COURONNE DE LAURIERS

 

San Francisco, la ville « presque » zéro déchet

27/03/2015 | par Julie Krassovsky | Toute l'actualité

poubelles-san-fransisco ©Intell free press

80%, c’est la proportion de déchets recyclés atteinte fièrement par San Francisco. La ville californienne touche du doigt son objectif affiché : parvenir, d’ici à 2020, à zéro déchet non recyclé ou composté. Un résultat plus qu’encourageant, jamais atteint jusqu’ici par une aussi grande ville dans le monde. Un tel objectif est-il atteignable en France ?

Il faut dire que la municipalité californienne s’est donné les moyens de son ambition. Tout est parti d’un constat simple : 90 % des déchets qui finissent dans les décharges peuvent être recyclés, la part la plus importante étant la nourriture. Il fallait donc mettre l’accent sur le traitement des résidus organiques.

 

Des déchets organiques au débris industriels

Dès 2002, un système de collecte quotidien est organisé. Les déchets sont acheminés par camion dans un grand champ et transformés en compost. La municipalité teste d’abord cette approche auprès des hôtels et des restaurants qui s’engagent à assurer un tri sélectif à l’aide de poubelles à compost, moins chères que les contenants classiques. En un an, l’hôtel Hilton, qui délivre 7 500 repas par jour, économise 145 000 euros sur sa gestion des ordures.

L’initiative est alors très vite étendue à l’ensemble des professionnels. En 2006, la ville oblige toutes les entreprises du bâtiment à recycler au moins 65 % de leurs débris comme le béton, le métal et le bois dans des centres agréés. Une suspension de six mois est prévue pour les contrevenants.

Suivent des mesures fortes. Comme l’interdiction de l’usage de polystyrène pour toute boîte contenant de la nourriture, ou encore la proscription des sacs plastiques dans les supermarchés. Cette obligation sera ensuite étendue à tous les commerces de détail et les restaurants. Le Code de la construction de San Francisco est également modifié pour que des « zones spécifiques » soient prévues pour la collecte et le ramassage des déchets recyclables dans tout nouveau bâtiment.

 

Une obligation pour tous les habitants

Ce n’est qu’en juin 2009 que la municipalité rend obligatoires le recyclage et le compostage pour tous les habitants. Chaque maison et immeuble reçoit une facture détaillée et peut l’alléger en utilisant de moins en moins la poubelle classique. Les mauvais trieurs sont passibles d’une amende allant jusqu’à 700 euros.

Dernier né de l’arsenal juridique, l’interdiction de la vente et de la distribution de petites bouteilles d’eau en plastique dans les espaces publics de la ville depuis le mois d’octobre 2014.

Étape par étape, la municipalité a donc influé sur la politique commerciale des entreprises autant que sur l’engagement des citoyens. Une action qui permet aujourd’hui de réduire considérablement l’activité des décharges et des incinérateurs.

 

Des progrès à accomplir

Bien sûr, tout n’est pas résolu. Les centres de tri des déchets restants (aluminium, plomb, mercure, déchets électroniques) s’allègent encore d’une partie du tri en sous-traitant leur recyclage à des pays comme la Chine, l’Inde ou l’Afrique du sud.

Une pratique analogue à celle de la France, avec un petit bémol. Le recyclage du verre est efficace dans l’Hexagone. Celui des contenants progresse mais peut mieux faire.

L’organisation du tri des déchets organiques, en revanche, affiche encore un sérieux retard. Quelques collectivités se sont pourtant orientées vers une politique volontariste comme le Grand Besançon et la Porte d’Alsace (Haut-Rhin). Après avoir fait une tentative avortée d’implantation en France au début des années 2000, le mouvement Zéro Waste France a été lancé début février 2014 à Bobigny. Le ministère de l’Écologie a rétorqué en annonçant, à son tour, le premier appel à projets* « territoires zéro gaspillage, zéro déchet ». 58 collectivités y ont déjà répondu. La France rattrapera-t-elle son retard ?

*http://www.developpement-durable.gouv.fr/Laureats-des-20-territoires-zero

 

Approfondir le sujet

Le zéro déchet est-il possible en France ?

