QUESTION DE MOYENS

 

L’écologie est-elle un luxe ?

12/10/2015 | par Laure Martin | Toute l'actualité

euros_verdure © leonard_c

Le coût des actions visant à préserver l’environnement peut être vu comme un frein à leur mise en œuvre, et être générateur d’inégalités entre petites et grandes collectivités. La conviction des acteurs entre alors en jeu.

Le rapport Stern sur l’évaluation économique des conséquences du dérèglement climatique (2006) soulève la question du coût des mesures environnementales. « Il faut, selon lui, mettre en rapport le coût d’une action avec celui de l’inaction, souligne Fabien Thoumire, chef de projet développement et responsabilité sociétale à l’université de Rouen. Si les collectivités n’investissent pas aujourd’hui dans des actions environnementales, alors, dans quelques années, les mêmes mesures coûteront 5 à 20 fois plus cher en raison de la dégradation de la situation. »

 

« Dans l’urgence qui est la nôtre, ce qui coûte de l’argent est compensé par ce que cela rapporte », poursuit Patrick Faucher, directeur de la délégation au développement durable à la ville de Bordeaux. À chaque étage territorial correspond un niveau d’action possible, « et il vaut mieux être dans la locomotive que dans les wagons car, pour les initiateurs, des aides peuvent être versées, notamment par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) », fait savoir Fabien Thoumire. Mais avec la réglementation, l’augmentation des obligations, et la baisse des budgets, « les collectivités deviennent moins volontaires et réalisent essentiellement les mesures obligatoires », ajoute-t-il.

 

Il faut mettre en rapport le coût d’une action avec celui de l’inaction. Si les collectivités n’investissent pas aujourd’hui dans des actions environnementales, les mêmes mesures coûteront 5 à 20 fois plus cher alors dans quelques années.

 

Choisir son investissement

Mais pour certains, le budget n’est pas une excuse. « En abandonnant l’usage des produits phytosanitaires, nous avons fait des économies, explique Christel Kohler, adjointe au maire de Strasbourg en charge de la ville en nature et la ville nourricière. C’est un changement de pratique qui peut se faire à coût constant. »

 

« Les petites communes sont lésées »
« Auparavant, la collectivité était chauffée avec quatre chaudières au fioul, ce qui nous coûtait 22 000 euros par an pour la mairie, le groupe scolaire, la bibliothèque et la salle informatique. Nous avons voulu changer cette source d’énergie et une conseillère nous a parlé du miscanthus, une plante qui pousse sans traitement et sans engrais, donc 100 % naturelle. Sachant que nous disposons de la ressource nécessaire, nous avons donc changé la chaudière, ce qui nous a coûté 130 000 euros subventionnés à hauteur de 43 000 euros par la région, et 23 000 euros par le conseil général. Désormais, notre facture s’élève à 7 000 euros par an. Les petites communes sont lésées par rapport aux plus grandes, d’autant plus que les dotations de l’État baissent. Mais nous avons atteint un objectif écologique et économique. »
Gérard Bailleul, maire de Hangest-sur-Somme (Picardie), commune de 740 habitants.

 

« Il appartient vraiment au maire de décider de faire le choix ou non d’investir dans de telles mesures, considère Dominique Flahaut, directrice adjointe au développement soutenable à la région PACA. Les collectivités ont toujours un peu d’argent, il leur appartient de décider si elles veulent l’investir dans les feux d’artifice du 14 juillet ou ailleurs. » D’autant plus que sur les questions de transition énergétique, elles ont souvent la possibilité de trouver des aides, notamment auprès des départements et des régions. La commune du Puy-Saint-André, en région PACA (467 habitants), a, quant à elle, mis en place un équipement photovoltaïque avec la participation citoyenne.

 

Formation et sensibilisation des agents

Au-delà du coût des mesures à proprement parler, les collectivités doivent également investir dans leur service afin que les agents puissent s’approprier les nouveaux référentiels. Une vision globale de l’ensemble de ces politiques n’est pas facile à obtenir et fait appel à de nouvelles compétences et techniques. D’autant plus que des réglementations peuvent être en contradiction avec d’autres.

 

Les territoires où le personnel ne sera pas formé ne pourront pas suivre sur la technicité.

 

Par exemple, « la loi sur l’accessibilité des personnes en situation de handicap implique des éclairages permanents dans les zones d’escaliers et d’évacuation », pointe du doigt Fabien Thoumire. Cette appropriation est d’autant plus problématique pour les petites collectivités qui ne disposent pas systématiquement de veille réglementaire. « Les territoires où le personnel ne sera pas formé ne pourront pas suivre sur la technicité », met-il en garde.

 

« Il faut aider les territoires »
« La région est chef de file sur l’énergie, le climat ainsi que l’air, et les objectifs du schéma régional climat-air-énergie (SRCAE) voté en 2013 ont été territorialisés afin que toutes les collectivités s’y associent. Nous avons voulu aider les territoires à développer des stratégies avec trois niveaux d’actions. Tout d’abord, nous avons organisé des réunions pour les territoires qui ont entendu parler de la transition énergétique et écologique mais qui manquent de connaissances. Pour les collectivités qui ont déjà un plan climat ou un Agenda 21, nous leur avons mis à disposition un bureau d’études pour les aider à opérationnaliser leur projet. Enfin, nous apportons une aide aux collectivités qui ont un besoin spécifique sur un sujet de grande ampleur, par exemple pour celles qui veulent passer à 100 % d’énergies renouvelables. »
Dominique Flahaut, directrice adjointe du développement soutenable, région PACA.

En interne, il faut également bien diffuser une culture commune. La ville de Bordeaux dispose par exemple de 350 correspondants pour promouvoir la gestion efficace des bâtiments (eaux, déchets). Ces volontaires formés à la protection de l’environnement véhiculent « la bonne parole » au sein même de la collectivité.

 

« La solidarité entre monde rural et monde urbain est une solution »
« Il est certain que lorsqu’on agit sur 1 million d’habitants, cela ne requiert pas les mêmes moyens que sur 2 500 habitants. Mais je constate qu’une solidarité est en train de naître entre le monde rural et le monde urbain, par exemple sur la question de la gouvernance alimentaire. La métropole bordelaise soutient une initiative qui se passe en Médoc où des agriculteurs sont formés à l’agriculture biologique. La métropole les met ensuite en contact avec les usines de fabrication de repas pour les écoles ou les Ehpad (28 000 repas par jour), ce qui garantit l’équilibre économique. Cette solidarité rural-urbain permet d’éviter les déplacements, la migration vers les centres urbains, et donc le problème d’habitat dans les centres-villes, et favorise la biodiversité. »
Patrick Faucher, directeur de la délégation au développement durable à Bordeaux.

 

Pas de commentaire

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Tous les champs sont obligatoires (votre adresse e-mail ne sera pas publiée)

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>