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CONVICTIONS

 

Catherine Arenou : « Les maires de banlieue partagent un diagnostic commun »

16/12/2016 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

catherine_arenou © Clement Arenou

Centriste de droite, la maire de Chanteloup-les-Vignes est souvent « chambrée » par ses collègues de gauche sur une appartenance politique dont on pourrait hâtivement croire qu’elle est moins réceptive aux enjeux de cohésion sociale. Fausse route avec Catherine Arenou, qui mène depuis 2009, dans sa ville et au-delà, un combat permanent pour raccrocher ces territoires relégués au droit commun.

Dans le domaine de l’éducation, les maires interrogés par Ville et Banlieue mettent en avant les contraintes liées au chevauchement entre les territoires des géographies prioritaires. Comment faire pour y remédier ?

95 % des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) recouvrent ceux de l’éducation prioritaire. 5 %, on pourrait se dire que ce n’est pas grand-chose. Les raisons pour lesquelles les territoires Politique de la ville et Éducation prioritaire sont ainsi définis se justifient sans mal. En effet, certains territoires pauvres peuvent ne pas avoir d’établissements scolaires sur leur territoire mais être concernés par les dispositifs de la politique de la ville. Redéfinie en 2014, la géographie prioritaire devait corriger certaines dissonances perçues sur le terrain. Ce n’est pas le cas. Il faut rapidement y remédier.

 

La scolarisation des 2-3 ans est souvent considérée comme bénéfique pour les élèves des quartiers prioritaires. Il semblerait que l’on ait pris du retard sur ce dispositif…

Sur un plan personnel, je suis opposée à cette scolarisation précoce. Peut-être que d’autres maires ressentent la même chose que moi. J’ai la conviction qu’un enfant de moins de 3 ans doit être socialisé dans les structures de la petite enfance avant d’être lancé dans le grand bain de l’école maternelle. Dans ma commune, nous avons donc mis l’accent sur les équipements dédiés à la petite enfance et nous travaillons sur les trois derniers mois entre la crèche et l’école maternelle, pour permettre un passage gradué vers l’école. J’aurais plutôt tendance à m’inquiéter d’un autre phénomène, à savoir le recul de la scolarisation des enfants de moins de six ans sur la commune. J’ai d’ailleurs demandé une étude sur le sujet. Certaines familles refuseraient-elles d’inscrire leurs enfants dans des écoles qu’elles considèrent, parfois à juste titre, difficiles ? Depuis trois ans, je constate que les parents s’impliquent plus dans le choix de la scolarité de leur enfant. Au point donc de décider de le scolariser à l’âge que la loi leur impose, à savoir à partir de 6 ans.

 

Lire aussi : La politique de la ville ne peut pas tenir des promesses intenables

 

Le rôle des communes est essentiel dans la mise en œuvre du contrat éducatif. Comment travaillez-vous avec l’État ?

Les résistances restent les mêmes, sauf en cas de crise où la réactivité est très élevée. Nous avons du mal à nos projeter avec l’État sur le devenir de nos établissements. C’est sans doute lié au poids de la hiérarchie dans l’Éducation nationale, au fait, peut-être, que le professeur souhaite rester maître à bord alors que personne ne lui conteste cette primauté. C’est une situation qui me rappelle les relations tendues entre les communes et les anciens conseils généraux sur l’aide sociale. Il y avait une culture du secret qui, peu à peu, à force d’échanges, de travail en commun, a disparu. Communes et État doivent cheminer vers le même pacte de confiance. Dans les quartiers politique de la ville, nous, maires, sommes en contact direct avec une société qui évolue. L’Éducation nationale doit le comprendre et reconnaître qu’elle n’a pas le monopole du temps de l’enfant !

