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Le cygne noir de la dette française

18/11/2016 | par Philippe Laporte | Toute l'actualité

cygne-noir © joël BEHR

Si nous avons accumulé tant de dettes, c’est plus par la baisse des recettes d’État que par l’augmentation des dépenses. Mais vu l’ampleur qu’elle a prise, aucune rigueur budgétaire ne nous permettra de la rembourser de manière significative.

Article publié le 9 avril 2015

« La France est en faillite. Les Français, cigales gavées de dépenses publiques, creusent par des déficits successifs le trou de la croissance et vont léguer un passif insupportable à leurs enfants. » Ces ritournelles sont répétées en boucle par les occupants du village médiatique, pour faire rentrer le clou de la culpabilité dans toutes les têtes.

Une dette est un capital que quelqu’un verse volontairement contre un remboursement échelonné et un intérêt. Si le taux servi est supérieur à celui de la croissance, le prêteur s’enrichit plus par cette rente que par son travail.

 

Si le taux servi est supérieur à celui de la croissance, le prêteur s’enrichit plus par cette rente que par son travail.

 

Un budget peut être en déséquilibre à cause de dépenses excessives, ou de recettes insuffisantes, ou les deux. La dette française représente aujourd’hui 95,2 % du PIB, soit 2 031,5 Md€ et 30,632 € par habitant. De 1978 à 2012, les dépenses de l’État ont baissé de 2 points de PIB et les recettes ont chuté de 5,5 points, pour 3,5 points de déficit supplémentaire.

Des baisses de recettes, surtout des niches fiscales, ont été décidées sous Lionel Jospin (- 2,5 points), sous Jacques Chirac (- 0,7 point) et sous Nicolas Sarkozy (- 1,1 point). En maintenant nos recettes entre 1997 et 2011 et en plafonnant les taux d’intérêt à 2 % entre 1985 et 2005, la dette ne serait plus qu’à 45 % ou 50 % du PIB aujourd’hui !

 

En maintenant nos recettes entre 1997 et 2011 et en plafonnant les taux d’intérêt à 2 % entre 1985 et 2005, la dette ne serait plus qu’à 45 % ou 50 % du PIB aujourd’hui !

 

L’État ne peut plus emprunter à la Banque de France depuis la loi du 3 janvier 1973. Cette mesure, supposée lutter contre le laxisme budgétaire s’est révélée inefficace.

 

Question : qui détient la dette et où ?

Via les obligations assimilables du Trésor, bons du Trésor à intérêts annuels et bons du Trésor à taux fixe, les banques et assureurs français pour un tiers et pour le reste des « non-résidents » divers (fonds de pension, fonds souverain, grandes banques etc.), principalement au Luxembourg, au Royaume-Uni et aux îles Caïmans… Nous finançons donc, par nos impôts, une dette qui sert des profits à des acteurs financiers, étrangers pour l’essentiel. Nous sommes dans leur main.

En Grèce, les banques françaises détenaient 57 Md€ fin 2009. Le plan de sauvetage a consisté surtout à faire endosser les créances douteuses aux États, car si « les profits sont privés, les pertes sont publiques ». Aujourd’hui, les Grecs doivent 11,4 milliards aux Français, mais plus rien à leurs banques. Cette substitution s’est évidemment faite de façon opaque et non démocratique.

 

Vu la faiblesse du PIB, nous serons au mieux à 102 ou 103 % de dette en 2017. Et après ? En 2020 ? En 2025 ? Comment rembourser ?

 

Et après ? En 2015, il est prévu un déficit de 76 milliards d’euros, puis 72 en 2016 et 60 en 2017. Vu la faiblesse du PIB, nous serons au mieux à 102 ou 103 % de dette en 2017. Et après ? En 2020 ? En 2025 ? Comment rembourser ? À coups de purges budgétaires qui le creusent encore plus ?

Le livre de Thomas Piketty, « Le capitalisme au XXIe siècle » montre que, dans l’histoire, l’inflation, l’étalement ou le défaut ont été utilisés. Que va-t-il se passer dans cette zone euro intenable ? Le cygne noir de Nassim Taleb, c’est-à-dire un événement imprévu (ce qui ne veut pas dire qu’il est imprévisible) qui aura des conséquences exceptionnelles, finira par apparaître. Pour l’anticiper, il suffit de savoir compter, et d’attendre…

 

 

 

 

 

 

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