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À Athènes, une plateforme dédiée au système D

02/10/2015 | par Marjolaine Koch | Toute l'actualité

solidarite © stockpics

Alors que la Grèce enchaîne crise sur crise, une initiative de la mairie d’Athènes vient d’être récompensée par le Bloomberg Mayors Challenge : Synathina ou « Athènes plus », centralise les initiatives de centaines de bénévoles prêts à mettre la main à la pâte pour compenser les coupes dans les services sociaux.

Ils sont entrepreneurs, architectes, écrivains, éducateurs, personnel de santé… Beaucoup d’entre eux sont au chômage, mais ils ont choisi d’unir leurs forces pour maintenir la dignité de milliers de personnes touchées par des coupes budgétaires drastiques. Ces initiatives locales étaient, il y a peu encore, disséminées, discrètes, et seul le bouche-à-oreille leur permettait d’exister.

 

La mairie d’Athènes, par l’intermédiaire de la maire adjointe en charge de la société civile Amalia Zepou (voir encadré), a choisi de développer une plateforme regroupant ces initiatives pour les rendre plus visibles. En 2013, 238 initiatives étaient répertoriées. En 2014, le chiffre passait à 415, et ce, en partie grâce à l’aide d’un million d’euros octroyée par le Bloomberg Mayors Challenge. Le concours récompensait cinq projets innovants et transposables menés par des villes européennes. Un vrai coup de pouce pour développer cette plateforme où chaque initiative dispose d’un espace dédié, dans lequel les membres peuvent détailler leur fonctionnement, leurs objectifs, partager leur agenda et recruter des bénévoles.

 

Amalia Zepou, ou la politique nouvelle génération
Réalisatrice de documentaires, Amalia Zepou s’est embarquée dans la politique sans avoir même envisagé sa reconversion. Lorsqu’elle emménage dans le centre d’Athènes en 2007, les ordures s’entassent dans les rues, les SDF et les toxicomanes squattent la plupart des trottoirs. « J’ai commencé à nettoyer un coin de ma rue, raconte-t-elle, et spontanément, toutes sortes de personnes aux orientations politiques diverses, sont venues m’aider : le gars homo, la vieille dame, le voisin turc… C’est ainsi qu’a commencé une sorte de « guérilla de jardin » spontanée. »
En 2013, Amalia Zepou décide de contacter le maire Giorgos Kaminis pour le sensibiliser à la multiplication de ces actions dans les quartiers athéniens. Les mettre en valeur pourrait décupler leur potentiel et faire la différence, estime-t-elle. Giorgos Kaminis l’entend et la nomme conseillère pour qu’elle s’occupe du projet Synathina. Par la suite, d’elle-même, elle s’embarque dans l’aventure des élections et devient sa maire adjointe en charge de la société civile.

 

Lever les obstacles à l’entraide

Mais le travail de la mairie va plus loin : en centralisant toutes les initiatives locales, elle peut identifier les règlements désormais obsolètes ou entravant cette entraide spontanée de la population. Par exemple, la vente et la cuisine ambulatoire, qui se sont considérablement développées avec la crise, étaient jusque-là soumises à la délivrance d’un permis. Mais dans les faits, la plupart des marchands s’en passaient pour exercer. La ville a décidé d’assouplir les règles sur ce plan, partant du principe qu’ils apportent une aide précieuse aux habitants les plus fragiles. Désormais, toute action permettant d’améliorer la qualité de vie de la population est considérée avec bienveillance, et non plus à travers le prisme d’un cadre légal souvent obsolète, au vu de la crise que traverse le pays.

 

Désormais, toute action permettant d’améliorer la qualité de vie de la population est considérée avec bienveillance.

 

Konstantin Polychronopoulos est l’un de ces nouveaux cuisiniers ambulants. Après la perte de son emploi dans le marketing en 2009, des mois de recherches infructueuses l’isolent et le font se sentir inutile à la société. Pour contrer ce sentiment, il prend les choses en main et se lance dans la cuisine : chaque jour, il prépare des petits plats dans la rue grâce à des dons de particuliers et, aidé de dix bénévoles, il nourrit ainsi 200 personnes sans leur réclamer un centime. À ses débuts, la police vient régulièrement entraver son action. Mais grâce à l’intervention d’Amalia Zepou et son travail de centralisation des initiatives locales, il n’est plus ennuyé.

 

Au secours des plus précaires

Au milieu des centaines d’initiatives, il est des exemples particulièrement frappants, notamment par leur efficacité pour pallier un système défaillant. C’est notable dans le domaine de la santé : un tiers de la population ne dispose plus d’une couverture santé, puisqu’il suffit de trois mois de chômage pour être exclu du système. Parmi les exclus, une majorité de jeunes dont le taux de chômage frôle les 60 %.

Pour cette population précaire, près de 70 « cliniques sociales » ont émergé dans la ville. Médecins et volontaires, sous la bannière de l’organisation « Kifa », dispensent gratuitement leurs soins. Les médicaments proviennent de dons, leurs moyens de financement dépendent de la générosité de donateurs européens. Les bénévoles eux, sont des professionnels disposant de cabinets privés ou travaillant à l’hôpital, qui acceptent de consacrer une partie de leur temps libre à ces cliniques sociales, quelques heures par semaine. Un véritable système parallèle s’est mis en place, désormais mis en avant à travers le site Synathina.

 

Parmi les exclus, une majorité de jeunes dont le taux de chômage frôle les 60 %.

 

On trouve encore, parmi les initiatives, la création d’un logo pour identifier les bars pratiquant le « café suspendu » (payé d’avance par un client au profit des plus pauvres) ; l’émergence de circuits touristiques menés par des SDF et présentant la face cachée d’Athènes, ses cantines solidaires et sa population nouvelle de sans-abri ; la création d’un groupe de chefs prêts à cuisiner chez les gens contre le prix de la nourriture et un pourboire seulement s’ils sont satisfaits…

Nombreuses, surprenantes par leur originalité et leur spontanéité, ces actions locales méritaient d’être mises en avant. Preuve, s’il en fallait, que même mises à mal par une crise de confiance inédite mais justifiée, les institutions grecques peuvent encore tirer leur épingle du jeu en s’ouvrant aux initiatives citoyennes locales.

 

Synathina, des initiatives sur tous les plans
Les actions répertoriées sur la plateforme sont catégorisées par quartier sur une carte, ou par thème.
Solidarité : don de vêtements, de médicaments, proposition de soins de santé, actions liées à la nutrition…
Interventions urbaines : amélioration des bâtiments et des quartiers par des bénévoles souhaitant mettre en valeur leur rue, qu’ils soient artistes ou simple habitants.
Circuits : visites guidées aux citoyens dans les différents quartiers de la capitale.
Mise en réseau : groupes agissant dans le but de coordonner les actions et les initiatives d’autres groupes ou citoyens.
Éducation, apprentissage : toutes les actions visant à l’échange de connaissances et le soutien grâce à des cours gratuits, à destination des enfants ou des adultes (mathématiques, philosophie, psychologie, séminaires destinés aux chômeurs…)
Enfants : organisation de jeux, de fêtes de quartiers, centres de loisirs bénévoles.
Environnement : protection et amélioration de l’environnement par la plantation d’arbres, création de toitures végétalisées, soin aux animaux errants…
Culture : concerts, spectacles, activités sportives ou manifestions culinaires…
http://www.synathina.gr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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