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Pour que nos enfants vivent ensemble

05/05/2017 | par Olivier Girardin | Toute l'actualité

enfants_vivre_ensemble © hadynyah - istock

Contre ceux qui font de la laïcité une posture, le maire d’une commune populaire pousse un vrai coup de gueule. Vivre ensemble, ce n’est pas exclure l’autre au nom d’une notion qui permet de s’en prendre à une confession. Et c’est également se préoccuper, concrètement, du fait que ceux qui ont travaillé toute leur vie dans un pays puissent aussi y être enterrés.

Article publié le 11 janvier 2017

En quelques semaines, nous avons eu droit à des polémiques : Benoît Hamon d’abord, Vincent Peillon aujourd’hui… C’est pas bientôt fini ce délire de chasse aux sorcières ? Fichez la paix à ceux pour qui la laïcité n’est pas un cache-sexe pour s’en prendre à l’Islam en France. Tous ceux qui causent sans savoir de quoi ils parlent m’insupportent !

Je suis maire d’une ville où il y a une forte communauté musulmane. Je n’ai aucun problème avec les croyants de ce culte. Aucun. Pour me faire bien comprendre, je vais raconter une anecdote.

 

Plus forts ensemble

Ma ville est l’une des plus pauvres de France. Elle est donc présente dans tous les dispositifs d’appui. En matière d’éducation, les deux collèges sont en REP +.

Comme cela est l’histoire de ce pays, des gens très bien sont venus me rencontrer, ils voulaient créer un collège privé. Pas catholique ou chrétien mais en l’espèce… musulman. Logique. Alors bien sûr, moi, en tant que maire, je n’y peux pas grand-chose… Mais je ne me suis pas retranché derrière les places de parkings ou l’Éducation nationale. Je leur ai dit très tranquillement que moi, maire, si j’avais mon mot à dire, je dirais non.

 

Je me bats au quotidien pour que les gamins soient ensemble, côtoient d’autres enfants que ceux qui leur ressemblent.

 

Non pas parce que j’ai peur de l’islam ou de je ne sais quelle sornette « laïcarde » débile. Non, parce que je me bats au quotidien pour que les gamins soient ensemble, côtoient d’autres enfants que ceux qui leur ressemblent sur un plan ou un autre. Sinon, ce n’est plus ma ville, ce n’est plus mon pays, plus tout ce à quoi je crois et avec quoi j’ai grandi et me suis forgé ma culture terriblement française et pourtant faite de références venues de l’Aube (même si j’ai grandi à Paris et en région parisienne), du Maghreb, d’Afrique, d’Amérique du Sud, de l’Ex-Yougoslavie…

En tant que maire, je me battrai toujours pour que nos enfants soient plus forts que nous encore et donc jamais séparés. Je me bats tous les ans pour qu’on ne me supprime pas de classes, parce que je sais que s’il y a une possibilité pour que ceux qui le peuvent ne changent pas leurs enfants d’école, ils les laisseront si les moyens dévolus aux écoles de ma commune sont supérieurs à tout ce qu’ils pourraient trouver ailleurs…

 

Pouvoir être enterré sur la terre où on a fait sa vie

Alors non, je ne souhaite pas d’école confessionnelle chez nous. Je l’ai répondu directement à mes interlocuteurs. Et pour bien me faire comprendre, je leur ai dit : « Il y a un sujet qui, moi, me tarabuste… Dans notre ville où l’immigration maghrébine a été forte il y a 40 ans, il n’y a pas de carré musulman au cimetière. Et je trouve cela profondément choquant que des femmes et des hommes qui ont construit cette ville ne puissent pas, s’ils le souhaitent, être enterrés sur la terre qui les a vus faire leur vie… »

 

Sur l’école ou la dernière demeure, je ne suis pas un maire à « clientèles ». Je suis le maire de toute ma ville.

 

Le cimetière est trop petit aujourd’hui. Il devra être agrandi un jour. Je veux que tout le monde sache que si j’étais en responsabilité à ce moment-là… il y aurait un carré réservé pour ceux qui ont prié sous l’égide de l’islam toute leur vie et ont choisi notre terre pour être inhumés.

Voilà. C’est simple, c’est clair, c’est limpide. Je me moque de plaire ou déplaire aux uns ou aux autres. Sur l’école ou la dernière demeure. Je ne suis pas un maire à « clientèles ». Je suis le maire de toute ma ville. J’ai toujours dit les choses telles que je les pensais. Et à tout le monde la même chose. Ça ne protège pas de tout, mais ça évite les procès en sorcellerie de part et d’autre. Les gens sont beaucoup plus intelligents que ce qui se raconte parfois.

Foutez-nous la paix avec la laïcité théorique, ou alors venez passer un mois à La Chapelle-Saint-Luc. Vous verrez, c’est la galère tous les jours, mais chez nous, on sait ce que l’on est : Français en 2017.

 

 

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