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MARRONNIER

 

Absentéisme des fonctionnaires : et si on s’occupait des vrais problèmes ?

06/12/2016 | par Nicolas Braemer | Toute l'actualité

absence_costume_vide © shironosov - istock

La parution récente d’une énième étude sur l’absentéisme des fonctionnaires pose question. Pas tant sur les chiffres qu’elle révèle que sur ce qu’elle dit de nos comportements. De notre rapport aux fonctionnaires d’une manière générale. Et de notre rapport au travail en particulier. Quand cessera-t-on donc de traiter l’absentéisme autrement que comme un symptôme ?

Voilà donc que revient notre marronnier de Noël : l’absentéisme dans la fonction publique. Je me suis déjà exprimé sur le sujet, mais qu’il me soit permis de nouveau de faire quelques remarques sur la paresse intellectuelle avec laquelle on, – j’entends essentiellement la presse et les politiques – traite ce sujet.

 

Lire aussi sur emploipublic.fr : Taux d’absentéisme des fonctionnaires territoriaux : le bond de 26% expliqué aux nuls

 

Tout sur les chiffres, rien sur les causes

Tout d’abord, rappelons que le débat est (ré)ouvert par une étude d’une société privée qui tente de faire parler d’elle à coup de chiffres chocs. Certains ont intérêt à parler d’absentéisme, il est bon de le dire, pour des raisons idéologiques et/ou commerciales.

 

La presse se jette sur les chiffres de l’absentéisme avec une avidité qui n’a probablement d’égal que l’absence de recul.

 

Ensuite, la presse se jette sur ces chiffres avec une avidité qui n’a probablement d’égal que l’absence de recul. On accumule les titres et les chiffres qui claquent : « Le coût annuel par agent territorial dépasse 2 000 euros », « les chiffres chocs de l’absentéisme dans la fonction publique ». On insiste sur les chiffres qui font mouche – le coût ou l’augmentation de l’absentéisme – en ne disant pas un mot sur les causes, pourtant mises en avant par l’étude (Le Figaro) ou en les survolant (trois lignes dans Les Échos) .

 

Lire aussi : Veut-on vraiment lutter contre l’absentéisme ?

 

Enfin, et c’est capital, soulignons que nous sommes incapables de comparer les absentéismes respectifs de la sphère publique et de la sphère privée. Les fameux « taux d’absentéisme » ne sont pas calculés de la même manière, les bases des calculs ne sont pas les mêmes. Il n’existe pas, en France, de mesure fiable et comparable des chiffres de l’absence au travail tous secteurs confondus. Dès lors, ceux qui expliquent que les chiffres sont deux fois plus élevés dans le privé que dans le public se trompent, au mieux, ou mentent.

 

Bien regarder pour bien agir

Pourtant, nous pourrions porter un regard dépassionné et utile sur la question. Par exemple en commençant par dire que l’absentéisme est un symptôme. Un symptôme conjoncturel : du mal-être, de la démotivation, de la difficulté des conditions de travail, de la crise d’un secteur, de l’absurdité du management pratiqué… et de l’âge de la population étudiée, des métiers qu’elle fait, de sa composition en cadres, employés ouvriers…

 

L’absentéisme est un symptôme conjoncturel : du mal-être, de la démotivation, de la difficulté des conditions de travail, de la crise d’un secteur, de l’absurdité du management pratiqué…

 

À partir de ces chiffres honnêtes et partagés, et seulement à partir de là, on pourra agir, c’est-à-dire qu’on pourra poser un constat lucide et renseigné et prendre des mesures intelligentes et efficaces (au sens où l’objectif serait d’avoir des résultats et pas de parler) améliorer la situation. Pardon de la facilité de ma métaphore, mais c’est l’histoire du diagnostic médical indispensable à l’administration du soin.

 

Lire aussi : Absentéisme des fonctionnaires : des mensonges à la pelle

 

Si on veut à tout prix séparer le public du privé, il s’agira pour le premier d’enrayer un phénomène qui rend malheureux les agents publics, dégrade le service à la population et augmente la dépense publique pour rien. Pour le second, il s’agira d’ouvrir les yeux sur une réalité souvent mal mesurée. Accessoirement, ça nous permettrait d’avancer sur un autre chantier qui concerne lui aussi le public et le privé : celui de l’énorme masse de salariés démotivés, qui viennent au travail mais ne travaillent plus parce qu’ils ne sentent plus concernés par le travail qu’ils font.

 

 

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