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PEUT VRAIMENT MIEUX FAIRE...

 

Zéro déchet : pourquoi la France est en retard sur les métropoles américaines

24/12/2015 | par Marjolaine Koch | Actualités

zero-dechet © Chris Callis

San Francisco, grande précurseure, est désormais suivie de San Diego, Seattle, Minneapolis et New-York dans la traque au déchet non recyclé. De plus en plus de grandes villes américaines relèvent le défi du zéro déchet. Une attitude qui questionne sur la frilosité de la France.

Ils sont 393 000, 635 000, 843 000, 1 346 000 et même 8 406 000 habitants pour les villes engagées dans un programme d’objectif zéro déchet. À New York, les millions d’habitants et d’entreprises génèrent jusqu’à 50 000 tonnes de déchets par jour, domestiques et commerciaux. Un chiffre qui n’a pas fait reculer la mairie, dont le projet est d’atteindre 90 % de déchets recyclés en local pour 2030, alors qu’actuellement seuls 15 % sont recyclés. Si la capitale du tout-jetable s’y met, c’est bien qu’il doit y avoir un intérêt.

 

Possible et intéressant financièrement

L’exemple de San Francisco, première ville des États-Unis à s’être lancée dans la démarche, a prouvé qu’il était possible – et intéressant financièrement – de réduire la quantité de déchets produits. Avec un objectif zéro déchet pour 2020, la ville californienne estime avoir dépassé, pour l’heure, les 80 % de détritus recyclés. Pour sa part, la ville frontalière avec le Mexique, San Diego, réutilise actuellement 67 % de ses déchets et projette d’atteindre 100 % en 2040. À Los Angeles, l’objectif est de parvenir à 87 % en 2020. 

 

Interdiction des produits non recyclables

 Pour aller plus loin, New York suit l’exemple de San Francisco et appliquera bientôt des limites à la vente de produits non recyclables et non compostables. Les entreprises qui respecteront ces consignes en s’engageant dans le plan zéro déchet obtiendront des aides financières. Sur la côte californienne, dans cet état d’esprit, il ne sera plus possible de trouver de bouteilles individuelles en plastique dans l’espace public en 2016. En échange, la ville installe de nombreuses fontaines à eau et promet des gobelets compostables pour les grands rassemblements.

 

New York, veut atteindre 90 % de déchets recyclés en local pour 2030, contre seulement  15 % actuellement.

 

Compostage obligatoire, sacs bannis, bouteilles bientôt bannies, polystyrène et cellophane également bannis du packaging des produits… les villes s’attaquent aux moindres détails pour atteindre le Graal des 100 %. À San Francisco, après avoir déposé plus de 160 containers textiles pour récupérer vêtements et chaussures usagés, on envisage maintenant de s’attaquer aux couches pour bébé, élément inrecyclable par excellence. Les jeunes parents devraient bientôt voir fleurir des incitations et une forte sensibilisation à l’utilisation des couches lavables.

 

Lire aussi sur ce sujet : Poids des déchets en restauration scolaire et collective : peut mieux faire 

 

De l’or dans nos poubelles

En poussant la démarche de la sorte, les métropoles engagées ont démontré qu’il y avait de l’or dans nos poubelles. Le compost, d’une part. Mais aussi la revente de matériaux recyclés, carton, textile, métal… Le tri des déchets est source de création d’emplois locaux. Enfin, la rationalisation du ramassage est source d’économies (passages fréquents pour la collecte de déchets organiques, espacés pour les déchets « secs »…). Mis bout à bout, ces changements permettent d’offrir un traitement moins cher que les incinérateurs, moins polluant et générateur d’emplois. C’est à se demander ce qu’attend la France.

