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Songdo, la Smart City coréenne ultra-connectée

26/06/2015 | par Marjolaine Koch | Toute l'actualité

Songdo, ville laboratoire © songdo.com

Songdo, ville laboratoire

Au large de Séoul, en Corée du Sud, une ville est en train d'émerger sous l'impulsion d'un conglomérat privé. Songdo est la Smart City par excellence, non polluante, sûre et bourrée de technologie. Orwell, accroche-toi !

«Les larges boulevards de Paris, un Central Park de cent acres dans l’esprit new-yorkais, un réseau de petits parcs similaires à ceux de Savannah, un système de canaux modernes inspiré du modèle vénitien et un centre de congrès à l’architecture proche de celle de l’Opéra de Sydney… » Sur le papier, cette toute nouvelle ville sud-coréenne située à une soixantaine de kilomètres de Séoul a tout pour plaire. Proche de la capitale, à 11 km de l’aéroport international d’Incheon grâce à un pont sur la mer, la Smart City de Songdo est promise à un brillant avenir. C’est du moins ce qu’espèrent ses investisseurs, un consortium privé qui mise très gros – plus de 35 milliards de dollars – pour développer la ville de demain.

 

Une Smart City créée de toutes pièces

Le projet est né en 2003, sur un terrain vague de 600 hectares. Le promoteur immobilier Gale international (61 %), le producteur d’acier Posco (30 %) et la banque d’investissement Morgan Stanley (9 %), soutenus par la municipalité d’Incheon, se sont réunis autour d’un projet fou : créer une ville de toutes pièces. Reprendre les caractéristiques des plus belles villes du monde, associer le nom d’un architecte prestigieux (Kohn Pedersen Fox, spécialiste des gratte-ciel et constructeur de la tour First à Paris), utiliser les matériaux et la technologie de pointe pour faire émerger une Smart City durable, hyperrationnelle et sûre. L’objectif, à terme : vendre le concept clés en main à des agglomérations des pays émergents comme l’Inde, la Chine ou le Vietnam.

Un consortium privé a investi plus de 35 milliards de dollars pour développer la Smart City de Songdo.

Ouverte officiellement depuis le 7 août 2009, la ville est encore en cours de construction. La population avoisine 75 000 habitants. Elle est prévue pour accueillir 265 000 personnes à l’horizon 2018. Peut-être un peu plus tard, on sait ce que sont les chantiers…

Dans cet écrin futuriste, les logements sont hyperconnectés pour optimiser les consommations d’eau et d’énergie. Les buildings sont couverts de toits végétaux et de panneaux solaires, des taxis fluviaux et un métro ne produisant aucun rejet de CO2 maillent le territoire, des pistes cyclables sécurisées et intégrées dès la conception assurent des parcours fluides, et 99 % des places de stationnement sont souterraines.

 

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Ultra-connectée, ultra-surveillée

Sous le terrain de golf, un système de collecte et de filtration de l’eau de pluie a été aménagé, et les déchets sont amenés directement des logements à une usine d’incinération par un aspirateur central, pour éviter le passage de camions en surface. L’usine d’incinération, bien sûr, est une source de production d’électricité. Dans les rues de la Smart City, des caméras de sécurité, des lecteurs de plaques d’immatriculation pour contrôler les accès aux parkings.

Les logements aussi ont leurs caméras : pratique pour programmer une consultation médicale en HD directement de chez soi avec les meilleurs spécialistes du monde, ou s’offrir un cours particulier à distance. Ou bien… pour surveiller ses enfants quand on est encore au travail. La contrepartie ? Accepter que les techniciens de Ulife, le joint-venture fondé par Cisco à l’origine de cette technologie avec Gale, aient eux aussi accès à votre salon par ce biais…

 

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Un modèle déjà en panne ?

Songdo est un véritable laboratoire pour les entreprises. Pourtant, la ville peine pour l’instant à attirer les grands groupes. Veolia a profité des incitations fiscales pour y installer un centre de R & D et l’ONU a choisi Songdo pour son Fonds vert pour le climat, mais la liste n’est pas beaucoup plus longue.

Véritable laboratoire pour les entreprises, Songdo peine pour l’instant à attirer les grands groupes.

Alors que l’espoir était de devenir un hub international, pour l’instant la ville attire surtout des Sud-Coréens grâce à des loyers deux fois moins chers qu’à Séoul.

On compte seulement 2 % d’étrangers parmi la population, mais les constructeurs misent encore sur les expatriés, espérant que la pollution chinoise finira par leur donner l’envie de gagner des lieux plus sains. Sur le papier, donc, une ville parfaitement pensée. Mais dans les faits, les concepteurs ont-ils pris le temps de réfléchir à ce qui fait réellement une ville ?

Avez-vous donc une âme ?
Suffit-il d’une belle enveloppe et d’un agencement parfait pour attirer habitants et entreprises ?
Pour les entreprises, la réponse est simple : il faut une bonne desserte, de bonnes infrastructures et… disposer d’un vivier de personnes à recruter dans l’environnement immédiat. Reste donc à attirer la population.
Mais qu’attendent les habitants de leur ville ? Il existe peu d’études à ce sujet. En 2008, l’Observatoire social indépendant québécois IRB – pour Indice relatif du bonheur – demandait à 1 277 répondants d’identifier parmi dix caractéristiques les trois qui contribuaient à la qualité de vie. Après les espaces verts, la sécurité et les services, sont cités en quatrième position les événements et activités culturels. Autrement dit, les habitants attendent d’une ville qu’elle vive.
Or, dans cette ville construite à partir de rien par des opérateurs privés à la vision très pragmatique, où se trouve l’âme du lieu ? Qui la constitue ? La ville n’est pas qu’une grande machine faite de flux.
Dans son essai « Smart cities, Théorie et critique d’un idéal auto-réalisateur », Antoine Picon, professeur d’histoire d’architecture à Harvard, pointe ce défaut : « Alors même que la ville devient plus intelligente, il semble qu’elle reste bloquée dans son développement moral. Il est utile de se souvenir à ce propos que, chez l’être humain, le passage à l’état adulte tient à la conjonction de la croissance intellectuelle et de la maturité morale et affective. Cette conjonction est encore loin de s’être réalisée dans le cas de la Smart City ». Autrement dit, on n’est pas près de se passer de politique pour assurer équilibre et vie aux cités.

Approfondir le sujet

Masdar City, oasis durable

L’émirat d’Abu Dhabi, qui possède 8,6 % des réserves mondiales de pétrole, s’est lui aussi lancé dans ce pari fou de concevoir une ville à partir de rien, au milieu du désert. Masdar, « la source » en arabe, est une métropole écologique fonctionnant entièrement à l’énergie solaire : conçue par le cabinet d’architecture de Norman Foster, sa construction a démarré en février 2012, déjouant les pessimistes qui voyaient le projet avorter sur fond de crise financière. Son achèvement est programmé pour 2025, mais déjà une centaine d’étudiants en valorisation des énergies renouvelables ont investi les lieux. À eux les innovations technologiques, les tests de nouveaux modèles économiques… Véritable laboratoire à ciel ouvert, Masdar est constituée de bâtiments respectant les principes de l’architecture bioclimatique et, dans ses rues, aucune voiture polluante ne circule. Elles sont remplacées par des « véhicules personnels rapides », de petites autos électriques roulant à 40 km/h. Si même les États pétroliers testent un futur sans matière fossile…

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