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LABYRINTHE

 

Reclassements forcés : un pari difficile

04/05/2015 | par Marjolaine Koch | Management

labyrinthe © ayzek - istock

Lorsqu'une maladie provoque une reconversion professionnelle forcée, c'est le début d'un long parcours pour l'agent, avant qu'il retrouve un poste en adéquation avec ses compétences et ses problèmes de santé. Une épreuve professionnelle difficile qu'a traversée Annick. Retour sur son parcours.

Les crèches, l’aide à domicile et les services d’entretien sont les plus gros pourvoyeurs de maladies professionnelles. Annick n’échappe pas à la règle : après avoir exercé le rôle d’agent territorial spécialisé des écoles maternelles pendant 27 ans, elle doit quitter son poste. Un de ses genoux la fait souffrir et l’empêche de s’accroupir. Ce geste simple du quotidien va la priver de son emploi. Après deux mois d’arrêt maladie, à son retour, l’annonce est abrupte. « J’ai appris par la responsable des affaires scolaires qu’elle ne pouvait pas me reprendre dans ses services à cause de mon genou. J’ai dû me débrouiller seule, j’ai commencé par aller voir le médecin du travail ». Ce dernier la déclare apte à travailler dans un autre service.

Reste à trouver un poste vacant. S’ensuit un rendez-vous avec la DRH, qui la met en arrêt forcé pendant presque trois mois, le temps qu’Annick rencontre un médecin-conseil extérieur qui officialisera son inaptitude à reprendre son poste au sein de la maternelle. Durant cette période, elle ne touche qu’un demi-salaire.

Ce n’est pas évident de se retrouver à une fonction que l’on n’a pas désirée, avec comme collègue un autre agent lui aussi reclassé pour des problèmes de santé.

« Le plus difficile, raconte Annick, c’est que tout s’est passé par téléphone avec la DRH, je ne me suis pas sentie soutenue. Quand ils m’ont demandé si je savais compter et lire, j’ai d’abord ri. Mais quand ils m’ont proposé ensuite un poste aux archives des ressources humaines, j’ai perdu le sourire, je n’avais aucune envie d’un poste sans contact extérieur ».

Avant de prendre ses nouvelles fonctions, Annick suit une courte formation sur le thème de la reconversion avec un psychologue, un moment qu’elle a jugé difficile et pas vraiment utile pour aborder son nouveau poste. Si la collectivité a le devoir de chercher un poste à un grade équivalent pour son agent, aucun texte n’aborde la question de la formation ou de l’accompagnement. C’est un aspect laissé à la libre appréciation des ressources humaines.

« C’est comme si l’on était au rebut. Et puis mon DGS n’arrêtait pas de me répéter qu’il fallait que je fasse le deuil des enfants. Pourtant j’aimais mon métier, je n’ai pas choisi de le quitter. »

 

Trouver une solution convenable : la quadrature du cercle

Dans une situation aussi particulière que celle-ci, quand la personne est dans l’impossibilité d’exercer un métier qui lui plaisait pourtant, il est très difficile d’accepter de nouvelles tâches où l’on ne se retrouve pas. Les ressources humaines doivent alors résoudre la quadrature du cercle : trouver une place à son agent et l’aider à accepter et à intégrer ses nouvelles fonctions, sous peine de courir à l’échec et d’affronter des arrêts maladie successifs pour dépression ou d’autres motifs.

La question se pose notamment dès qu’un agent des services techniques ou des espaces verts devient inapte. Il faut alors trouver un métier qui lui convienne, varié, mobile, pour éviter de le déstabiliser en l’asseyant derrière un bureau : le type de poste qui ne court pas les rues.

Si l’agent refuse un changement d’affectation, la collectivité peut la licencier pour inaptitude physique au terme de ses droits.

Jean-Luc Julinet, médecin du travail à la ville de Poitiers, estime que le nombre de maladies professionnelles est en constante augmentation. « Les collectivités sont débordées, elles ne savent plus quoi faire de ces agents. Quand la personne qui perd son poste a la chance de travailler au sein d’une grande collectivité territoriale, elle pourra retrouver une place, même si le travail en lui-même ne lui convient pas. Mais dans une petite collectivité, comment fait-on ? ». Les cas sont rares, mais si la collectivité se trouve dans l’impossibilité de reclasser la personne ou si cette dernière refuse un changement d’affectation, elle peut la licencier pour inaptitude physique au terme de ses droits.