• Mao Peninou, maire adjoint à la propreté de Paris : « Des procédures de bon sens transposables à notre échelle »

« J’ai passé quatre jours dans la ville de San Francisco en octobre 2014. Cet exemple est très inspirant. Là-bas, j’ai réalisé deux choses. La première, et c’est une clé fondamentale, concerne l’importance du traitement des déchets alimentaires. Une fois que vous avez extrait ce qui est organique, y compris les fonds de plat ou les cartons de pizza encore maculés de fromage, tout le reste est beaucoup plus simple à trier. La seconde tient au choix industriel qui ne relève pas d’une haute technologie. La municipalité californienne a opté pour une organisation simple qui s’appuie sur le compost… Cette gestion est transposable à l’échelle d’une ville comme Paris, notamment sur le traitement du flux de matière organique, que nous recyclons peu pour l’instant. Au lieu d’investir dans des usines gigantesques de traitement ou des unités de méthanisation, nous devons envisager des procédures de bon sens comme celle-là. Mais nous butons encore, en France, sur la réglementation européenne très hygiéniste qui nous contraint notamment sur le transport des matières organiques ! »

 

• Philippe Glasser, directeur de la collecte, Grenoble Alpes Métropole : « Améliorer le recyclage grâce aux ménages »

« Les territoires urbains en France font des efforts pour diminuer le recours à la décharge. Sur l’agglomération grenobloise, par exemple, la part d’incinération représente 42 %, idem pour la part recyclée, le reste est mis en décharge. Notre objectif aujourd’hui est de rechercher ce qui peut encore être recyclé dans la part incinérée. Les journaux, le papier, le carton ne sont recyclés qu’à moitié, par exemple. Ensuite, il nous faut définir les actions à mener : le compostage de quartier, le compostage individuel, une collecte des biodéchets (déchets organiques) en flux séparé. Toute cette mise en œuvre doit tenir compte de la réglementation européenne. Celle-ci s’impose déjà aux gros producteurs de déchets alimentaires (restauration collective, cantines, moyennes surfaces de fruit et légumes) mais ne s’applique pas aux ménages. Le cadre réglementaire pose un certain nombre de principes, mais la collectivité a les moyens d’intervenir, notamment en s’appuyant sur une concertation citoyenne. C’est sur ce projet que nous avons été sélectionnés dans le cadre du projet national « zéro gaspillage, zéro déchet ». Nous allons revisiter les modalités de service rendu du point de vue de l’usager avec la mise en place de groupes de travail mêlant des citoyens, des acteurs de la gestion des déchets, des agents de la collectivité, des entreprises… »

 

• Fabienne Labrette-Ménager, maire de Fresnay-sur-Sarthe et vice-présidente du conseil général de la Sarthe : « Il faut travailler sur des projets de territoire, à petite échelle »

« La comparaison est difficile. En France, les territoires sont en charge de la gestion des déchets dans un cadre réglementaire fixé par l’État, en accord avec la directive européenne. Beaucoup de progrès ont été faits en dix ans sur toute la filière, avec une augmentation du recyclage et de la collecte. Mais ce qu’il faut aujourd’hui, c’est travailler sur des projets de territoire, des projets à petite échelle mais avec une harmonisation des consignes de prix. Il nous faut réduire les charges de la collecte et du traitement au maximum. La vraie marge d’action consiste donc à jouer sur le coût. Sur mon territoire, le nombre d’impayés lié à la redevance des ordures ménagères augmente depuis quelques années. Les citoyens sont prêts à bien trier mais, en échange, ils souhaitent une baisse de la taxe de collecte. À ce titre, la redevance incitative, liant la facturation du service de traitement au volume produit par chaque citoyen, est une bonne chose. Nous l’étudions actuellement. Sa mise en œuvre doit encore surmonter quelques défis pratiques. Dans un immeuble, faudra-t-il prévoir de facturer chaque foyer séparément ou appliquer un tarif pour l’ensemble des locataires ? Il nous faut envisager en amont le dispositif de gestion informatique à mettre en place pour traiter le coût en fonction des usagers ».

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