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Pourquoi aucun manager n’est à l’abri du pétage de plomb

28/12/2016 | par Jean-Luc Mermet | Toute l'actualité

petage_plomb © bramgino

Le manager zen et maître de ses émotions est un bien rare. En réalité, personne n’est à l’abri d’un « pétage de plomb ». En cause : ces blessures, petites ou grandes, qui peuvent se rouvrir sur une simple remarque. Pourtant, ces blessures peuvent aussi être une opportunité. Explications…

Article initialement publié le 26 octobre 2015

 

La stabilité émotionnelle est une vertu attendue de tout manager. Rien de pire pour des agents que de subir un « pétage de plomb » de leur chef ou de le/la voir s’effondrer en larmes. Radiographie d’un processus qui mérite d’être bien connu de tous les managers.

 

Une émotion, comment ça marche ?

Quatre émotions principales sont habituellement considérées : la colère, la tristesse, la peur et la joie. La plus fréquente dans l’exercice du management est la colère, et c’est sur cet exemple que nous nous appuierons pour illustrer le processus émotionnel, ou processus « réactionnel » ; ce terme évoque bien que cela « réagit » en nous, et cette « réaction » échappe à notre contrôle conscient.

 

L’émotion est le processus que le corps met en place pour tenter de gérer une souffrance ingérable.

 

Une métaphore permet de bien comprendre ce mécanisme : imaginons que j’ai une blessure sur le bras, que je gratte régulièrement, si bien qu’elle ne cicatrise pas et se présente comme une plaie ouverte. Tant que je n’y touche pas et que personne ne vient la solliciter, je la sens mais, au fond, elle ne me fait pas très mal. Imaginons que quelqu’un vienne y déposer une goutte d’alcool à 90 °. La douleur est tellement immense que le corps met en place un mécanisme pour « gérer » cette énorme souffrance : de l’adrénaline est produite, le cœur s’accélère, la respiration également, les muscles sont sollicités, etc. Je réagis très vivement en rejetant violemment la personne qui a fait cela, peut-être même en l’insultant… Bref, je suis en colère ! L’émotion est le processus que le corps met en place pour tenter de gérer une souffrance ingérable. Elle est un mécanisme utile qui permet de traverser au mieux cette souffrance.
Revenons à notre situation de management et suivons le processus sur le schéma ci-après. Il me montre « moi », le manager, en relation avec « l’autre », par exemple un collaborateur syndicaliste ; celui-ci a un certain comportement : par exemple, il m’accuse de ne prêter aucune attention aux collaborateurs, de les pressuriser et de les « utiliser » à seule fin de servir ma carrière. À l’écoute de ces mots, mon sang ne fait qu’un tour et j’explose de colère.

 

Que s’est-il passé ?

En réalité, j’accorde une énorme importance au bien-être de mon équipe et je fais preuve à leur égard de beaucoup de tolérance. Le comportement de cet agent a agi comme une goutte d’alcool sur une blessure présente « chez moi » (« zone de sensibilité » sur le schéma).

 

 schem_process-reac

 

Cette fois, la blessure ne se trouve pas sur le bras, mais elle s’est inscrite dans la construction de mon psychisme ; dans cet exemple, il s’agit d’une blessure d’injustice : j’ai gardé trace d’une expérience d’enfance où j’étais accusé, voire puni à tort, alors que je portais au contraire une grande attention à ne rien commettre de répréhensible. Cette partie sensible de mon histoire peut sommeiller tranquillement dans les méandres de l’inconscient tant qu’on ne vient pas la réveiller.

 

Goutte d’alcool et comportement écran

La « goutte d’alcool » (le propos du collaborateur) réactive la blessure, qui produit alors un ressenti : d’être ainsi accusé à tort, j’ai ressenti une injustice telle que le ressenti physique que je peux avoir si on met de l’alcool sur une plaie ouverte. « L’émotion » se déclenche pour tenter de gérer ce ressenti ingérable. Sur le schéma, une boule rouge représente l’énergie, bien réelle et physique, qui est générée dans mon corps par cette émotion.
Un « comportement écran » va en résulter pour évacuer cette énergie, avec les trois dynamiques possibles :
- j’envoie cette énergie sur « l’autre » : c’est la violence des mots ou des gestes ;
- je la retourne contre moi : je somatise ou me blesse par « actes manqués » (accidents) ;
- j’évacue cette énergie, par le sport, ou en extériorisant physiquement ce trop-plein qui me submerge.

