ÇA NE MARCHE PAS COMME ÇA

 

Élu et employeur : en démocratie, c’est incompatible

07/11/2016 | par Dominique Filatre | Toute l'actualité

incompatible © freshidea

La conception de la démocratie est en train de se transformer sous nos yeux, et une sérieuse mise à jour de notre idée de la séparation des pouvoirs s’annonce. La crise de la représentation politique n’est pas lointaine, elle est là, en interne. Avons-nous des yeux pour voir ?

Faut-il, en tant que DGS, donner des conseils aux élus sur les politiques publiques à conduire ? C’est assez discutable, je ne crois pas qu’un DGS ait de légitimité pour cela. Et pourtant, je vais recommander d’en donner un aux élus : il s’agit de les inviter à se retirer le plus vite possible et au maximum de toute responsabilité de gestion des moyens en général, et de la gestion des moyens humains en particulier.

 

L’élu gestionnaire : un résultat tragique

Nous en sommes à l’ère de l’élu gestionnaire, c’est assez récent, mais aujourd’hui nous avons largement réussi la mutation du notable au gestionnaire. J’ai moi-même contribué à cette évolution, le résultat est tragique. La gestion des moyens relève du DGS et des équipes territoriales d’abord, les territoriaux sont là pour ça, quel que soit leur poste de travail. Il est utile que les élus comprennent la gestion des moyens, mais leur rôle est de définir les finalités, cela porte un vieux nom encore assez connu, la politique.

 

La démocratie récuse la domination par le statut et l’idée de décideurs en surplomb.

 

Ces élus impliqués dans l’organisation des services et des méthodes de travail cassent les pieds des cadres territoriaux. Au-delà de l’agacement qu’on entend partout, sauf sur l’estrade des divers congrès professionnels malheureusement, le problème rédhibitoire tient au positionnement hiérarchique des élus à un moment où il faudrait, au contraire, faire tomber le modèle pyramidal inadapté aux nouvelles cultures professionnelles.

La démocratie est devenue sociétale, elle reconnaît la multitude des compétences mais récuse la domination par le statut et l’idée de décideurs en surplomb. Les élus, comme beaucoup de managers, ne le mesurent pas ; il y a plus qu’un malentendu, une rupture.

 

Lire aussi : Faire face à l’élu chef de service

 

Quand la légitimité démocratique percute la relation patronale

La position d’employeur inclut un lien de subordination substantiellement contradictoire avec la conception collaborative, égalitaire et en réseau dans la perception montante de la démocratie. La légitimité démocratique percute désormais la relation patronale, parce que l’objectif est une démocratie en continu et en permanence. Croire qu’on va faire du bottom-up en campagne électorale puis du top-down tout au long du mandat, c’est bon pour les anciens qui croient encore que la démocratie consiste à élire des chefs.

Les jeunes citoyens participent moins aux élections et les jeunes agents publics ne croient pas davantage que les autres à la légitimité des chefs par l’élection. Moi non plus, et vous ?

 

Comment croire qu’on va faire du bottom-up en campagne électorale puis du top-down tout au long du mandat ?

 

Le CGCT ne connaît pas la notion d’intelligence collective et dit que le maire est chef du personnel, et alors ? Manager consiste à faire avec le droit et la société réelle, pas à les approuver. « Pouvoir d’agir » et « gouvernance plus collaborative », voilà deux expressions significatives qui figurent dès le premier des cinq principes énoncés de la Déclaration de Territoires hautement citoyens. Je conseille à tous les managers des collectivités locales de lire cette déclaration à la loupe.

 

 Lire aussi : Dircab-directeur général des services : de la place pour deux

 

 

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