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L'ŒIL DU POLITIQUE

 

Annick Girardin : « le statut, c’est aussi ce qui permet à la fonction publique d’évoluer et de s’adapter »

28/02/2017 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

annick_girardin © GGREE

Selon la ministre, Annick Girardin, les réformes du quinquennat ont permis de rapprocher fonctionnaires et usagers. Mais pour envisager sereinement le futur de la fonction publique, il faut continuer dans ce sens et cela passe par un nouveau pacte républicain entre les Français et leur service public.

Annick Girardin, ministre de la Fonction publique, est entrée au gouvernement en avril 2014 au poste de secrétaire d’État chargée du Développement
et de la Francophonie. Elle est devenue ministre de la Fonction publique en février 2016.

 

Les cadres veulent voir évoluer le statut de la fonction publique, en raisonnant plus en termes de métiers que de filières et en ayant plus de latitude pour recruter. Qu’en pensez-vous ?

Penser que le statut est figé et bloque toute réforme est une hérésie complète : en trente ans, il a été modifié plus de deux cents fois. C’est justement le statut qui garantit à la fois que le fonctionnaire porte des valeurs, c’est-à-dire qu’il n’exerce pas un métier comme un autre, et c’est lui aussi qui permet à la fonction publique d’évoluer et de s’adapter.

Je partage le point de vue des cadres : oui nous avons besoin d’avoir une approche par métiers, si l’on veut construire une fonction publique toujours plus performante. Raisonner uniquement en termes de filières ou de catégories nous emprisonne et désincarne la fonction d’agent public. Il nous faut aussi raisonner par rapport à l’usager : quels sont ses besoins ? Comment adapter l’offre de services à la réalité quotidienne des Français ?

Par exemple : il est vrai qu’aujourd’hui, compte tenu des rythmes de vie professionnelle des parents et de l’éclatement des familles, le besoin de prise en charge de la petite enfance est plus important qu’à la génération précédente. Les jours d’ouverture et les horaires doivent répondre à ces besoins. Mais il faut rester dans un cadre compatible avec les droits des agents publics à avoir eux-mêmes une vie professionnelle équilibrée. On ne va pas ouvrir les crèches la nuit pour répondre à quelques besoins exprimés.

 

Certains reprochent à votre gouvernement de naviguer à vue, notamment sur le plan financier…

La réforme territoriale répond à des objectifs de simplification, de mise en cohérence, de renforcement de la proximité, d’efficacité et d’équilibre. Cette réforme ambitieuse permet une action publique plus forte et plus proche des citoyens, dans tous les territoires de la République. Mais nous sommes encore dans une phase intermédiaire et je comprends qu’il puisse y avoir encore quelques réglages sur le terrain.

 

Si vous aviez cinq ans de plus, quels chantiers prioritaires lancerez-vous ?

Tout d’abord, je suis fière de notre action pendant les cinq ans qui viennent de s’écouler. Tout en tenant compte des réalités budgétaires, nous avons réussi à mieux reconnaître l’engagement des fonctionnaires et à redonner du sens à leur action au quotidien.

Je suis naturellement inquiète par les propositions de François Fillon de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires. Raisonner en termes uniquement comptables, en faisant peser sur les fonctionnaires tous les maux de la France, est une bien mauvaise façon d’envisager sereinement l’avenir de nos services publics. Cela participe à la fois à une forme de défiance entre l’usager et l’agent tout en sapant la légitimité de nos fonctionnaires.

Sur le fond, cela occulte la seule question qui vaille la peine d’être posée : quels services publics voulons-nous pour nos enfants ? J’aimerais que ce sujet soit au cœur de l’agenda du prochain gouvernement. Je plaide pour des assises de la fonction publique, mêlant syndicats, employeurs et usagers. Nous avons besoin d’un nouveau pacte républicain entre les Français et le service public.

Le prochain gouvernement, que je souhaite de gauche, naturellement, devra poursuivre la traque des dispositifs obsolètes qui polluent parfois les textes et les procédures. Les prochaines réformes devraient s’articuler autour de trois chantiers : la place du manager, l’impact du numérique et le bien-être au travail.

 

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