 

À FAIRE
• S’isoler lorsqu’une émotion est très envahissante, afin de la laisser « se dérouler », en s’autorisant à bouger, parler fort, pour l’extérioriser. En une vingtaine de minutes environ, une fois le calme revenu, il est possible de reprendre la relation en cours.
• Repérer l’élément déclencheur de l’émotion et identifier la nature exacte du ressenti sous-jacent à cette émotion… Et peut-être faire un lien avec une situation inachevée de notre histoire.
• Mettre des mots, vis-à-vis de notre interlocuteur, sur la présence de cette émotion ; la nommer permet d’éviter de « l’acter » (par des propos agressifs par exemple) et souvent, l’atténue.

 

Une opportunité d’évolution

Quelques précisions importantes :
- s’il n’y a pas de blessure, un litre d’alcool ne provoquera aucune souffrance, ni aucune émotion. L’émotion est toujours un retentissement sur une blessure existante, inconsciente dans la plupart des cas. Je suis donc seul responsable de mon émotion et tout propos du type « il m’a mis en colère » ne correspond à aucune réalité ;
- on décompte neuf grandes blessures : la trahison, le rejet, l’abandon/séparation, l’humiliation, l’impuissance, l’insécurité, l’injustice, l’intrusion dans l’intimité et l’image de soi ou dévalorisation ;

 

Si je veux faire de l’émotion une opportunité d’évolution, je dois repérer le réel ressenti « initiateur » de cette émotion.

- l’émotion seule n’est pas suffisante pour identifier ce qu’il se passe pour moi ; une même colère peut en effet naître parce que je me sens trahi, ou abandonné, ou dévalorisé, etc. Il s’agit donc de repérer le réel ressenti « initiateur » de l’émotion, si je veux faire de cette émotion une opportunité d’évolution pour moi en me connaissant mieux ;
- se libérer durablement de l’émotion passe par en apaiser sa « source », la blessure, à travers un travail sur soi approprié.

 

Alors que faire de mes émotions… ?

Lorsque nous sommes dans un état émotionnel, notre écoute est fortement altérée et nos propos ne représentent plus nos pensées ; tout échange est donc inutile et doit être suspendu au plus vite, en proposant à notre interlocuteur de reprendre l’échange plus tard.

 

Les émotions sont mal vues dans le milieu professionnel ; elles ont pourtant une fonction utile essentielle.

Si l’émotion survient en réunion, il s’agit de faire dans sa tête un « pas de côté » : prendre conscience de l’émotion et de ce qui l’a déclenchée. Accepter l’idée qu’un retentissement se produit chez soi, et que nous prendrons après la réunion le temps d’entendre exactement ce qu’il s’est passé pour nous.
Il faut mettre de côté mentalement — ou sur un papier — les propos qui nous ont touchés pour les reprendre ultérieurement. Il est également possible de prendre cinq secondes pour repérer les sensations physiques que cette émotion provoque en nous ; ce simple centrage sur le corps permet parfois de faire fortement baisser l’intensité émotionnelle. Ou de prendre de grandes respirations abdominales, qui apportent automatiquement du calme.
Les émotions sont mal vues dans le milieu professionnel ; elles ont pourtant une fonction utile essentielle et sont porteuses d’informations précieuses sur notre histoire. Sachons, sans les laisser « se déverser » dans la relation à nos interlocuteurs, les accueillir pour entendre ce qu’elles ont à nous dire…

 

À ÉVITER
• Réagir immédiatement lorsqu’une émotion nous arrive.
• Nier notre émotion en faisant « comme si » rien ne nous avait touché et en oubliant cet épisode… Jusqu’à la prochaine fois !
• Accuser notre interlocuteur d’être responsable de notre émotion
• Garder en soi le vécu émotionnel pendant plusieurs jours, mois ou années…

 

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