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L’Uberisation de l’économie : un enjeu pour les régions, le bloc communal, ou les deux ?

07/04/2017 | par Philippe Nikonoff | Toute l'actualité

uberisation © Julien Eichinger - fotolia

Des formes nouvelles d’entreprises arrivent de plus en plus massivement sur tous les territoires. Leurs activités et leurs succès sont divers, mais elles partagent le point commun de se détacher des territoires où elles exercent tout en ayant un impact sur l’économie locale. Comment les collectivités doivent-elles appréhender ce phénomène nouveau ?

Article publié le 7 décembre 2016

• X travaille pour une entreprise de livraison de repas à domicile. Mais il travaille à son compte comme coursier même s’il dépend d’un seul employeur ;

• Y fait de la vente sur internet de câbles et connecteurs Hi-Fi haut de gamme. Elle achète en gros et revend (nettement plus cher) en détail avec un conseil adapté à chaque configuration acoustique. Elle a une bonne clientèle et travaille à domicile, n’a pas de plaque sur rue mais est connue dans toute la France ;

• Z fait de la location directe de son appartement mais travaille également en tant que chauffeur pour une société de mise en relation directe d’un client et d’un chauffeur avec voiture. C’est désormais sa seule source de revenu. Il fait concurrence aux hôtels et taxis de sa région, ce qui crée une tension régulière (sa collectivité s’interroge sur la bonne façon de mettre en place une taxe de séjour adaptée) ;

 

Il fait concurrence aux hôtels et taxis de sa région, ce qui crée une tension régulière.

 

• A et B organisent des repas au bord de la Garonne. La soirée romantique commence par une promenade sur les deux motos du couple et se termine par un repas (astucieusement conservé dans les top-cases des deux motos) en un lieu choisi avec le couple client ;

• C fait de la cuisine à domicile et du coaching dans ce domaine ;

• Comme avant, D est architecte à son domicile, il est connu dans un grand quart du pays ;

- etc.

 

Un volume d’emplois et d’entreprises en forte croissance

Ces personnes sont autoentrepreneurs ou professions libérales, elles ne sont ni en zone industrielle, commerciale ou tertiaire, ni dans des espaces économiques visibles, identifiables, mais simplement chez elles. Pourtant, elles sont de plus en plus nombreuses, certaines ont de vraies entreprises et une bonne rentabilité, d’autres ont un revenu précaire, d’autres encore sont de faux chefs d’entreprise mais de vrais/faux salariés d’une entreprise qui vend leurs prestations.

Cette économie représente un volume d’emplois et d’entreprises en forte croissance (1). Mais elle ne se limite pas à cet aspect « actif », c’est-à-dire à la création d’activités et d’emplois largement dématérialisés et presque « hors sol ». Elle s’articule aussi à une disparition d’activités plus classiques :

 

Ces autoentrepreneurs ou professions libérales ne sont ni en zone industrielle, commerciale ou tertiaire, ni dans des espaces économiques visibles.

 

- E et F ont 75 ans, ils vendent leur maison directement car ils ne voient pas l’intérêt de laisser une commission à une agence immobilière. Ce territoire très touristique commence à perdre des agences, concurrentes entre elles et dont le volume d’activité diminue ;

- après avoir survécu longtemps, le vidéo-club a mis la clé sous la porte car les clients utilisent désormais la vidéo sur demande ou le streaming ;

- la banque du quartier réduit ses effectifs en valorisant au maximum l’échange internet et espère fermer l’agence lorsque suffisamment de jeunes couples auront remplacé les personnes plus âgées, habituées à une relation humaine ;

- l’agence de voyages a fermé mais l’activité existe toujours, à domicile et sur le thème du voyage sur mesure pour des personnes à fort revenu en quête de produits adaptés ;

- l’agence de téléphonie a divisé ses effectifs par trois, l’essentiel des opérations se réalisant directement via internet et sans technicien en contact client (ou des techniciens francophones, délocalisés dans des pays à très faible salaire) ;

- la société G développe le télétravail, ce faisant, elle dispose de bureaux non utilisés qu’elle met en location à la journée, concurrençant les espaces de co-working mais également le besoin d’immobilier de bureau, donc l’activité des promoteurs. Elle envisage par ailleurs de contester le versement transport qui lui est demandé, arguant du fait que 20 % de ses salariés ne sont plus sur site mais à leur domicile (une part de ses salariés a créé également une activité en autoentrepreneurs et espère sortir ainsi de l’isolement ressenti) ;

- etc.

