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PARADOXE

 

« Il faut parler projet avant de parler budget »

19/03/2015 | par Laure Martin | Dossier d'actualité

concert © Andrey Armyagov

Le directeur de l'Observatoire des politiques culturelles nous livre son point de vue et des pistes d'évolution pour cette culture, tellement essentielle à la formation de l'esprit citoyen.

Jean-Pierre Saez
 Jean-Pierre Saez, directeur de l’Observatoire des politiques culturelles

 

 

 

 

Est-ce que l’on peut réellement constater une baisse de l’investissement des collectivités dans leurs politiques culturelles ?

La crise des finances publiques frappe très directement les activités artistiques et culturelles comme le révèlent les informations qui remontent du terrain. Un certain nombre de collectivités ont baissé drastiquement, voire supprimé, leurs subventions pour des festivals, des théâtres, des lieux d’exposition, des orchestres. La carte nationale est assez touchée par un mouvement général de réduction de l’effort public pour la culture. Ajoutons à cela que des municipalités nouvellement élues n’ont pas hésité à remettre en cause leur soutien à des activités artistiques pour des raisons strictement idéologiques, le tout encadré par un discours aux forts accents populistes. Plus généralement, l’affaiblissement de l’ambition politique en faveur de la culture est un signe des temps. Le paradigme gestionnaire gagne du terrain au détriment d’un grand dessein pour la culture. Cela crée une situation paradoxale, car dans une époque où les repères fléchissent, la culture a un rôle essentiel à jouer en termes de lien social, d’ouverture d’esprit, et tout ce qui peut concourir à la formation de l’esprit citoyen devrait être préservé et renforcé.

 Le paradigme gestionnaire gagne du terrain au détriment d’un grand dessein pour la culture.

Quelles mesures devraient être prises pour garantir une certaine pérennité des politiques culturelles ?

D’abord se reposer la question du projet de société dans laquelle nous voulons vivre. Donc parler projet avant de parler budget. Il faut tout faire pour ne pas laisser les budgets culturels, de plus en plus considérés comme une variable d’ajustement, reculer. Améliorer les objectifs, chercher à faire beaucoup mieux avec les moyens disponibles dans le sens d’un partage démocratique des biens culturels, d’un élargissement de la participation aux arts, voilà ce qui devrait guider nos choix. Pendant longtemps, la clause générale de compétences a favorisé l’initiative des collectivités qui ont pu intervenir autant qu’elles le souhaitaient. Après une phase de confusion totale concernant cette clause, elle est supprimée pour les départements et les régions. D’où la discussion actuelle pour définir une compétence culturelle partagée. Une autre option eût été d’établir des compétences obligatoires fléchées par collectivité. Je n’y suis pas du tout favorable. Je préfère l’idée d’une compétence culturelle obligatoire pour toutes les collectivités, qui serait une sorte de principe politique et moral qui se situerait dans l’esprit d’une charte. Cela ne voudrait pas forcément dire que l’on désigne un contenu précis pour chaque collectivité en matière de culture et cela n’empêcherait pas les collectivités de définir leur propre champ d’implication, ni de continuer à travailler en bonne intelligence et coopération partagée.

 

Faut-il également envisager une évolution des politiques culturelles ?

Oui, bien sûr. Nous vivons une époque de grande transformation qui concerne notamment les questions culturelles. L’un des éléments majeurs de la transformation : le numérique. Comment est-il intégré aux politiques culturelles territoriales ? Quels objectifs, quelle stratégie et savoir-faire promouvoir en la matière ? Autre enjeu, celui d’un élargissement de la participation. Une politique culturelle ne peut se résumer à une politique d’offre et de public. C’est aussi une politique qui doit tenir de différentes formes de participation à la vie artistique et culturelle. Enfin parmi les autres enjeux, celui de la transversalité intra-culturelle, mais aussi avec d’autres domaines comme l’éducation, le social et l’économie.

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