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L'ŒIL DE L'EXPERT

 

Transition énergétique : « Le vrai problème est celui de la gouvernance »

04/05/2016 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

nicolas_garnier

Le délégué général d'Amorce redoute une transition énergétique à trois vitesses : les communes à la pointe, les attentistes et les rétives... La bonne nouvelle, c'est que les collectivités sont pragmatiques et réceptives aux perspectives d'économies.

Pour les néophytes, les modalités de mise en place de la transition énergétique ressemblent à du morse, seuls les spécialistes y comprennent quelque chose. Les élus arrivent-ils à suivre ?

Le problème de la transition énergétique est celui de sa gouvernance. Des années durant, EDF-GDF nous fournissait de l’énergie, ça a longtemps marché comme ça, plutôt bien d’ailleurs… Le réchauffement climatique change complètement la donne. Le défi est double : technologique – mettre en œuvre des solutions qui existent mais qui coûtent – et social – un Français sur six est confronté à la précarité énergétique (difficulté à payer ses factures, à bien se chauffer, etc.). La multitude d’acteurs publics prouve que la prise de conscience est réelle mais elle conforte le risque d’une révolution à trois vitesses.

 

C’est-à-dire…

C’est comme dans le Tour de France. Il y a les échappées, les communes très en pointe ; le peloton des poursuivants, celles qui font de la transition énergétique sans se hisser au niveau des enjeux ; puis le gruppetto où les bonnes volontés sont limitées par des contraintes discutables et où certains affichent d’autres priorités de service public (école, sécurité, etc.). C’est pour ces derniers que nous travaillons en leur indiquant une porte d’entrée qui aiguise naturellement leur curiosité : le patrimoine communal. Quand on explique aux maires que l’installation d’une chaufferie bois pourra faire chuter leur facture énergétique de 20 %, ils écoutent…

 

Les collectivités sont pragmatiques : elles se disent à quoi pourrait-il servir d’élaborer des plans climat s’ils ne reposent pas sur une logique de résultat ?

 

Le peloton est attentiste…

Réceptif aussi. Les collectivités sont pragmatiques : elles se disent à quoi pourrait-il servir d’élaborer des plans climat s’ils ne reposent pas sur une logique de résultat ? Pour réussir la transition énergétique, il faut que les collectivités et les particuliers y trouvent un intérêt commun. On ne pourra se passer de la contrainte pour sauver la planète ; la loi y arrive progressivement ; il sera par exemple impossible de louer en 2025 un bien rangé dans la catégorie des passoires énergétiques ; les propriétaires auront donc à effectuer les travaux et devront être aidés dans ce sens. Nous aurions préféré que cette contrainte survienne plus tôt. Nous veillons en permanence à rester sur le concret.

 

Le logement est l’un des secteurs où ce pragmatisme peut prendre forme.

Oui. Il existe quatre types de logement : les propriétaires occupants individuels et collectifs, les locataires et les logements sociaux. Un maire peut se fixer comme priorité de faire baisser la consommation énergétique sur son territoire pour les familles les plus pauvres. Pour les propriétaires occupants, il s’agit d’aller à leur rencontre.

 

La loi prévoit la mise en place de plateformes de la rénovation des logements ; 80 ont été créées, il en faudrait 420 de plus pour atteindre l’objectif.

 

La loi prévoit la mise en place de plateformes de la rénovation des logements ; 80 ont été créées, il en faudrait 420 de plus pour atteindre l’objectif des 500 balayant l’ensemble du territoire national. Dans cette plateforme, le particulier arrive avec son dossier et ressort avec des solutions concrètes. Aujourd’hui, le vrai problème reste le financement. Si vous disposez d’un devis de 25 000 euros de travaux, vous savez que les aides vous permettront de réduire de moitié la facture. Le bon modèle est celui de l’Anah et de son programme « Habiter mieux », le ministère souhaitant franchir le cap des 150 000 logements rénovés en 2017 contre 100 000 aujourd’hui.

 

Nicolas Garnier est le délégué général d’Amorce. Cette association nationale regroupe des collectivités, des associations et des entreprises pour la gestion des déchets, de l’énergie et des réseaux de chaleur. Fondée en 1987 avec une cinquantaine d’adhérents, elle en compte aujourd’hui 836.

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