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DROIT DANS LE MUR

 

De la science managériale à la réalité des organisations

03/03/2015 | par Julien Damon | Management

mur © ellisia-fotolia

La pratique managériale fait les frais d’une pensée managériale toute surfaite. À l’étreinte de l’urgence s’ajoute la pression du concret pour courir après des solutions à des problèmes mal cernés. Avec des mots vaporeux qui noient la réalité des organisations et du pouvoir. Un livre à charge.

Après « Lost in management » (2011), où il analysait dispersion du pouvoir et renouveau de la coercition sous le déluge des processus et la dictature des indicateurs, François Dupuy reprend la plume. Il s’attaque cette fois-ci, vivement, aux théories, aux modes et à l’enseignement du management. Des leçons pour les entreprises, comme pour toutes les organisations (dont les collectivités territoriales).

 

L’ère des confusions

Cet ouvrage, nourri d’expériences et d’anecdotes personnelles, appuyé par la sociologie classique des organisations (Michel Crozier est à l’honneur), constate d’abord la remarquable permanence des questions abordées et des solutions mises en œuvre. Chaque époque se perçoit pourtant comme nouvelle, exceptionnelle, en transition (ce qui, soit dit en passant, est toujours le cas, entre un avant et un avenir). L’auteur regrette l’« inculture générale » du monde de l’entreprise et les ritournelles managériales différemment habillées selon les époques.

À la culture générale et à la culture particulière issue des sciences sociales (qui, toutes deux, feraient trop « intellectuelles »), les managers et tenants de la pensée managériale préfèrent ce qu’ils baptisent, dans une opposition douteuse, « le concret ». Il s’ensuit, selon François Dupuy, des « décisions paresseuses » à partir de confusions générales et avec des outils inhibiteurs comme PowerPoint.

L’indifférenciation entre organisations (ce que font réellement les gens) et structures (les organigrammes abstraitement fétichisés) est un premier problème. La réduction du pouvoir (issu d’un jeu permanent d’acteurs) à la seule hiérarchie est une deuxième difficulté. L’interrogation pour comprendre une organisation ne doit pas être « qui est le chef ? », mais « qui a le pouvoir ? », ce qui relève d’une mise au jour plus compliquée, mais plus utile.

À la culture générale, les managers préfèrent ce qu’ils baptisent « le concret » ; il s’ensuit des « décisions paresseuses » avec des outils inhibiteurs comme PowerPoint.

L’art de la rhétorique

La rhétorique des valeurs en prend, avec cet ouvrage, pour son grade.

Il s’agit, généralement, soit de slogans naïfs, soit d’invocations rituelles. François Dupuy s’attaque donc frontalement à la langue de coton (aux termes aussi séduisants qu’obscurs) du management. Des développements toniques font le procès de la célébration ridicule du « terrain » (que tout niveau N + 1 célèbre au niveau N), de la centration supposée magique sur un acteur (« il faut mettre X au centre », X pouvant être l’homme, le client, l’usager, le salarié). Pour finir, écoles de commerce et grands cabinets de conseil, comme « complices de la facilité », prennent cher (dans les deux acceptions, désormais, de l’expression).

La charge contre les écoles est rude. Structurées en chapelles disciplinaires, elles seraient conservatrices et non professionnelles.

 

L’espoir de la confiance

Pour François Dupuy, il faut toujours faire le pari de l’intelligence et de la rationalité (ce qui ne veut pas forcément dire bienveillance) des gens. Une voie d’espoir, pour lui, procède dès lors de l’instauration de la confiance. Celle-ci va dans le sens de la simplicité et à l’encontre de la complexité nourrie de l’aspiration à contrôler. On comprend la pleine logique du raisonnement de François Dupuy, sans pour autant s’empêcher de se demander si l’appel à la confiance n’est pas la nouvelle mode.

On verra. On reprochera certainement à François Dupuy son ton et son fond de donneur de leçon.

Mais n’est-ce pas le rôle d’un enseignant ?

 

Références

François Dupuy,

La faillite de la pensée managériale,

Seuil, 2015, 240 pages, 20 euros.

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