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L'ŒIL DU POLITIQUE

 

Gestion des déchets : nous sommes face à un véritable défi territorial et social

11/08/2016 | par Marjolaine Koch | Toute l'actualité

francois_michel_lambert ©Assemblee nationale

Pour François-Michel Lambert, vice-président de la commission Développement durable et aménagement du territoire à l'Assemblée nationale, l'économie circulaire est déjà bien en marche en France. Mais l'accélération ne pourra se faire que par l'engagement des collectivités et grâce aux leviers fiscaux.

L’économie circulaire trouve-t-elle sa place dans le circuit de gestion des déchets ?

On est beaucoup plus en avance que ne le disent les médias, et cela ira de mieux en mieux grâce à la loi de transition énergétique. L’économie circulaire est intrinsèque à la transformation de notre société, qui ne peut plus supporter le gaspillage de matière et d’argent. Par exemple, dans le Libournais, cinq ou six tonneliers génèrent des déchets de bois de copeaux. Le syndicat local a déterminé un tonnage annuel et fait venir un prestataire qui récupère les déchets de bois pour faire de la chaleur avec. L’idée, c’est de caractériser les flux hors produits finis, les diminuer et les partager avec des acteurs déjà présents.

 

Une véritable transition est en marche, alors ?

Pas chez tous les élus, malheureusement. Mais nous avançons : nous sommes dans une convergence où la pression est forte sur l’accès aux ressources. Nous sommes face à un véritable défi à la fois territorial et social. Ces deux pressions rencontrent la révolution numérique. Les choses évoluent en moins d’un mandat d’un élu : à l’heure de remettre son mandat en jeu, l’élu est passé d’un monde à un autre.

 

Les innovations ont cet avantage d’accélérer la performance sur les ressources, dans une dynamique d’économie circulaire.

 

Les innovations ont donc cet avantage d’accélérer la performance sur les ressources, dans une dynamique d’économie circulaire, en s’appuyant sur la communauté. Le partage d’objets, de voitures ou de logements, qui connaît un essor fulgurant, est dans la droite ligne de l’économie circulaire. Airbnb, c’est 4 millions de nuitées sans avoir produit un kilo de béton. BlaBlaCar, c’est des centaines de millions de voitures utilisées sans qu’elles aient été construites. C’est une énorme économie de matériaux. Nous sommes dans une mutation permanente et quand une année commence, je sais qu’avant décembre, nombre d’innovations auront émergé sans même que j’en aie repéré les signaux. Et comme pour toute innovation, comme lorsque l’automobile ou l’électricité sont arrivées, il y a des élus qui se battent pour équiper au plus vite leur commune, et ceux qui estiment qu’il n’y a pas urgence, qui ne comprennent pas l’opportunité formidable que cela représente. Pour l’instant, les précurseurs sont peu nombreux mais l’avancée est inéluctable.

 

Fin 2016 ou 2017, ce qui a le plus de valeur dans les déchets ménagers aura été capté par des intermédiaires privés.

 

Mais à quelle échéance ?

J’estime que fin 2016 ou 2017, ce qui a le plus de valeur dans les déchets ménagers aura été capté par des intermédiaires privés. Il est probable qu’on ait une captation des déchets organiques par des sociétés qui viennent se servir et non rendre service, pour alimenter un méthaniseur à un coût acceptable par exemple. Cela existe déjà dans certains pays. Par l’innovation, par la sensibilité de communautés qui ne croient plus aux décisions nationales pour régler les problèmes, les déchets valorisables seront captés. Le rôle de l’État là-dedans, c’est de mettre en place les bons leviers de fiscalité et de réglementation, de montrer l’exemple. Les collectivités doivent animer, acculturer, prendre des risques et expérimenter également. Mais il ne faut plus tarder.

 

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