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MIROIR, MON BEAU MIROIR

 

Peut-on s’auto-évaluer ?

10/05/2016 | par François Deschamps | Management

evaluation_étoile © fotogestoeber

Les démarches d'évaluation nécessitent une méthodologie, des outils scientifiques et des évaluateurs extérieurs. Mais elles ne doivent pas occulter le fait que le travail d'écriture, la formation, l'information et les échanges sont autant d'outils de réflexion personnelle et collective. Ces outils participent à une sorte d'auto-évaluation certes subjective, mais permanente, de sa propre action.

Article publié le 28 août 2015

 

A priori, l’idée de pouvoir s’auto-évaluer peut apparaître comme une vue de l’esprit, contraire à une démarche de recherche scientifique qui veut que l’on ne puisse être « juge et partie » de son sujet d’étude, fut-il professionnel.

 L’évaluation d’une politique culturelle mérite bien entendu l’intervention d’évaluateurs extérieurs. Pour autant, ce type d’évaluation est rarement programmé de façon régulière.

Et quand elle est sollicitée, l’évaluation porte rarement sur l’ensemble de la politique culturelle de la collectivité. Cela sous-entend-il qu’avant ou entre deux évaluations, le professionnel devrait rester « le nez dans le guidon », donnant toujours le sentiment d’être débordé par les sollicitations qui affluent et par le poids des contraintes administratives ? Non, bien sûr. Seul est productif le fait de chercher sans cesse à relier action et réflexion, celle-ci permettant une mise à distance par rapport à sa pratique quotidienne.

Les politiques territoriales que nous mettons en œuvre doivent en effet pouvoir être mises en perspective dans leur contexte régional, national et européen. Elles doivent aussi pouvoir être comparées avec d’autres situations et confrontées aux courants de pensée et aux conceptions théoriques prévalant dans diverses disciplines.

 En effet, si l’on a besoin, comme tout opérateur, d’outils concrets et opérationnels, le passage par la recherche n’en est pas moins nécessaire.

 

L’autoréflexion

Travail personnel et solitaire, elle prend d’abord la forme du passage par l’écrit. En premier lieu, le temps de l’information. Certes pour les professionnels, le temps de l’information est souvent relégué sur ce qu’on appelle le temps libre. Mais cette connaissance de l’actualité, générale et professionnelle, de ce qui se passe dans les divers réseaux que l’on côtoie, ou encore des ouvrages qui font le point sur telle ou telle problématique… Ces lectures sont un miroir nécessaire qui nous appelle à interroger nos points de vue et nos pratiques professionnelles.

Le travail d’écriture permet quant à lui de poser les choses (ses pratiques ou ses idées) avec le plus de clarté possible et force à la réflexion. Personnellement, je demande à mes collaborateurs souhaitant suivre un colloque ou une formation de s’engager à rédiger, à leur issue, un compte rendu écrit que l’on peut faire partager à tous.

 

Travail personnel et solitaire, l’autoréflexion passe d’abord par l’écrit.

 

Je me prête également depuis huit ans à une production écrite, par le biais de la Lettre d’information du Réseau Culture sur territorial.fr. Ces éditoriaux, pour lesquels je jouis d’une entière liberté de parole, me permettent de rebondir sur l’actualité culturelle ou de rendre compte de colloques ou de lectures. Mais ce sont aussi des retours d’expériences professionnelles, permettant de réfléchir, par exemple sur la nature des bénéficiaires de telle offre artistique ou culturelle proposée ou soutenue, ou à ses impacts sur la vie du territoire.

Cependant la réflexion personnelle ne peut suffire. Il faut pouvoir la confronter, de façon collective, dans différents lieux de débats. Ceux-là sont tout autant formateurs, pour autant que les différents points de vue, voire même les divergences d’analyse, puissent se confronter et s’expliciter. On est alors mieux à même de se les approprier, et de comprendre les enjeux des actions que l’on est amené à proposer aux élus et à mettre en œuvre. Au gré de ma propre expérience, je retiendrai trois lieux de débats.

 

Lire aussi : Légitimités politique et professionnelle ne sont pas superposables

 

Débattre en équipe

Tout d’abord les débats au sein de sa propre équipe de travail. Pour ma part, je demande régulièrement à mes collaborateurs (chefs de service et chargés de mission) de présenter en réunion leur action et d’accepter d’être « soumis à la question » par leurs collègues. Un séminaire annuel, si possible avec la présence d’un regard extérieur, permet aussi de questionner le travail effectué et nos modes de fonctionnement.

Premier exemple : lors du séminaire qui s’est tenu à la rentrée, dans un contexte de contraintes budgétaires fortes conduisant à mutualiser certaines fonctions, est apparu le besoin de mieux travailler ensemble, avec la prise en compte des agents en tant qu’individus autour d’objectifs partagés. De là est né le projet d’une série d’enquêtes orales, afin de mieux cerner nos valeurs, les relations de travail, les étapes de validation et les processus de décision.

 

Je demande régulièrement à mes collaborateurs de présenter en réunion leur action et d’accepter d’être « soumis à la question » par leurs collègues.

 

Autre exemple : après quatre années de mise en œuvre, nous nous posons actuellement en Haute-Savoie la question de l’évolution de notre politique d’éducation artistique en direction des collégiens. Notre chargée de mission, à l’issue d’une formation, a rédigé un rapport où elle rend compte des apports de celle-ci :
- la transmission d’une histoire de l’éducation populaire ;
- la réaffirmation de postulats nécessaires à la conduite de ses missions ;
- la ré-interrogation des orientations (pour qui, avec qui, comment ?) et des outils de cette politique. Certaines préconisations de ce rapport sont ambitieuses, car elles pourraient modifier sensiblement l’architecture du dispositif actuel. Elles sont donc mises en débat, avec le président de l’office départemental d’action culturelle (ODAC), prochainement avec l’équipe des cadres, avec nos partenaires (Éducation nationale, DRAC), avant leur examen par le conseil d’administration de l’ODAC.

 

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De l’utilité des colloques

Autre lieu de débats, les formations ou colloques auxquels on participe ou dans lesquels on intervient (quand on n’en est pas soi-même le concepteur) ; là encore, je ferai part de mon expérience. Ainsi la mise en œuvre durant plus de dix ans d’un séminaire annuel sur les politiques culturelles à l’Université de Montpellier m’a obligé à travailler sur le sens des politiques culturelles, phase obligée avant de vouloir transmettre une pensée me paraissant juste à des étudiants non spécialisés dans ces domaines et à en débattre avec eux.

 

Il faut pouvoir confronter sa réflexion personnelle, de façon collective, dans différents lieux de débats.

 

Quant aux colloques, ils sont semblables aux histoires racontées aux enfants ou aux spectacles auxquels on assiste : on ne comprend pas toujours tout, on s’y ennuie parfois, mais on « picore »… et on retient en général telle ou telle intervention en raison de sa qualité intrinsèque ou parce qu’elle éclaire une préoccupation professionnelle du moment. Les débats au sein des associations, notamment professionnelles, dans lesquelles on milite ou du moins auxquelles on adhère, au travers des réunions ou de l’organisation de colloques, jouent un rôle important dans la formation continue, au travers des exigences qu’elles comportent.

Jacques Ion, en parlant de Geneviève Poujol, une « intellectuelle d’institution » qui travaillait à l’Institut national d’Éducation populaire de Marly-le-Roi, tout en menant des recherches sur l’origine et le rôle des associations, écrit : « Elle a prouvé qu’on peut être militant et analyste, y compris de sa propre cause », tout en étant conscient de cette situation ambivalente.

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