise en réponse qui explique le génie de ses recherches. Et, est-il besoin de le rappeler, ses recherches ont bousculé notre perception du monde…

Les fondements de la questiologie prennent leur source dans les enseignements de Socrate. Lorsqu’un de ses disciples avait le sentiment d’une injustice par exemple, Socrate ne demandait pas « pourquoi te sens-tu injustement traité ? », mais tournait plutôt sa question ainsi : « Quelle hypothèse fais-tu pour conclure à une injustice ? ». Le questionnement est totalement différent puisqu’il interroge le disciple sur sa façon de penser. Et penser à sa façon de penser, c’est réfléchir. C’était bien là la mission de Socrate, faire réfléchir à la seule fin d’éduquer. Ce n’est malheureusement pas ce que nous retrouvons dans les établissements scolaires d’aujourd’hui, où sont dispensés des cours dans le but d’une « interrogation » qui n’admettra qu’une seule et « bonne » réponse connue à l’avance…

 

Ce qu’il faut faire
Faire prendre des postures à ses interlocuteurs
Lorsque l’on posera ses questions, on fera prendre à son interlocuteur une certaine posture. Il en existe quatre différentes :
1- La posture d’acteur
Exemple de question d’acteur : « À quoi suis-je en train de participer ? »
2- La posture d’observateur
Exemple de question d’observateur : « Qu’est-ce qui se passe ici et maintenant ? »
3- La posture introspective
Exemple de question introspective : « Comment je me sens à l’intérieur de moi ? Cela me convient-il ? Comment j’aimerais me sentir ? »
4- La posture de prise de recul par rapport à la situation
« Qu’est-ce qui doit se produire pour amener cette conversation à un autre niveau, ou pour améliorer le climat de la discussion ? »
NB : Pour créer ce type de question, il suffit de doubler le verbe.

Ce qu’il faut savoir
Ne pas enfermer les gens avec des questions
• Imaginons qu’un agent bloque sur une situation professionnelle dont il n’a pas l’habitude. L’interroger en lui posant la question : « Pourquoi bloques tu ? » va l’enfermer. La question ne va pas l’aider à trouver la solution et ne lui permettra pas de réfléchir à la situation.
La solution serait plutôt d’orienter la question vers le ressenti (posture introspective) :
- « Qu’est-ce que tu ressens face à cette situation nouvelle ? Comment te sens-tu ? »… etc.
• Imaginons toujours que cet agent ait de l’appréhension parce qu’il a peur de mal faire quelque chose qu’il ne maîtrise pas.
Le hiérarchique lui proposera alors une question permettant la prise de recul (posture 4) :
- « Qu’est-ce qui se passe quand tu as peur de réaliser une tâche ? » (verbe doublé)
• Supposons toujours qu’il vous réponde qu’il n’est pas à l’aise sur l’ensemble des étapes à suivre et qu’il n’ose pas demander de l’aide (Voir aussi les gestes mentaux extraits des recherches d’Antoine de la Garanderie, philosophe et pédagogue français (1920-2010), qui permettent d’aller plus loin dans, le domaine de la questiologie.).
Alors, la situation se débloque grâce aux bonnes questions que vous avez pu poser. Il vous suffira de le rassurer en lui affirmant qu’il peut, à des moments précis, venir vous poser les questions qui l’empêchent d’aboutir dans ses tâches.
Soyez convaincu que poser la bonne question au bon moment enclenche des réponses pertinentes, créatives, adéquates, et favorise la co-élaboration et la co-construction.

 

Note

(01)Intervention à la Sorbonne : https ://www.youtube.com/watch?v=R6YYiZVQMFg - Retourner au texte

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