 

La loi inspirée par François Lamy, ancien ministre délégué à la Ville, semble recueillir, près de trois ans après sa promulgation, l’approbation des élus de terrain. Il a, semble-t-il, été un bon ministre…

C’est vrai. Quand il est arrivé, on n’y croyait pas trop. Il a eu le mérite de ne pas avoir une vision centralisatrice des problèmes dans les QPV. Il a pris le temps de la réflexion et nous y a associés. Il a insisté sur la notion de solidarité territoriale, en étendant les contrats de ville à des territoires plus vastes. Par exemple, sur un sujet auquel je tiens particulièrement, il a confirmé que c’était à l’échelle des agglomérations que les politiques de peuplement étaient les plus pertinentes. Les conférences intercommunales du logement sont des outils pertinents pour sortir des égoïsmes territoriaux. Toutes les communes sont conscientes qu’il faut construire des logements sociaux de qualité, mais il faut éviter que les endroits les plus pauvres le restent définitivement à force de voir partir les habitants les plus « aisés ».

 

Lire aussi : 20 ans après : pourquoi on ne peut pas vraiment parler d’échec des zones franches urbaines

 

Les maires de banlieue regrettent régulièrement que le droit commun ne s’applique pas avec la même universalité sur leur territoire. Les conventions triennales signées par les ministères régaliens ont-elles changé la donne ?

Le comportement évolue du côté de Pôle emploi. Les responsables sont plus impliqués. Ils m’ont invitée à construire des rencontres avec les chefs d’entreprise et les personnes sans emploi, c’est une démarche qui va dans le bon sens. Certes, sur notre territoire, nous n’avons pas inversé la courbe du chômage mais nous avons enrayé sa croissance. Pour les autres services déconcentrés de l’État, je serais plus prudente.

 

Les conseils citoyens, prévus par la loi pour faire remonter la parole des habitants, atteignent-ils cet objectif ?

Il s’y passe des choses. Je les observe avec attention et prudence. Nous avons mené une grosse rénovation urbaine sur le quartier de la Noé à Chanteloup-les-Vignes. Les habitants étaient très participatifs. Mais sur la deuxième phase du programme de rénovation urbaine, qui concerne les équipements publics, l’intérêt semble moindre. Il faut vraiment que les sujets les touchent directement. Ce qui est étonnant, c’est que les membres du conseil citoyen, tirés au sort dans la population, ont tendance à s’institutionnaliser. Or, ils doivent rester des aiguillons, réagir avec spontanéité.

 

« Rien n’est fait pour sortir les villes pauvres de leur situation », assuriez-vous en novembre 2015 lors de votre nomination au Conseil national des villes. Les bonnes volontés ne manquent pourtant pas. Qu’est-ce qui coince ?

Cette phrase, je l’ai peut-être prononcée sous l’effet de colère. Ce constat est à la fois vrai et faux. Nous sommes confrontés en permanence à des populations précaires. Si nous avions pu travailler sur la même population depuis 30 ans, nous aurions réglé un certain nombre de difficultés. Nous devons améliorer les conditions de vie des gens pour que certains quartiers ne soient plus frappés d’une mauvaise réputation. Quand je change la carte scolaire, dans le but d’améliorer la mixité sociale, les habitants les plus rétifs sont ceux qui habitaient avant dans les quartiers supposément ou réellement les plus en difficulté, comme s’ils ne voulaient plus en entendre parler.

 

Vous étiez encartée aux Républicains. Vous ne l’êtes plus. La droite traite-t-elle les quartiers de la même manière que les élus de gauche ?

Beaucoup de mes collègues du Front de gauche ou du PS, eux aussi maires de banlieue, que je croise dans les colloques me chambrent : « Je ne pouvais pas imaginer que tu étais de droite » ! Une chose est certaine : nous partageons des diagnostics communs ! J’ai quitté LR parce que cette formation se droitisait trop ! Je me sens dans la peau d’une centriste de droite.

 

 

Catherine Arenou
vice-présidente de Ville et Banlieue, maire de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) depuis février 2009, a pris la succession de Pierre Cardo, qui a énormément pesé dans les débats sur la politique de la ville. Elle est aussi vice-présidente du département des Yvelines, déléguée à l’insertion et à la politique de la ville et vice-présidente de l’Association des maires ville et banlieue de France.

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