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Bienvenue dans la société postsalariale

01/03/2017 | par Julien Damon | Toute l'actualité

Bulletin_salaire_Fotolia ©Fotolia

Travailleur, consommateur, citoyen, le Français n’obéit plus, ni n’agit plus comme ce qui était attendu de lui dans la société salariale. Thierry Pech, le directeur de Terra Nova, propose une analyse fouillée de la situation française contemporaine.

 Thierry Pech, Insoumissions. Portrait de la France qui vient, Seuil, 2017, 217 pages, 18 euros.

 

Inspiré par les travaux qu’il a conduits, à Terra Nova, à « Alternatives économiques », et, plus globalement, dans l’environnement intellectuel de Pierre Rosanvallon, Thierry Pech cite aussi René Goscinny et Jacques Tati. Loin de la note ficelée pour nourrir un programme présidentiel, le texte porte sur des Français défiants et une France qui doute, dans un contexte de radicalisation et de polarisation de l’offre politique. Sous un titre choisi en réponse sarcastique au « Soumission » de Michel Houellebecq qui traite de l’effondrement français et de l’islam, le livre ne s’attarde pas sur la polémique ni, d’ailleurs, sur le sujet. Il examine le « crépuscule », l’« érosion » du salariat, sur les décombres duquel naît une « société postsalariale » dans laquelle la France entre difficilement.

 

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Trois insoumissions

Le raisonnement, élégant, est en trois temps. Les insoumissions sont, d’abord, celles de travailleurs qui n’acceptent plus la subordination hiérarchique, caractéristique du salariat. Certains s’enfuient vers l’entreprenariat, signe non pas d’une nouvelle valorisation de l’entreprise mais plutôt d’un discrédit croissant de la bureaucratie.

D’autres, plus nombreux, s’enferment dans leurs bureaux pour maugréer toute la journée sur les réseaux sociaux. Dans tous les cas, travail et vie privée, en raison de l’immixtion numérique généralisée, n’ont plus les mêmes frontières, et le droit du travail demeure largement à reprendre. Les jeunes générations, dont il ne faut pas mythifier les différences avec leurs aînés, n’acceptent pas avec bonheur le retour à la subordination pour répondre à leur précarité. Dans le cadre de ce désamour grandissant, les DRH et le management ne font pas montre de grande innovation. Ils vivent sur de pseudo-lauriers, mâtinés de jargon anglo-saxon, que leur procure en réalité la peur du chômage en période de sous-emploi endémique.

 

Thierry Pech décrit des catégories plus hantées par le spectre du déclassement que véritablement déstabilisées.

 

Les insoumissions sont, également, celles de consommateurs, aliénés par le consumérisme, qui aspirent à moins de dépendance et plus de responsabilité. Importé des États-Unis, le modèle de l’hypermarché vacille. Le consommateur repousse l’emprise et l’imposition des normes d’achat. Rétif aux agressions publicitaires, moins attentif à la propriété et davantage aux usages, il profite de l’affirmation de la multitude numérique pour tenter de s’émanciper de l’ère des masses, en valorisant l’authenticité et la personnalisation.

 

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La hantise du déclassement

Les insoumissions ce sont, enfin, celles de citoyens insatisfaits de leur système de représentation. Les classes moyennes, au cœur du jeu politique, ne constituent plus une constellation centrale pacifiée. Thierry Pech décrit des catégories plus hantées par le spectre du déclassement que véritablement déstabilisées. Leurs propres inquiétudes et une offre politique contestataire entrent cependant en résonance, déséquilibrant l’édifice politique apaisé qui a pu avoir cours pendant quelques décennies. Désormais, à défaut de stabilité, la confrontation se profile. Avec des électeurs très sceptiques à l’égard de la représentation et, pour nombre d’entre eux, investis dans de nouveaux espaces publics de délibération, où, notamment sur internet, le pire côtoie le meilleur.

Voici un essai dont la lecture donne l’impression de sortir de ses développements bien balancés avec un esprit plus clair. C’est rare.

 

 

Extraits
• « L’insubordination du travailleur, l’insoumission du consommateur et la radicalisation du citoyen grandissent sur les décombres de la société salariale, des politiques de masse et du compromis postfordiste avec lequel elles faisaient système. »

• « Les individus de la société salariale sont des plantes de serre qui se prennent pour des animaux de la jungle. » (Jean-Louis Bourlanges)

• « Le taylorisme peut survivre et même se réinventer dans l’univers climatisé des services, l’open space remplaçant l’atelier, et le tableau Excel l’établi. »

 

 

 

 

 

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