 

Quatre années de recherche

Annick, elle, passera quatre difficiles années aux archives, une période durant laquelle elle ne cesse de rechercher un poste qui corresponde à ses compétences et où elle pourrait s’épanouir. Ses efforts payent puisqu’elle décroche un poste au secteur jeunesse de la médiathèque de sa ville. Mais avec ses problèmes de genou, elle doit faire valider son intégration au sein de la médiathèque par le médecin du travail. La décision est sans appel : il y a des escaliers dans ce bâtiment, Annick n’est pas apte. C’est un nouveau coup dur, sur lequel viennent se greffer des problèmes de tendinite à cause des gestes répétitifs de l’archivage.

 À nouveau en arrêt maladie pendant cinq mois, elle fait le forcing auprès de la direction pour qu’ils l’aident à trouver un autre poste en lien avec les enfants. Presque cinq ans après avoir quitté l’école maternelle, on lui trouve finalement une place dans un des musées de la ville, au service éducatif. Son nouveau travail consiste à réaliser des animations pour les groupes scolaires et à accomplir des tâches administratives. Pour heureux qu’il soit pour l’agent, ce dénouement doit surtout à son acharnement et à la chance d’avoir trouvé un poste adéquat.

 

On est en train de mettre en place tous les outils nécessaires à l’accompagnement des malades, c’est très bien, mais on oublie la prévention.

Pour le médecin du travail, Jean-Luc Julinet, la multiplication des maladies liées au travail trahit un isolement et un manque de suivi. « On rend les gens malades : les conditions se dégradent, les gens sont de plus en plus isolés à leur poste, l’organisation du travail devrait être revue. On est en train de mettre en place tous les outils nécessaires à l’accompagnement des malades, c’est très bien, mais on oublie la prévention. »

C’est donc au personnel de pallier directement ce manque en adoptant certains réflexes, comme – avant de voir sa santé se dégrader – solliciter son chef de service afin d’adapter son poste de travail, ou discuter de sa situation avec l’ACMO, l’agent chargé de la mise en œuvre des règles d’hygiène et de sécurité.

C’est encore au personnel de pallier ces manques en adoptant certains réflexes, comme solliciter l’adaptation de son poste de travail.

Enfin, la médecine professionnelle est une dernière piste pour améliorer ses conditions de travail et anticiper les problèmes de santé qui pourraient en découler. À la charge des interlocuteurs, et donc de la hiérarchie, de savoir entendre ces réclamations et d’intervenir en amont, pour éviter d’avoir à gérer une situation de crise qui prendra des mois, voire des années avant de trouver une issue convenable.

 

Reclassement forcé : les étapes
Le premier réflexe est de vérifier si le poste peut être aménagé : le médecin du travail et un ergonome seront les plus à même de se prononcer. L’affectation de l’agent dans un autre emploi de son grade pourra également être étudiée. En cas d’impossibilité, on se dirige vers un reclassement : le comité médical, composé de médecins généralistes et spécialistes, se prononcera sur la base d’un dossier fourni par la collectivité et déclarera l’agent apte ou inapte.
Ensuite, à condition que l’agent ait sollicité son reclassement, c’est à la collectivité de trouver une solution après avis de la Commission administrative paritaire compétente. Si l’agent ne peut pas être reclassé immédiatement, il est maintenu en congé maladie jusqu’à ce qu’un poste se libère ou qu’il épuise ses droits. S’il n’est pas reclassé à la fin de ses droits, il passe en disponibilité d’office, où il touchera des indemnités de coordination à hauteur d’un demi-traitement. Si aucun poste n’est trouvé au bout de cette période de disponibilité, le salarié peut être radié d’office, c’est alors un licenciement pour inaptitude physique.
Les agents confrontés à cette situation relèvent tous le manque d’information et le flou qui entourent les conditions financières aux différentes étapes de leur arrêt maladie. Prendre le temps, lors d’un entretien, d’expliquer le déroulement des opérations peut aider la personne à comprendre ce qui l’attend et à lui éviter tout stress supplémentaire.

 

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