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NIMBY

 

Où sont les quartiers sensibles ?

31/03/2016 | par Nicolas Braemer | Actualités

bois_boulogne ©Brad Pict

Triste spectacle que celui donné, il y a quelques semaines, par les habitants du 16e arrondissement de Paris, insultant les représentants de la République pour protester contre un projet de foyer pour personnes en difficultés. Voilà qui vient utilement nous rappeler à quel point il est utile de travailler à la mixité sociale.

La banlieue. Des hordes de jeunes se lançant à l’assaut des forces de l’ordre, insultes plein la bouche, pour protester contre l’arrestation de l’un des leurs. Sauf qu’ils ne sont pas jeunes, plutôt sexagénaires. Sauf qu’ils n’insultent pas des policiers mais les élus de leur ville. Sauf qu’ils protestent contre un projet de foyer pour les personnes sans abri. Sauf que ça se passe dans une « banlieue » très particulière : le XVIe arrondissement de Paris.

On a tous vu, au début du mois de mars, un peu abasourdis, ces hordes de petits vieux en loden, écumant de rage, s’en prendre vivement, à grands coups d’insultes d’une rare élégance, aux élus parisiens venant leur présenter le projet d’installation d’un foyer qui permettra d’accueillir provisoirement deux cents personnes, « individus isolés ou familles qui rencontrent des difficultés sociales importantes ».

 

 Lire aussi sur ce sujet : Mixité sociale à l’école, histoire d’une frilosité perpétuelle

Ghettos de riches

Rappelons les faits : comme un certain nombre de « banlieues riches », le XVIe arrondissement de Paris ne compte aucun centre d’hébergement de personnes sans abris. Il compte 3,8 % de logement sociaux pour 39 % dans le 19e arrondissement (et on reste dans Paris, hein, on ne va pas comparer avec certaines villes du 93).

Bref, c’est un ghetto. De riches, mais un ghetto : on n’en sort pas, et on n’y rentre pas comme ça.

On a raison de s’indigner du communautarisme qui mine certains quartiers. C’est le résultat auquel on aboutit quand des populations de même condition économique et sociale, minées par la pauvreté et le chômage, sont, de fait, parquées dans des lieux, au ban de la société, du travail et de l’ascenseur social.

 

En finir avec les ghettos de pauvres suppose d’en finir avec les ghettos de riches.

 

Ces situations d’apartheid social, bien plus que la question religieuse qui n’en est qu’un révélateur, sont le principal danger que la République se fait courir à elle-même. Mais en finir avec les ghettos de pauvres suppose d’en finir avec les ghettos de riches. Si la République veut lutter contre l’entre-soi et la ségrégation sociale, elle doit le faire partout sur son territoire. La vérité de la promesse républicaine est à ce prix.

 

Lire aussi sur ce sujet : Mixité sociale : valeur essentielle ou alibi dangereux ?

 

Le mensonge et l’entre-soi

Ne passons pas sur la responsabilité des élus Les Républicains (c’est dans ces circonstances qu’éclate l’usurpation des mots) de l’arrondissement, qui ont sciemment fait semblant de croire que le foyer allait accueillir des migrants alors qu’il n’en a jamais été question. Honte aux élus de la République pour qui tous les mensonges sont permis pour rester dans l’entre-soi et flatter leur base électorale.

On peut trouver à redire sur les travaux de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, mais leur description de la « violence des riches » a rarement trouvé une aussi belle illustration.

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