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EXPÉRIENCE

 

L’innovation dans la gendarmerie : un modèle réplicable ?

16/11/2017 | par Marjolaine Koch | Toute l'actualité

Dossier_fablab_partie3 © jxfzsy - istock

Voilà un exemple appliqué d'innovation publique. Depuis 10 ans, la gendarmerie est passée d’une réflexion d’amélioration des pratiques internes à une véritable révolution culturelle : la commercialisation de ses innovations. Pour y arriver, il a fallu de la méthode et du lâcher prise.

Article publié le 24 mars 2017

C’est certainement l’un des plus vieux protocoles au sein d’une administration : en 2007, la gendarmerie nationale lançait l’ancêtre des laboratoires d’innovation, le recueil des bonnes pratiques. Tous les dispositifs permettant d’économiser de l’argent étaient référencés et partagés au sein des différentes brigades. Les premières initiatives ont surtout permis de développer des actions de « bon sens », comme l’installation d’économiseurs d’eau (la gendarmerie met à disposition des agents des logements, mais alloue aussi des mètres cubes d’eau à chacun). En dix ans, 1 300 bonnes pratiques ont été présentées et 550 retenues. 10 à 20 % d’entre elles sont diffusées au niveau central.

 

Ne pas imposer, mettre à disposition

Ce fut la première étape, réalisée avec un mot d’ordre : ne pas imposer, juste mettre à disposition. Chaque bonne pratique est référencée dans une base avec les coordonnées de la personne à l’origine de l’initiative. Celui qui souhaite s’emparer d’un projet peut ainsi entrer en contact pour travailler en concertation. En 2009, le SGMAP décerne à la gendarmerie le premier prix aux Victoires de la modernisation. Car depuis les économiseurs d’eau du début, l’initiative a fait du chemin, au point que certains projets rapportent même des royalties à l’administration : c’est une première en France (lire en encadré).

 

Les premières initiatives ont surtout permis de développer des actions de « bon sens »

 

Chaque année, en janvier, des ateliers de performance sont organisés à Paris. C’est l’aboutissement, pour beaucoup d’agents, de mois de travail sur les « temps gris », en rognant sur leurs soirées, devant l’ordinateur ou en bricolant dans leur garage. Pour en arriver là, ils commencent par remplir la fiche « Wik’innovation » disponible sur l’intranet. Échappant totalement aux supé- rieurs, cette démarche permet d’envoyer directement leur projet à la mission de pilotage et de performance basée à Issy-les-Moulineaux. Chaque année, une centaine de bonnes pratiques est ainsi envoyée aux instances. On y trouve des inventions, des modes d’action ou d’organisation mis en place sur un territoire, qu’il est possible d’évaluer suite à une période d’essai. Sur cette centaine de projets, une quarantaine environ sera retenue et débattue lors d’« assises utilisateurs » avec des gradés. Ces derniers évalueront la qualité du projet, sa réplicabilité et les actions à mener pour l’améliorer. Un vote clôt la présentation pour sceller le sort du projet.

 

Tout ne doit pas venir « du haut »

Ne pas tout attendre de la hiérarchie : c’est ce que nous enseigne cet exemple de la gendarmerie. Gilles Boschi, en poste au conseil départemental du Pas-de-Calais, estime que « ce n’est pas d’inno- vations dont les organisations – et surtout celles publiques – ont besoin mais d’innovateurs. D’agents indignés positivement qui sont confrontés à des problématiques fortes qu’ils vont chercher à résoudre ». Pour éviter l’ubérisation des politiques publiques, un cheminement doit opérer en interne. L’innovation au service du public avec un objectif, explique Gilles Boschi : « faire pivoter les politiques publiques et les processus de mise en œuvre pour que l’expérience usager devienne référence, comme dans une entre- prise ».

 

Un protocole de développement

Grâce à ce protocole, la gendarmerie a par exemple développé des ateliers mobiles permettant de réaliser des opérations de contrôle et de maintenance des véhicules sur toutes les unités. Pour un déplacement, cinq véhicules sont contrôlés ; le ratio était inverse auparavant, les économies engendrées sont substantielles.

 

Pour un déplacement, cinq véhicules sont contrôlés ; le ratio était inverse auparavant, les économies engendrées sont substantielles

 

Un autre agent a développé une application mobile et un site, www.referentsurete.com, permettant aux gendarmes d’indiquer avec des marqueurs les domiciles à surveiller pour lutter contre les cambriolages, lors des départs en vacances. Un code couleur permet d’identifier la date du dernier passage. De leur côté, les particuliers peuvent également télécharger l’application « cambrio liste » et lister tous les biens de valeur que contient leur logement. Depuis 2012, certaines bonnes pratiques sont désormais imposées au niveau central : leur utilité évidente les a rendues incontournables. Les agents ayant participé à ce processus y reviennent souvent, par goût de l’invention. Leur participation entraîne également un courrier du directeur comptant pour leur avancement.

 

Des royalties dans les poches de la gendarmerie

La gendarmerie est la première administration française à commercialiser ses innovations. Depuis un an et demi, aidée de l’Agence du patrimoine immatériel de l’État et d’un cabinet d’avocats, elle invente le code de la vente publique. L’Institut de recherche de Pontoise, qui a développé « l’ADN rapide », une solution permettant de diviser par deux le temps nécessaire à l’analyse de l’ADN, a vu son brevet attirer les convoitises. Une société italienne s’apprête à commercialiser la méthode. Le laboratoire mobile de traitement de l’ADN, également développé par la gendarmerie, est la seule entité au monde à pouvoir faire de l’analyse sur le terrain. Déjà utilisé sur la catastrophe de la Germanwings, le laboratoire sera commercialisé par une société basée à Nancy. Pour rentabiliser ses innovations et se protéger, la gendarmerie a déposé ses noms (gendarmerie nationale, PGHM, GIGN…). Et les agents à l’origine des innovations ? Ceux qui voient leur projet commercialisé touchent des primes qui se comptent en dizaines de milliers d’euros.

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