 

 

La France, ou le système de l’absurde

C’est la crise. Le Bureau européen de l’environnement estime qu’en Europe, 260 000 emplois pourraient être créés uniquement dans le secteur du réemploi du mobilier et du textile entre 2014 et 2024. Pourtant, certaines communautés de communes préfèrent encore financer des plans de rénovation de leurs vieux incinérateurs, plutôt que d’envisager les déchets comme des ressources. Comme le prouvent les métropoles américaines, il existe pourtant des solutions novatrices, plus écologiques, économiques sur le long terme et génératrices d’emploi.

 

Beaucoup de collectivités sont tenues par des contrats sur des décennies et doivent fournir suffisamment de déchets pour assurer l’équilibre économique de l’entreprise.

 

La première raison à cela est bassement contractuelle : beaucoup de collectivités ont investi dans des incinérateurs ou des décharges et sont tenues par des contrats courant sur des décennies, stipulant qu’elles doivent fournir suffisamment de déchets pour assurer l’équilibre économique de l’entreprise… Recycler leur coûterait donc plus cher. Le basculement d’un système à l’autre demande un véritable effort pour parvenir à une transition, puisqu’il faut mettre en place les infrastructures de tri et de compost sans faire exploser les taxes d’ordures ménagères, le temps de se dégager du contrat qui lie la collectivité à l’incinérateur.

 

Mais il faudra aussi parier sur un changement des mentalités. Quand en juillet 2015, le Syctom, qui décide des futures politiques de gestion de déchets de la Métropole du Grand Paris, décide de mener ses Assises métropolitaines des déchets à huis clos, sans convier les associations engagées sur ce sujet, quand l’État choisit de ne pas réformer la fiscalité « déchets » dans son projet de loi de finances rectificatif 2015, bloquant ainsi le déploiement de l’économie circulaire, quand la Commission européenne revoit à la baisse un certain nombre d’objectifs du Paquet législatif européen sur l’économie circulaire, on se demande où est la cohérence entre l’affichage mis en avant pour la COP21, et les actions sur le terrain.

 

 

Zero waste France, l’accompagnement des projets ambitieux

L’ex-Cniid, Centre national d’information indépendante sur les déchets, rebaptisé « Zero Waste » il y a deux ans, accompagne les collectivités souhaitant tendre vers le zéro déchet. Voyages d’études, formation, suivi des démarches, diffusion d’informations sont les tâches que s’est assigné l’association.

 

Si 58 territoires se sont engagés dans le projet « zéro déchet – zéro gaspillage » lancé par l’Ademe et le ministère de l’Environnement en 2014, Zero waste a choisi de limiter son action, pour qu’elle soit efficace, aux seules collectivités s’étant fixé des objectifs ambitieux. Roubaix, ex-mauvaise élève qui s’est rattrapée notamment grâce à un défi proposé à cent familles, qui consistait à réduire leur poubelle résiduelle de moitié en un an pour obtenir un remboursement de 50 % de leur taxe d’ordures ménagères, est désormais montrée en exemple. Actuellement, la ville démarre une action envers les commerçants afin de réduire les emballages jetables, comme la vente à emporter.

 

En accompagnant certaines collectivités, notre ambition est justement de créer des retours d’expériences sur le territoire français.

 

 Quand on s’étonne de l’aspect peu ambitieux des projets menés en France, à l’échelle de cent familles ou bien d’un unique quartier, Flore Berlingen, directrice Zero Waste France, concède que l’arrivée du zéro déchet est très récente. « Il y a quelques années, nous n’étions pas pris au sérieux, les résistances commencent tout juste à tomber. Beaucoup d’élus sont rebutés par le mot zéro, ça leur fait peur. Ils craignent l’augmentation des coûts même si, dans les faits, la démarche génère des économies. En accompagnant certaines collectivités, notre ambition est justement de créer des retours d’expériences sur le territoire français, qui pourront servir d’exemple concret pour ceux qui hésitent à franchir le pas. Les expériences vont se diffuser, il faut aussi que les organismes de formation des cadres territoriaux s’en emparent. Ce n’est pas encore le cas. »

 

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