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PASSERELLES

 

Les pôles territoriaux de coopération économique, l’ultime chance pour l’emploi local ?

07/11/2016 | par Séverine Cattiaux | Toute l'actualité

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Pour booster l’emploi local et durable, les acteurs de l’économie sociale et solidaire s’organisent au sein des « pôles territoriaux de coopération économique » (PTCE) partout en France. Tour d'horizon...

Article publié le 12 septembre 2016

«Les PTCE correspondent à un réel besoin de développement des territoires, ce sont des accélérateurs pour l’économie sociale et solidaire » assure Christiane Bouchart, vice-présidente de Lille métropole au Développement durable et présidente du Réseau des territoires pour l’économie solidaire (RTES). L’engouement se constate dans les chiffres. Les pôles territoriaux de coopération économique, inscrits dans la loi de l’ESS de 2014, sont déjà entre 200 à 300 en France. 37 ont été labellisés par l’État (cuvées 2014 et 2016) (1). L’État a, en effet, enclenché une politique de labellisation depuis trois ans.

 

Le concept ? Une sorte de pôle de compétitivité, les valeurs sociales en plus, pour dynamiser le développement local et l’emploi durable et responsable…

 

Du reste, nombre de PTCE n’ont attendu ni la loi, ni les appels à projets pour se mettre en marche, l’idée même des pôles ayant été largement promue lors des états généraux de l’ESS de 2011. Le concept ? Une sorte de pôle de compétitivité, les valeurs sociales en plus, pour dynamiser le développement local et l’emploi durable et responsable… « Tous les mois, on apprend la mise en place d’un groupe de travail… Il y a autant de pôles territoriaux possibles que de filières ou de territoires » considère Nicolas Schvob, secrétaire général de Coorace (2) Auvergne-Rhône-Alpes. Il est vrai qu’il y a urgence à phosphorer et à jouer la carte de la complémentarité dans l’Hexagone, à l’aune du déclin économique dans lequel le pays est englué et des enjeux environnementaux à relever.

 

Des outils opérationnels… avec peu de moyens

Les PTCE sont des structures qui visent l’opérationnel rapidement. « Il y a à la fois des pôles qui s’orientent sur des secteurs qui souffrent (relocalisation de filières, culture, bâtiment) et d’autres qui vont sur les secteurs émergents (éco-activités, circuits courts alimentaires, services à la personne) » témoigne Anne-Laure Federici, déléguée générale du RTES.

« L’enjeu des pôles est de se mettre en coopération plutôt qu’en compétition » pointe, pour sa part, Sébastien Cornu, chargé de mission à l’Atelier coopératif. Ainsi l’étiquette « pôle territorial » ne sert-elle pas seulement à faire joli, mais pose un cadre dans lequel le but du jeu est de développer des passerelles entre entreprises classiques et acteurs de l’économie sociale et solidaire, en associant les organismes de la recherche et de la formation et en mettant dans la boucle les collectivités, sur un territoire donné, qu’il soit rural, ou urbain.

 

L’étiquette « pôle territorial » pose un cadre dans lequel le but du jeu est de développer des passerelles entre entreprises classiques et acteurs de lESS.

 

Les résultats ne sont pas spectaculaires dans les premières années, mais ils sont rapidement mesurables. À l’instar du PTCE « Entrepreneurs solidaires du centre Isère », un pôle labellisé en 2014 qui regroupe une vingtaine d’acteurs et 900 employés (300 ETP). « Pour 2015, l’activité du PTCE a généré 100 000 euros de volume d’activités » indique Pierre Simonnet, l’animateur du pôle territorial. Le rapprochement des acteurs de l’ESS et de l’entreprise classique est un travail qui prend du temps.

« La phase de maturation est plus longue là où les acteurs se connaissaient peu et sont particulièrement nombreux, comme dans « le Bol », pôle de coopération sur l’alimentation à Lyon » cite en exemple le secrétaire général de la Coorace.

Restent quelques difficultés : « la coordination des PTCE et la recherche sont encore difficiles à financer… » relève Sébastien Cornu, l’un des auteurs d’une étude récente portant sur 51 pôles (3). En moyenne, ces derniers fonctionnent avec une animation de deux ETP et un budget compris entre 100 000 et 150 000 euros. L’étude indique aussi que « 41 % des pôles comptent moins de un emploi ETP ».

