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Les progrès et défis mondiaux du bien-être

11/10/2016 | par Julien Damon | Toute l'actualité

pauvrete_bien_etre © Riccardo Niels Mayer

Le prix Nobel Angus Deaton propose un grand livre d’économie. Profondeur historique et souci méticuleux de la donnée permettent de mieux saisir santé, croissance et pauvreté, tout en chargeant l’aide au développement.

Angus Deaton veut « conter l’histoire du bien-être humain ». Il tire le titre de son ouvrage du film « La grande évasion ». Steve McQueen et ses comparses s’y échappaient d’un stalag. Pour Deaton, le monde, qui ne s’est jamais aussi bien porté, voit des centaines de millions de personnes échapper à la pauvreté et à la faim. Mais, comme dans le film, certains n’arrivent pas à s’extraire de leurs difficultés. D’autres sont rattrapés.

En un mot, si tout va globalement mieux, tout n’est pas rose. Loin de là.

 

Le monde va mieux

L’humanité connaît sa « grande évasion », avec ses gagnants et ses perdants, ceux qui sont encore prisonniers de la pauvreté et de la mauvaise santé. De 1981 à 2008, alors que la population des pays pauvres augmentait de 2 milliards d’individus, 750 millions de personnes sont sorties de la pauvreté extrême. Alors que 40 % de la population mondiale vivait avec une équivalence de moins d’un dollar par jour, ce taux est passé à 14 %. Les deux géants démographiques indien et chinois, devenus des géants économiques, comptent pour une large part dans cette « évasion ». L’Afrique subsaharienne reste à l’écart de ces progrès spectaculaires.

 

En un mot, si tout va globalement mieux, tout n’est pas rose. Loin de là.

 

Angus Deaton, analysant les diverses dimensions du bien-être, insiste sur le niveau de vie matériel et la santé, deux composantes principales du progrès humain. Il s’intéresse aux entrelacs du progrès et de l’inégalité. Les inégalités, comme la force dans « La guerre des étoiles », ont un côté obscur lorsqu’elles asphyxient le progrès, généralement par accaparation d’une élite prédatrice. Elles ont leur côté positif lorsqu’elles encouragent le progrès. Allant de la révolution néolithique à la révolution numérique, Deaton synthétise les avancées médicales comme les redoutables débats sur la qualité des seuils de pauvreté.

 

L’aide illusoire

Face à la pauvreté, 134 milliards de dollars d’aide des pays riches, en 2011, représentent un peu moins d’un dollar par jour en pouvoir d’achat pour les pauvres des pays pauvres. Sur le papier, le flux d’aide serait suffisant s’il était versé directement aux intéressés, pour les sortir statistiquement de la pauvreté.

 

La lutte contre la pauvreté ne relève pas de la plomberie.

 

Or, ce n’est pas le cas et cela ne saurait l’être. La lutte contre la pauvreté ne relève pas de la plomberie. L’aide est souvent détournée dans des systèmes corrompus qui en vivent totalement (l’aide extérieure représenterait le quart des dépenses gouvernementales au Kenya, la moitié en Zambie). Selon Deaton, qui se montre par ailleurs réservé sur la généralisation des expérimentations contrôlées, l’aide financière peut saper ce qui est essentiel : des institutions efficaces. L’aide médicale, elle, passe par les canaux du savoir. « La meilleure façon d’aider les pauvres de la planète est de ne plus leur apporter une aide massive », écrit Deaton, nourrissant des polémiques ouvertes avec Oxfam ou Bill Gates.

L’auteur déclare faire confiance, non pas aveuglément à la croissance, mais raisonnablement dans la science et les institutions. Plus que le revenu, ce sont les connaissances qui améliorent le bien-être.

Il en ressort un ouvrage empreint de considérations philosophiques sur ce qui fait qu’une vie vaut d’être vécue. Le résultat, en tout cas, c’est un livre qui vaut très largement d’être lu.

 

Angus Deaton, La grande évasion. Santé, richesse et origine des inégalités, PUF, 2016, 383 pages, 24 €

Extraits :
« Comme l’essentiel de la population mondiale se compose de laissés-pour-compte, le monde est infiniment plus inégalitaire qu’il ne l’était il y a trois siècles. »

« Même en Inde et en Chine – qui se partageaient en 2005 plus d’un tiers de la population mondiale et près de la moitié des habitants les plus pauvres de la planète –, les nouveau-nés peuvent aujourd’hui espérer vivre 64 et 73 ans respectivement. »

« Le revenu et la santé se sont améliorés presque partout depuis la Seconde Guerre mondiale. Il n’y a pas un seul pays au monde où la mortalité infantile ou juvénile ne soit pas à présent inférieure à ce qu’elle était en 1950. »

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