 

À FAIRE
• Repenser le modèle territorial : zone d’activité classique et « commerce » ne sont qu’un des aspects du développement 
• Construire progressivement une connaissance de ces acteurs, ce qui suppose d’être exhaustif dans la connaissance du tissu économique et sur le terrain
• Faire comprendre aux élus que ces acteurs habitent le territoire, ce sont des acteurs économiques et des résidents, il faut tout faire pour qu’ils ne votent pas avec leurs pieds…

 

Un sujet complexe qui concerne tout le monde

Aujourd’hui, en dehors de réflexions théoriques sur cette économie, son impact, ses enjeux sociologiques et l’impact sur la vie des villes et quartiers, les développeurs économiques sont encore peu opérationnels sur le sujet. Il est en effet réputé complexe car il suppose de s’intéresser à la totalité du tissu économique du territoire alors que la tradition a longtemps été de se limiter aux plus gros, au « commerce » (dont on comprend que la définition est aujourd’hui inadaptée) et aux parcs d’activité (qui représentent désormais une minorité des emplois et sont souvent à moitié vides).

 

Cette nouvelle économie ne constitue plus un signal faible mais un axe de développement majeur, urbain mais aussi non urbain.

 

D’ailleurs ce sujet concerne-t-il les régions ou le bloc communal ? À notre sens, les deux niveaux sont concernés :

- les régions, car cet enjeu prend une importance croissante. Il ne constitue plus un signal faible mais un axe de développement majeur, urbain mais aussi non urbain, ce qui nécessite de se poser les bonnes questions sur les zones blanches, l’accès au haut-débit partout, etc. Aujourd’hui, on peut constater que le sujet majeur reste majoritairement celui de la compétitivité, notamment à l’export et des technologies dites de pointe ;

- le bloc communal, car c’est à ce niveau que cet enjeu peut être compris, valorisé, analysé, à la fois en termes statistiques (combien d’entreprises, d’emplois, quelle diffusion physique dans les lieux d’habitation, etc.) et en termes d’aménagement (faut-il donner la priorité à l’extension de la zone d’activité ou au renforcement du haut-débit ? À la création d’un pôle tertiaire ou à des espaces de co-working et/ou à une bourse de l’immobilier rapprochant entreprises disposant de locaux à la journée ou semaine et demandeurs sur la même durée de temps ? À une zone artisanale éloignée du bourg ou à un pôle de santé le plus près possible de celui-ci afin de favoriser aussi une logique d’achats au bénéfice des commerces ?).

 

Le bloc communal a toutes les raisons de s’emparer du sujet, sans copier les régions mais en créant ses propres méthodes.

 

Le bloc communal a toutes les raisons de s’emparer du sujet, sans copier les régions mais en créant ses propres méthodes. C’est aussi l’occasion de rappeler que nous vivons dans une économie de la connaissance. On ne peut comprendre l’économie de la connaissance si on fait économie de connaissance… Comprendre cette économie pour la valoriser demande du temps, des moyens humains, du relationnel en vis-à-vis. C’est à notre sens un des enjeux les plus passionnants du renouvellement du métier de développeur !

 

 

À ÉVITER
• Sous-estimer ou refuser de voir ce que ce changement sociétal, social, économique, technologique, juridiques change dans la façon de faire du développement économique
• Être prisonnier des visions classiques de l’entreprise et de l’espace de l’entreprise : elle peut être localement invisible mais pourtant active dans le monde entier
• Être prisonnier du statut d’emploi généralisé après la Seconde guerre mondiale. L’actif aujourd’hui est de plus en plus souvent en marge de l’entreprise et hors statut salarial. (Ce qui ne va pas sans contradiction car le coursier/livreur de repas risque d’être aussi captif que le canut du 19e siècle…).

Note

(01)Cf. Insee informations rapides n° 221, 26 août 2016 « Nouveau recul des créations d’entreprises en juillet 2016 ». Ce document montre en particulier que les sociétés représentent le tiers des créations, les micro-entreprises et affaires individuelles en représentant les deux tiers. - Retourner au texte

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