 

Lire aussi : Économie sociale et solidaire : les dispositions du projet de loi

 

Le label, un booster

Le PTCE EcoNautes de Rennes métropole fait partie des 14 pôles sélectionnés en janvier 2016 par l’État. Sur 125 dossiers que l’État a épluchés, c’est une belle satisfaction… La thématique de ce pôle ? L’économie circulaire et l’écoconstruction. L’État abondera à hauteur de 300 000 euros au budget évalué à 985 000 euros environ, sur trois ans. Pas question de dilapider l’argent public… La structure utilisera 90 % de ces subventions pour proposer des avances remboursables aux projets impliquant des acteurs de l’ESS. Au-delà des trois années ? Laurent Prieur, l’un des deux animateurs du nouveau pôle se montre confiant : « Si le pôle les EcoNautes démontre sa pertinence, nous trouverons d’autres financements publics ou privés ».

 

Le PTCE EcoNautes de Rennes métropole utilisera 90 % de ces subventions pour proposer des avances remboursables aux projets impliquant des acteurs de l’ESS.

 

Pour d’autres, l’échéance arrive… En 2017, l’aide de l’État s’arrête pour le pôle territorial « Entrepreneurs solidaires du centre Isère », labellisé en 2014. Il s’autofinance pour l’heure, à hauteur de 20 % de son budget, grâce aux cotisations des adhérents. L’État a apporté 80 000 euros sur trois ans… Pour suppléer au retrait de l’État et à d’éventuelles baisses de subventions de collectivités, le PTCE doit impérativement trouver un nouveau modèle économique. « Nous envisageons de prendre un pourcentage sur les différentes affaires dont le PTCE sera à l’origine » déclare Pierre Simonnet.

 

Lire aussi : Hugues Sibille : « Il faut soutenir l’innovation sociale »

 

Le soutien des départements et régions en suspens…

« [Les collectivités] peuvent favoriser l’inscription des PTCE dans des dynamiques de développement local et dans leur portée territoriale » lit-on dans la récente étude sur les PTCE. La plupart des pôles sont d’ailleurs inscrits dans les schémas d’agglomération et régionaux, et dans les programmes opérationnels FSE/Feder…

 

La plupart des PTCE sont inscrits dans les schémas d’agglomération et régionaux, et dans les programmes opérationnels FSE/Feder…

 

Conséquence ? Elles en deviennent actrices et utilisatrices également… Rennes métropole, par exemple, qui soutient le pôle les EcoNautes à hauteur de 30 000 euros par an (tout comme la région), sera l’une des premières « clientes » du PTCE, sur lequel elle va s’appuyer pour répondre à ses propres enjeux de territoire « Zéro déchet, zéro gaspillage ». « Nous espérons ainsi créer un appel d’air… » indique Nathalie Wright, chargée de mission en ESS, à Rennes métropole.

Seule la reconfiguration de la compétence économique dans les territoires génère quelques inquiétudes parmi les acteurs de l’ESS… « Le département n’a pas validé à ce jour sa participation dans le cadre de sa nouvelle organisation due à la loi Notre » note Laurent Prieur, du pôle les EcoNautes. « Le soutien des régions qui ont récupéré la compétence économie : c’est le questionnement central, à l’heure où elles mettent en chantier leur schéma » déclare Sébastien Cornu.

En outre, l’heure est à l’élaboration des schémas régionaux de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) qui définit les orientations en matière d’aides aux entreprises. La région Rhône-Alpes a été plutôt volontariste jusqu’ici en matière de PTCE. On recense ainsi 30 PTCE sur son périmètre. Quelle implication demain de la région Auvergne Rhône-Alpes ? « Cela génère quelques inquiétudes et des incertitudes, mais le président Laurent Wauquiez a assuré son attachement à l’ESS [lors d’une séance de concertation auprès de 150 acteurs de l’ESS, dans le cadre de l’élaboration du schéma] » rapporte Nicolas Schvob.

 

 

 

 

 

Note

(01)Le premier appel à projets de janvier 2014 a retenu 23 lauréats sur 180 dossiers (3 millions d’euros distribués sur 3 ans). Le deuxième appel à projets de janvier 2016 : 14 lauréats sur 125 dossiers reçus (2,75 millions d’euros sur 3 ans). - Retourner au texte

(02)Fédération nationale de l’économie sociale et solidaire, rassemblant plus de 500 entreprises militantes. - Retourner au texte

(03)« L’Étude sur le rôle des collectivités dans les PTCE » porte sur 51 PTCE (sur 75 qui ont répondu), dont 28 PTCE lauréats aux appels à projets nationaux, 11 éligibles au dernier appel à projets, 41 sont signataires de la charte des PTCE. - Retourner au texte

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