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PIONNIERS

 

Ces collectivités qui sont déjà dans la transition énergétique

14/04/2016 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

eolienne ©Olivier Tabary

Ils ne se posent pas de questions, détestent la déploration face aux finances-qui-diminuent-drastiquement. Ce sont les pionniers. Et souvent, pour eux, la transition énergétique se traduit plutôt par des dividendes fiscaux que le contraire.

Ils apprécient le gouleyant du verre à moitié plein. « Ce n’est certes pas un big-bang. La loi ne change pas fondamentalement le programme politique, mais vient confirmer les bonnes pratiques. En cela, c’est positif », assure ainsi Hervé Paul, maire de Saint-Martin-du-Var. Sur sa commune, il a bricolé sa petite révolution verte : éclairage public maîtrisé par le biais d’installation de leds, microturbine pour produire de l’électricité.

 

Je crois qu’il faut se bouger un peu. On peut réaliser des tas de choses à l’échelle des communes.

 

« Je crois qu’il faut se bouger un peu. On peut réaliser des tas de choses à l’échelle des communes », confirme Michel Maya, maire de Tramayes (Saône-et-Loire, 1 000 habitants). Cette commune fut pionnière en matière d’extinction de l’éclairage public au cœur de la nuit, pour réaliser à la fois des économies mais aussi préserver la biodiversité nocturne. Résultat : « 6 000 euros d’économie par an sans le moindre investissement », se réjouit le maire. Avant de reconnaître tout de même qu’aller au-delà serait difficile sur un plan financier.

« Les élus sont trop frileux, il faut qu’ils y aillent », tonne Jacques Pallas, maire de Saint-Georges-sur-Arnon (Indre) (lire encadré), dont la commune a fait le choix de l’éolien en… 2005 dans la foulée du film d’Al Gore (« Une vérité qui dérange ») et de l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto.

 

« Le volontarisme politique ne suffit certes pas, mais il est indispensable. »

 

Même les villes moyennes, comme Épinal (Vosges), ont pris les devants : « Le volontarisme politique ne suffit certes pas, mais il est indispensable. Cette bascule est parfois liée à l’histoire. Notre département a été frappé de plein fouet par la fin du textile. Dès 2002, nous avons misé sur les ressources du territoire en biomasse et nous avons ainsi pu créer un vrai pôle de développement économique », assure Laurence Georgeon, directrice de la Maison de l’environnement et du développement durable de la ville. Résultat : 13 chaufferies fioul de la ville sont passées au bois, 21 000 tonnes d’émission de CO2 ne remplissent plus les poumons vosgiens chaque année.

 

Jacques Pallas, maire de Saint-Georges-sur-Arnon (Indre) : « L’éolien est un modèle de réindustrialisation du pays »
« Nous avons fait le choix de l’éolien en 2005. Depuis, 19 éoliennes ont été construites. Dans le même temps, les impôts locaux ont baissé de 16 % et 6 emplois ont été créés sur notre petite commune à travers une SEM chargée de gérer 6 des 19 éoliennes. Que les maires cessent donc de se lamenter et se mettent à réfléchir : l’éolien, notamment dans les territoires ruraux, est un vecteur évident de réindustrialisation du pays. Je suis prêt à venir les convaincre. D’ailleurs, je suis très régulièrement invité à le faire à travers le pays ».

 

Prometteuse biomasse

« Si nous prenons la nature pour guide, nous ne nous égarerons jamais », écrivait Cicéron bien avant les excès du productivisme industriel. Un propos empreint de sagesse dont la SEM Liger (Locminé innovation et gestion des énergies renouvelables) a fait son emblème. Créé en 2011, Liger vise à développer la biomasse afin de prendre la main sur la dépendance énergétique du territoire et fournir aux entreprises et aux équipements publics une énergie compétitive à terme. Dès août 2012, « nous avons posé la première pierre à l’édifice en mettant en service une chaufferie bois d’une puissance de 1,5 MW », assure Marc Le Mercier, son directeur. Ce réseau de chaleur se déploie sur quatre kilomètres, fournissant à ce jour un centre aquatique, un gymnase, un collège et un lycée, une salle multifonctions ainsi qu’un industriel de l’agroalimentaire. Liger franchit une nouvelle étape en lançant la construction d’une unité de méthanisation qui verra le jour en juillet 2016 et permettra de valoriser les déchets produits localement dans un rayon de vingt kilomètres.

 

La biomasse permet de prendre la main sur la dépendance énergétique du territoire et fournir aux entreprises et aux équipements publics une énergie compétitive à terme.

 

Dans l’intervalle, Liger a souhaité développer un réseau de gaz naturel pour les véhicules (GNV), inauguré en mai 2015. « Nous sommes dans le modèle parfait de l’économie circulaire puisque, pour produire les 5 millions de mètres cubes de biogaz chaque année, le méthaniseur récupérera les matières organiques produites dans un rayon de vingt kilomètres », poursuit Marc Le Mercier. Toutes ces réalisations coûteront au final 14,5 M€, impliquant dans le capital de la SEM, les collectivités (Locminé, la communauté de communes, l’Ademe, la région Bretagne, le département, etc.) mais aussi des entreprises privées de l’agroalimentaire, telles Jean Floc’h ou Daucy. Un investissement amorti dans huit ans !

 

Hervé Caux, directeur de l’innovation chez Pas-de-Calais Habitat : « Miser sur les locataires »
« La transition énergétique ne relève pas seulement de l’approche technique. Les organismes HLM sont une chance pour réussir cette transition indispensable parce qu’ils sont en pointe dans cette révolution. Parallèlement à l’innovation permanente que nous mettons en œuvre au quotidien, notamment dans l’habitat ancien isolé et pas seulement dans le collectif, nous avons initié un programme de recherche sur les usages de nos locataires. Par exemple, nous avons mis au point un logiciel permettant à ces derniers de ne pas avancer à l’aveugle dans leur consommation ; ils sont au courant à l’instant T de leur comportement de consommateurs énergétiques et s’adaptent pour une double bonne cause : payer moins cher et sauvegarder la planète. Les techniciens nous disent souvent : il ne sert à rien de réaliser de super-réhabilitations si les habitants ne changent pas leurs habitudes quotidiennes. Nous les avons pris au mot. »

 

Voir aussi notre dossier Le local peut-il sauver la terre ?

 

 

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