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FINANCES EN BERNE

 

Plan d’austérité pour les services publics à Grenoble : la pilule (verte) passe mal

28/10/2016 | par Séverine Cattiaux | Toute l'actualité

telepherique_grenoble ©Morburre - Own work

À l’heure où toutes les collectivités se serrent la ceinture et entreprennent des coupes budgétaires, pourquoi le programme d’économies du maire écologiste Éric Piolle est-il tant décrié ?

Article publié le 5 juillet 2016

Éric Piolle, le maire écolo de Grenoble l’a répété à l’envi et de plus en plus ces derniers temps : la ville n’a plus de marges de manœuvre pour investir, avec un niveau record d’endettement par habitant (le deuxième après Saint-Étienne).

Le levier impôts ? Il ne faut pas y compter : les impôts de Grenoble sont les plus élevés parmi les plus grandes villes de France. La baisse de la dotation de l’État a été le coup de grâce… Bien qu’ayant procédé à des économies importantes dans les dépenses de fonctionnement dès 2015, l’équipe municipale et son DGS, François Langlois, ont estimé qu’il fallait aller plus loin, sous peine d’une mise sous tutelle qui pendait au nez de la ville.

 

Pas de jaloux, tel est l’un des principes de la méthode appliquée à Grenoble.

 

D’où la mise en œuvre d’un « plan de sauvegarde des services publics locaux » qui devrait permettre de réaliser 14 millions d’économies, soit une centaine d’agents en moins dans l’effectif, à l’horizon 2018 et au total 102 mesures qui touchent toutes les directions : Culture, Social, Finances, Action territoriale… Pas de jaloux, tel est l’un des principes de la méthode appliquée. Mais, par suite, des mesures très impopulaires ont également été lancées, allant même à l’encontre des engagements du programme politique d’Éric Piolle. De quoi mettre en rogne les citoyens et tendre le bâton pour se faire battre par l’opposition…

 

Lire notre précédent article : Comment vit-on le changement politique épisode 3 : direction Grenoble

 

Fuites et rumeurs dans les réseaux sociaux

Le 9 juin dernier, l’exécutif municipal dirigé par Éric Piolle annonce à la presse son plan d’austérité pour ses services publics. En fait, la conférence de presse a dû être avancée de quelques jours, car le plan a fuité dans les réseaux sociaux. Ce document étalé au grand jour se présente sous la forme d’une interminable liste de mesures classées par thématiques. Certaines mesures sont même rayées. Chaque ligne est assortie d’une estimation chiffrée. Par exemple, ces trois décisions « Fin de la restauration au foyer logement Notre-Dame. Hausse de tarifs de restauration et des taux de remplissage de l’hébergement des foyers logements. Reconfiguration de l’EHPAD Delphinelles dès 2019 avant fermeture » devraient permettre de réaliser entre « 250 à 700 K.euros » d’économies. Ce document, les journalistes le découvrent, mais aussi l’ensemble des citoyens et les agents eux-mêmes… Tous les services publics de Grenoble sont touchés.

 

Prise une par une, chaque décision trouverait probablement des justifications, mais la somme de toutes rend le plan indigeste.

 

Le choc est double, d’une part du fait de la brutalité de l’annonce, d’autre part de la rapidité avec laquelle certaines décisions vont entrer en vigueur. Dès cet été interviendront en effet deux fermetures de bibliothèques, des évolutions pour deux centres sociaux à la rentrée, un service de santé scolaire réduit en effectifs, la hausse du tarif d’entrée de piscine. D’autres mesures avaient déjà été présentées, comme les rythmes scolaires payants deux jours sur quatre, la hausse du tarif de stationnement, etc. Prise une par une, chaque décision trouverait probablement des justifications, mais c’est la somme de toutes qui rend le plan indigeste. Mais le maire de Grenoble considère au contraire que dévoiler l’intégralité du plan de sauvegarde est un gage de « transparence », un moyen de donner un « cap » et de « la visibilité pour refonder les services publics ».

 

Lire aussi : Quand les services expérimentent les budgets participatifs

 

Concertation a minima

Les 102 mesures que compte le plan de sauvegarde ne tombent pas non plus du ciel. Elles sont le fruit d’une réflexion menée de concert entre une équipe de quarante cadres de la ville de Grenoble et les élus de la majorité. Ces échanges ont démarré fin 2015. Mais les cadres intermédiaires et les agents n’ont pas été associés. Les services ont été informés, les uns après les autres, la semaine avant l’annonce faite à la presse.

Les 192 agents des bibliothèques ont ainsi découvert le plan et l’impact sur le réseau des bibliothèques, lors d’une réunion. 13 d’entre eux ont alors appris qu’ils quitteront leur équipement pour cause de fermeture et seront réaffectés sur dans d’autres équipements d’ici 2018. « C’est très choquant que nous n’ayons pas été associés, d’autant que des groupes d’agents travaillent volontairement depuis plusieurs mois sur un projet de modernisation du réseau. La fermeture de la bibliothèque Alliance est clairement inexplicable » assène une bibliothécaire.

