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UN BESOIN DE RENOUVELLEMENT

 

Culture : vers une crise durable ?

19/03/2015 | par Laure Martin | Dossier d'actualité

a ©Andrew Bayda - Fotolia.com

Baisse des dotations, nouvelles répartitions des compétences, les politiques culturelles sont touchées de plein fouet par des changements nouveaux. Et ce n’est pas fini ! Un point semble faire consensus : une nécessaire évolution des politiques culturelles en tant que telles.

Les politiques culturelles doivent-elles évoluer ? C’est par un « oui » franc que répond Véronique Balbo-Bonneval, présidente de la Fédération nationale des associations de directeurs des affaires culturelles (Fnadac). Il faut désormais penser la dimension culturelle d’un projet de territoire, donc non seulement le service public minimum, à savoir l’enseignement, la diffusion des savoirs et le soutien à la création, mais aussi la dimension culturelle de l’aménagement du territoire, de la politique éducative, sociale ou encore du développement économique. « Actuellement, cette approche n’est pas encore pensée en amont des différentes politiques publiques », regrette-t-elle. Et d’ajouter : « Il faut savoir prendre en compte l’écosystème qui permet à la mission de service public d’être rendue ».

Cela repose sur les acteurs publics traditionnels, la société civile et aussi les acteurs privés, mais à l’heure actuelle, « cela n’est pas du tout dans l’esprit des directeurs des affaires culturelles. Donc oui, cela doit évoluer », considère-t-elle.

Au niveau des politiques publiques, cela demande bien entendu de revisiter les manières de faire et de tenir compte de la transversalité culturelle, car la culture a longtemps été considérée comme une catégorie bien référencée.

« Or, la culture, c’est tout ce qui nous relie, considère Florian Salazar-Martin, président de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC). Elle doit être présente dans les transports, dans l’urbanisme, dans le développement économique, car cela donne du sens à nos actions publiques. » Il faut selon lui retravailler la question des arts de la culture non comme une catégorie, mais comme un lien, une dynamique des politiques publiques qui va aider à trouver du sens.

 

Citoyens acteurs

Tenir compte des citoyens et de leurs envies serait un autre changement à impulser au sein des politiques culturelles.

« Il faut les voir comme des personnes capables d’accéder à la culture et être en capacité de créer leur propre culture et source de création d’imaginaire », estime Florian Salazar-Martin.

Cela ne veut pas dire pour autant que les artistes doivent être mis sur le banc, mais que les collectivités doivent tout de même veiller à prendre en compte ce besoin des gens à être acteurs, auteurs. « La culture a mis longtemps à prendre en compte la place des amateurs, ajoute-t-il. C’est important de faire ce distinguo. Les politiques doivent s’en occuper, les encourager, les reconnaître, dans les lieux que sont les théâtres, les établissements comme les écoles de musique, de danse. »

Et en termes de programmation, il faut respecter le besoin de diversité et de variété. « La scène nationale est parfois critiquée, car trop élitiste », souligne François Deschamps, DGA culture et sports à la communauté de communes d’Annecy, cette question d’élitisme servant parfois même de justification à l’annulation d’une programmation. « Mais cela ne devrait pas être un problème à partir du moment où une collectivité propose une variété de spectacles, soutient-il. Si on voit toujours la même chose, on vit de façon renfermée. C’est un peu facile d’utiliser ce genre d’arguments pour baisser des crédits » de la culture

Et comme disait Jacques Chancel : « J’ai toujours considéré que nous avions une responsabilité, nous, gens de programmes, celle d’offrir le meilleur et l’inattendu à nos millions de téléspectateurs, auxquels, personnellement, je ne souhaite pas donner ce qu’ils aiment, mais plutôt ce qu’ils pourraient aimer. »

 

Témoignages : 

Jack Maignan, ancien DGA et directeur culture
« Redécouvrir la vertu des brassages entre amateurs et professionnels »
« Sans doute que les citoyens ne veulent pas être que consommateurs mais aussi acteurs de leur culture. Il faut le remettre en avant. Historiquement, il y avait des lieux comme les maisons de la culture, les réseaux associatifs. Cela s’est perdu. S’il y a des choses à redécouvrir, c’est la vertu de ses brassages entre amateurs et professionnels, entre gens expérimentés et personnes qui découvrent l’art. Il faut donner une plus grande place à l’éducation artistique pour faire en sorte que l’on retrouve l’appétence et l’envie de faire avec. La culture n’est pas quelque chose de fermé. Et il faut revoir cette façon de faire sans doute, car on a une jeunesse qui est davantage éduquée et qui a envie d’être actrice de la production culturelle et de l’intelligence collective. »

Thierry Le Nédic, Directeur de la culture et des pratiques culturelles à la région Bretagne
« Davantage de concertation pour optimiser l’intervention publique »
« Les politiques culturelles constituent un écosystème marqué par une forte interdépendance entre tous les niveaux de collectivités, liée aux financements croisés. Or, aujourd’hui, aucun endroit n’est dédié à la concertation. Il faut en instituer. L’idée n’est pas de se priver de liberté mais d’optimiser l’intervention publique. Il n’y a pas une vraie pensée globale de ce que pourraient être les politiques publiques de la culture. Pour que l’ensemble des besoins soient pris en compte, il faut une organisation  de l’action publique beaucoup plus cohérente. »

Florian Salazar-Martin, président du FNCC
« Une vision renouvelée des arts et de la culture »
« Il faut une vision renouvelée des arts et de la culture, plus large que cet aspect caricatural et catégoriel qui ne correspond pas à la réalité. On a besoin de cette compréhension, de réinventer les choses et chacun peut s’emparer de ce sujet. On est dans une période où il y a beaucoup d’interrogations. On a donc besoin de redonner du sens à notre action publique. On a l’impression que, pendant longtemps, il y a eu une grande facilité à agir. Aujourd’hui, on est dans une situation de crise et on a du mal à percer le voile noir du ciel. Pourtant, on a des ressources et on doit mettre à profit cette intelligence. » 

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