ROBIN DES BOIS A VÉCU

 

Pour des politiques sociales larges et denses

19/11/2015 | par Julien Damon | Toute l'actualité

robin_des_bois © Lucian Milasan

L’assistance, donc, ce serait les autres. Les contribuables travailleurs d’un côté, les bénéficiaires dépendants de l’autre. Rien n’est pourtant moins vrai. Et John Hills, ex-conseiller de Tony Blair, de s’attaquer dans son ouvrage à cette croyance ancrée qui met en péril l’État-providence­. Celui-ci ne profite pas qu’à une partie particulière de la population. Tous en bénéficient !

C’est du Royaume-Uni que provient l’analyse récente la plus intéressante sur les politiques sociales. Professeur à la prestigieuse London School of Economics (LSE) et ancien conseiller de Tony Blair, John Hills démonte les mythes relatifs à la protection sociale.

Il n’y a pas, d’un côté, les assistés profiteurs et, de l’autre, les actifs contributeurs. L’architecture du système britannique permet à tout un chacun, à différents moments de la vie, d’être couvert face aux différents risques de l’existence. D’où la nécessité de soutenir les politiques sociales universelles, qui profitent à tous, plutôt que les mesures ciblées, qui sont toujours contestées.

 

Deux familles traversant l’histoire britannique

S’appuyant sur sa large connaissance de la protection sociale anglaise et européenne, Hills se fait pédagogue en analysant deux cas types : l’évolution depuis le milieu des années 1950 de deux familles, l’une aisée, l’autre à l’existence bien plus heurtée. Par les couples de vignettes illustratives et par la reprise d’une multitude d’études, on entre concrètement dans les 489 milliards de livres sterlings de dépenses sociales et éducatives britanniques (soit deux tiers des dépenses publiques).

 

Il n’y a pas, d’un côté, les assistés profiteurs et, de l’autre, les actifs contributeurs.

 

En coupe instantanée, la protection sociale a souvent un effet Robin des Bois : elle prend aux riches pour donner aux pauvres. En dynamique, il n’en va pas du tout de même. La protection sociale concerne le cycle de vie et pas seulement les accidents de la vie. Elle est d’autant plus redistributive qu’elle est peu ciblée, car plus largement soutenue par toute la population. Hills propose ici la peinture vivante de ce paradoxe classique de la redistribution : les prestations pour les pauvres sont souvent de pauvres prestations. Et les pauvres ne sont pas qu’une petite minorité. Sur les deux dernières décennies, la moitié des enfants ont, à un moment ou à un autre, vécu dans une famille sous le seuil de pauvreté !

 

Des projets de réforme décortiqués

Dans un pays, le Royaume-Uni, aux inégalités très élevées (avant transferts sociofiscaux, seuls le Chili et le Portugal sont, dans la zone OCDE, plus inégalitaires), les jeunes font les frais des choix récents. L’expert décortique le projet, actuellement en cours, de fusion de six prestations sous conditions de ressources en un « universal credit », avec accentuation des incitations à l’activité (un peu, toutes choses égales par ailleurs, comme dans le RSA).

 

Cette rude attaque contre le thème, très présent des deux côtés de la Manche, de l’assistanat généralisé vaut plus que le détour.

 

Il s’ensuit un portrait très détaillé d’une mesure ambitieuse de simplification, exercice toujours compliqué. La perspective, très instruite, sur l’égalité des chances et la mobilité sociale vaut le détour. Le format original de l’ouvrage en fait une entrée de référence sur les politiques sociales outre-Manche.

Plus qu’une traduction, il faudrait souhaiter que l’idée naisse de produire le même texte, fouillé dans la donnée et accessible dans le propos, sur le cas français. Cette rude attaque contre le thème, très présent des deux côtés de la Manche, de l’assistanat généralisé vaut plus que le détour. Il faut s’y arrêter !

 

EXTRAITS
• « Plus nous ciblons les prestations sociales sur les pauvres, moins nous sommes susceptibles de réduire les inégalités et la pauvreté. »
• « La plus grande part des dépenses sociales relève d’une logique de cycle de vie. Avec des mécanismes universels, il s’agit des retraites, des soins, de l’éducation des jeunes. Toutes prestations qui ne sont pas stigmatisées comme de l’assistance réservée aux pauvres. »
• « Les efforts administratifs pour simplifier le système, devenu si complexe, relèvent de l’héroïsme. Il faut d’abord mesurer la complexification croissante de la vie et des trajectoires des individus et des familles. »

Approfondir le sujet

John Hills
Good Times, Bad Times. The Welfare Myth of Them and Us
Policy Press, 2015, 334 pages.

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