 

Trois syndicats sur cinq (Sud, CGT et FO) ont refusé les réunions proposées par la direction du personnel, sur la mise en œuvre du plan.

 

Le personnel communal de la Maison des habitants de la Bajatière que la ville veut cesser de gérer, a été convoqué le 3 juin dans l’après-midi. « Les élus nous ont dit qu’ils assumaient leurs choix. Mais que c’était à nous de voir à présent, ensemble, qui restait [et travaillait avec l’association en étant mis à disposition par la ville], et qui partait ! Vous voyez l’ambiance ! ».

Le soir, la ville convoquait l’association qui gère l’autre partie de la MDH. Étonnement tout aussi grand de la présidente : « Ils nous ont présenté les choses comme s’ils étaient persuadés que nous allions reprendre les activités de la ville ! Ils arrêtent leurs services et, en plus, ils nous prennent en otage ». Un délégué syndical FO regrette : « Les directions des services auraient très bien pu se donner six mois pour consulter leurs équipes ! ». Trois syndicats sur cinq (Sud, CGT et FO) ont refusé les réunions proposées par la direction du personnel, sur la mise en œuvre du plan d’austérité. « Cette municipalité a un problème avec la notion de dialogue social » constate un syndicaliste. Reste la grève comme seul moyen de pression… Le 28 juin, le programme a été chargé pour les fonctionnaires territoriaux grévistes : manifestation contre le plan d’austérité de l’écologiste Éric Piolle, le matin, et contre la loi Travail du gouvernement PS, l’après-midi.

 

Lire aussi : Équipement : comment préserver l’investissement en période de crise ?

 

Les députés PS réclament un audit financier

Le plan d’austérité de l’exécutif municipal de Grenoble passe d’autant plus mal que l’opposition assure qu’il n’était pas nécessaire, qu’Éric Piolle ne saurait pas gérer la municipalité et qu’il aurait commis des erreurs de gestion. Et les opposants LR et PS de citer en boucle : l’achat d’un bâtiment de 8 millions d’euros où seront rassemblés différents services, la Fête des tuiles (350 000 euros), l’arrêt du contrat de mobilier urbain avec l’afficheur Decaux. On accuse aussi l’équipe municipale de mener une politique de décroissance (moins de constructions) qui n’aiderait pas à la rentrée de recettes…

 

« La ville de Grenoble applique le même régime draconien, qu’elle dénonce au niveau national et dont elle voulait protéger les habitants ! »

 

Laissant entendre qu’il y aurait un loup, les parlementaires PS ont écrit à la Cour des comptes pour réclamer un audit financier de la gestion de la ville. Agacé, l’exécutif rappelle à l’ancienne municipalité qu’entre 2011 et 2014, l’épargne a fondu passant de plus 11 millions à moins 400 000 euros « du fait de l’embauche d’agents juste avant les élections, d’une halle de tennis à 12 M€, d’une salle des musiques amplifiées pour environ le même montant, alors que ce sont des équipements qui devraient être métropolitains, et un parking désespérément vide sous le stade des Alpes » rappelle Hakim Sabri, adjoint aux finances de Grenoble. L’adjoint assure : « Ce plan de sauvegarde devrait nous amener à une épargne nette nulle ou légèrement positive, ce qui permettra de renouer avec une épargne de gestion correcte permettant d’investir et de réaliser notre programme. Pour l’instant nous avons à contrecœur renoncé à beaucoup de choses ».

 

Lire aussi : Mutualisation des dépenses publiques : vous avez dit économies ?

 

Consternation dans la population grenobloise

Quand bien même ce plan de sauvegarde se relève pertinent d’un point strictement économique, la consternation dans la population est grande. Le courrier du maire adressé à tous ses administrés n’aura pas eu l’effet escompté. Des habitants ont l’impression d’avoir été dupés. « La ville applique le même régime draconien, qu’elle dénonce au niveau national et dont elle voulait protéger les habitants ! » s’énerve un citoyen grenoblois. Certains services impactés sont hautement symboliques comme la santé scolaire ou les trois bibliothèques dont l’une dans un quartier prioritaire. Quid des engagements de la majorité écologiste de maintenir les équipements de proximité, de construire une ville à taille humaine ? « Vous nous enlevez petit à petit tout ce qu’on a dans nos quartiers » lançait une dame dépitée, à l’endroit de la première adjointe Elisa Martin (PG). On voit ainsi fleurir, ces derniers jours, des pétitions contre la fermeture d’équipements, qui engrangent des signatures par centaines. Certains habitants sont mêmes prêts à tester le nouvel outil d’interpellation, mis en place par la ville de Grenoble

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