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La prévention des risques : une attitude managériale

05/05/2015 | par Jean-Jacques Pénin | Management

casque_chantier © DutchScenery

Les difficultés que connaissent les démarches de prévention trouvent leur source dans une contradiction. Faut-il risquer de vivre ou travailler en sécurité ? Pourtant, on peut réussir des démarches de prévention en s'appuyant sur la pédagogie et la conviction.

La formation à la prise de fonction des cadres intègre rarement la question de leur responsabilité en matière de prévention des risques physiques et psycho-organisationnels.

Les traditionnels modules sur le « rôle du cadre » font, tous organismes confondus, rarement place à cette dimension. La communication, le leadership, la gestion de projet ont au contraire la part belle, comme si finalement ceux qui nous enseignent la pyramide de Maslow avaient oublié le besoin fondamental et premier qui est de sécuriser l’environnement pour en être moins dépendant.

Le sujet de la prévention est considéré comme rébarbatif, sinon accessoire, en regard d’une activité principale de management qui tire sa noblesse supposée du fait de savoir conduire les équipes. Bien entendu, il faut relativiser selon les secteurs d’activité et les sensibilités individuelles à l’égard du sujet, mais globalement l’ambivalence, à l’égard d’un thème reconnu important, mais qui entraîne une mobilisation relative, interroge.

 

Un sujet contradictoire

J’émets l’hypothèse que cette ambivalence est liée aux valeurs mêmes véhiculées par le concept de prévention : prévenir, c’est prétendre réduire le risque. Or, le risque est constitutif de la vie. Dès lors, il devient difficile de situer la prévention : est-elle au service de la protection de la vie où plutôt un obstacle à l’expression de celle-ci ?

Prévenir, c’est prétendre réduire le risque.

Prévenir, c’est également s’inscrire dans la conformité aux règles établies. Être conforme, dans une organisation, permet d’être intégré. Être non conforme, c’est donner de la place à son propre désir. La prévention est une exigence supplémentaire de conformité à la règle. Elle peut, de ce fait, être « l’exigence de trop », celle qui étouffe le désir. Ce poids peut être particulièrement sensible selon la culture de l’entreprise. Dans des organisations bureaucratiques (et ce n’est pas une tare !) comme le sont les collectivités qui, par essence, sont fortement marquées par la conformité de ses actes aux textes de loi, la nécessaire conformité est par nature un objectif constant, introjecté par tous. Tout rappel supplémentaire en ce sens peut être « de trop ».

 

Risque et sécurité : le couple infernal

Être en danger, être en sécurité… De l’appréciation du niveau d’exposition ou de soustraction au danger découlera le sentiment d’être ou non en sécurité. À ce titre, le document unique d’évaluation des risques n’est pas un document qui posséderait la rigueur mathématique d’une équation permettant des conclusions indiscutables. Il fait largement appel à l’appréciation.

La tension tolérable entre risque et sécurité est véritablement l’enjeu des démarches de prévention.

La tension tolérable entre risque et sécurité est véritablement l’enjeu des démarches de prévention. Mais elle est aussi un enjeu existentiel propre à chaque individu, selon sa psychologie. Certains se satisferont d’une société assurantielle qui les « couvre » du maximum de risques. D’autres, parfois les mêmes, s’engageront dans des sports individuels dangereux, au demeurant valorisés comme des exploits.

Entre le besoin de conformité, (mais pas trop) et le besoin de sécurité (mais pas trop), la voie de la prévention des risques professionnels est finalement complexe.

 

Un objectif managérial

Il semble donc illusoire de croire que la prévention puisse être vécue autrement que comme une contrainte dans un environnement de travail ordinaire. On pourra espérer au mieux une compréhension des exigences de prévention mais certainement pas une appropriation, sauf emploi particulier exercé, ou intérêt personnel, pour ce sujet.

L’adhésion (c’est-à-dire l’introjection des valeurs) au thème de la prévention, qui se mesurerait par des actions spontanées visant à inscrire la prévention dans les actes, demeurera limitée à ceux qui ont acquis une conscience éclairée de leurs responsabilités.

 

Quelques pistes pour l’action

Ceci nous éclaire sur l’attitude managériale à adopter à l’égard de la prévention. Obtenir des personnels une compréhension des enjeux de la prévention est un objectif managérial réaliste de premier niveau. Cet objectif appelle des démarches pédagogiques en appui.

Le second niveau consisterait à obtenir une mobilisation, c’est-à-dire un engagement raisonné à agir, pour remplir les obligations en la matière. Cet objectif appelle la connaissance, par l’information et la formation, des attendus réglementaires incontournables.

En fonction de cela, le discours général doit :

- s’appuyer sur des démarches pédagogiques ;

- être explicatif, démonstratif, pour éclairer le sujet ;

- être ferme et constant pour responsabiliser et si possible mobiliser.

Enfin, et parallèlement, les « désagréments » associés à la prévention pourraient utilement être contrebalancés par l’apport d’autres plaisirs qui viendraient rétablir l’équilibre. La reconnaissance d’actions préventives exemplaires, un « prix de la prévention » etc., sont autant de moyens pour introduire une contrepartie positive en regard des contraintes imposées par le respect des règles de prévention et remettre le plaisir de travailler en sécurité à l’ordre du jour.

 

 

Prévention et productivité
La tension entre le risque et la sécurité, la conformité et la non-conformité, trouve une issue dans certains environnements qui mettent la prévention au service du plaisir. C’est le cas des sports à risques par exemple. Ceux-ci font une large part à la préparation au danger.
Mais que devient cette tension quand la contrepartie du plaisir n’est pas présente, voire quand la prévention semble compliquer le travail ?
Dans un environnement de travail, la contrepartie des contraintes imposées par la prévention est absente. L’intéressement financier se fait sur la productivité, jamais sur le respect des règles. Réactivité, rapidité et productivité ne font pas spontanément alliance avec prévention…

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