POINT DE VUE

 

Florence Portelli : « Le principal problème de la FPT, c’est le regard que l’on porte sur elle »

26/04/2016 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

Florence_portelli

Jeune maire (38 ans) de Taverny depuis 2014, Florence Portelli aime appeler un chat un chat. Membre du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, cette filloniste n’hésite pas à louer les qualités de la FPT pour mieux en fustiger les faiblesses (le sentiment d’impunité de certains agents, des pouvoirs syndicaux trop étendus, etc.). À sa manière, elle ouvre le débat.

Dans la campagne des primaires à droite, vous soutenez François Fillon. Pour quelles raisons ?

Je suis une jeune élue de 38 ans mais je baigne dans la politique depuis longtemps. J’ai commencé auprès de Philippe Séguin, ça marque une carrière… Et j’ai donc rencontré à cette occasion François Fillon, qui s’est toujours réclamé de la vision du séguinisme. Je pense que l’ancien Premier ministre a de réelles chances de l’emporter. C’est le seul à avoir réellement travaillé sur le fond pour honorer dignement ce rendez-vous dans la perspective d’une campagne présidentielle qui s’annonce essentielle pour l’avenir du pays ; cette rigueur va finir par payer. Son programme est sans complaisance, ses projets prévoient de rudoyer la société française.

 

Par exemple…

La remise en cause du temps légal du travail, l’instauration des 39 heures dans la fonction publique, l’abaissement à 16 ans de l’âge pour devenir autoentrepreneur, etc.

 

Serait-il rude avec les fonctionnaires ?

La question ne se pose pas en ces termes. Les départs à la retraite ne seront pas renouvelés, mais c’est déjà une réalité à ce jour, que ce soit sous les gouvernements de gauche comme de droite. Quand on a été maire comme lui (ndlr, de Sablé-sur-Sarthe), on connaît l’importance de la fonction publique territoriale. Il ne s’agit pas dans son esprit de toucher au statut, mais de faire en sorte que l’action des élus ne repose pas sur des ressorts clientélistes.

 

Il ne s’agit pas dans son esprit de toucher au statut, mais de faire en sorte que l’action des élus ne repose pas sur des ressorts clientélistes.

 

La fonction publique est le garant de l’équilibre des territoires. Elle joue aussi un rôle d’équilibration sociale avec des embauches qui auraient sans doute du mal à se faire dans le cadre du privé. Ce ne sont pas des embauches de complaisance, mais de l’emploi donné à des personnes qui auraient du mal à en trouver dans le privé et qui s’investissent beaucoup pour honorer cette confiance. Le principal problème de la fonction publique territoriale, c’est le regard que l’on porte sur elle.

 

Lire aussi : Fonction publique : ni mort du statut, ni statu quo

 

Un regard négatif ?

De dénigrement. Certains reproches peuvent se justifier. Je n’ai rien contre les syndicats, je travaille avec eux dans ma commune sans problème. Mais, comment ne pas reconnaître qu’ils détiennent des pouvoirs trop importants, notamment en commission technique paritaire… Ce regard négatif est celui que porte aussi la fonction publique d’État sur la fonction publique territoriale ! Cette condescendance est injustifiée ! Sans les territoriaux, aucun projet d’État ne verrait le jour ! Et les territoriaux exercent très souvent leur mission en affichant un grand sens du service public. Ils sont très imprégnés par cet esprit, ils savent que les impôts financent leur salaire.

 

Voir les résultats de notre sondage : Faut-il laisser les fonctionnaires choisir leur statut ?

 

C’est donc finalement un discours très positif que vous tenez !

Je n’ai personnellement aucun problème avec la fonction publique ! J’en parle sans tabou ! Comme vous le savez, je suis membre du Conseil supérieur de la fonction publique, même si je regrette de ne pouvoir y être plus souvent. Je veux tenir en toutes circonstances un discours clair et franc. Je dis qu’il n’est par exemple pas normal qu’une très petite minorité de fonctionnaires ressente un sentiment d’impunité lié à leur statut.

 

Il n’est par exemple pas normal qu’une très petite minorité de fonctionnaires ressente un sentiment d’impunité lié à leur statut.

 

En n’en faisant qu’à leur tête, ils font peser une ambiance trop lourde dans les services de certaines collectivités. Je crois qu’il serait bon que le pouvoir de sanction du maire soit élargi, ne serait-ce qu’à des fins de dissuasion. La fonction publique a des défauts et des qualités, il faut en parler très librement et très sereinement. Il ne doit pas y avoir de sujets tabous.

 

La baisse des dotations financières vous inquiète-t-elle ?

Elle est brusque, elle va s’accélérer mais elle pose question : qu’est-ce qui relève du service public ou du service privé ? Dans ma ville, j’ai appris que certains habitants venaient se faire soigner par des infirmières des CCAS ! La présence d’infirmières dans les CCAS s’impose-t-elle alors que les soins infirmiers sont normalement et bien remboursés par la Sécurité sociale ! ?

 

La fonction publique a des défauts et des qualités, il faut en parler très librement et très sereinement.

 

En revanche, d’autres missions de service public s’imposent, il faudra faire des choix. À Taverny, il n’y avait pas de police municipale, j’ai donc dû en créer une en mars 2014 lors de mon élection. J’ai voulu aussi créer un poste d’inspecteur de la salubrité, pour veiller à ce que les conditions d’hygiène soient respectées dans les restaurants, les brasseries, etc. afin de pouvoir monter des dossiers solides pour les défendre si nous passons à l’acte sur un plan judiciaire. C’est un coût supplémentaire mais qui se justifie sur un plan sanitaire. Et je ne vous parlerai pas des rythmes scolaires et de leur coût. Il va donc falloir décider et ajuster les coûts en fonction. En augmentant peut-être intelligemment les tarifs, sans trop faire payer les classes moyennes supérieures et sans mettre trop de pression sur les ménages modestes. C’est de la fine broderie.

 

Avez-vous fait vos choix ?

Oui, la culture et la sécurité ! Je suis convaincue que la culture peut changer le monde. C’est le seul moyen de lutter contre l’obscurantisme, de créer une identité pour une ville. Quant à la sécurité, à Taverny, il n’y avait ni vidéoprotection, ni police municipale ! Il fallait donc tout construire. Je m’y suis attelée.

 

Florence Portelli est maire Les Républicains de Taverny (Val-d’Oise) depuis mars 2014. Elle a accédé à cette fonction à l’âge de 36 ans. Conseillère régionale d’Ile-de-France, elle est membre du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale.

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