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AUX OUBLIETTES

 

Une chape de plomb s’abat sur la politique de la ville

03/04/2017 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

contrasto urbano ©Giuseppe Porzani

Se définissant comme le « syndicat » des quartiers populaires, le collectif « Pas sans nous » a élaboré dix propositions concrètes à l’adresse des candidats à la Présidentielle. Absente des priorités publiques, la politique de la ville l’est aussi des débats autour de la présidentielle. On en reparlera seulement lors des prochaines émeutes urbaines ou à l’occasion d’une nouvelle turbulence terroriste !

Pour ceux qui suivent depuis des années les vicissitudes de la politique de la ville, il n’y a pas de quoi s’étonner : que la politique de la ville soit ou non présente dans les débats sur la présidentielle, elle reste une action publique enfermée dans une contradiction congénitale.

 

Reléguée, la politique de la ville l’a toujours été ; reléguée, elle le reste.

 

Correctrice des défaillances du droit commun dans les quartiers prioritaires, elle souffre d’une non-appropriation édifiante du concept d’interministérialité, moult conventions ayant été signées entre ministères régaliens et ministère de la Ville sans que la réalité concrète des 5 millions de Français y vivant n’ait évolué. Reléguée, elle l’a toujours été ; reléguée, elle le reste.

 

Le débat, lui aussi, est relégué

« Maintenant, il y a urgence ». Les mots de Mohamed Mechmache, coprésident de la coordination nationale « Pas Sans Nous », risquent donc, une nouvelle fois, de s’évaporer dans les couloirs des quartiers généraux des candidats à la présidentielle. Hormis quelques-uns, plus à gauche qu’à droite – faut-il le reconnaître —, la politique de la ville reste un Ovni. « Voilà 40 ans que nous subissons des politiques publiques qui n’ont fait qu’aggraver les inégalités. Comme aucun candidat n’a trouvé utile de nous solliciter pour évoquer ces questions, nous avons décidé de les interpeller directement », clame Mohamed Mechmache.

 

Hormis quelques-uns, plus à gauche qu’à droite – faut-il le reconnaître —, la politique de la ville reste un Ovni.

 

Mais le collectif est lucide : « La banlieue, on n’en parle que lorsqu’il y a des violences policières ou des problèmes de radicalisation, se lamente Nicky Tremblay, coprésidente venue de Toulouse – Le Mirail, toutes les questions de fond sur la politique de la ville sont totalement absentes de cette campagne… Ce n’est plus possible ».

 

Lire aussi : Mohamed Mechmache : « Pourquoi une fois élu, l’homme politique s’éloigne-t-il des gens ?

 

Qui s’emparera des dix propositions de « Pas sans nous » ?

Dix propositions sont posées sur la table par le collectif. Elles méritent d’être mentionnées :

1. Garantir le droit à la réussite scolaire dans les quartiers populaires, avec un droit opposable à l’éducation afin d’assurer la présence d’enseignants devant les classes tous les jours de l’année ;

2. S’attaquer au chômage en imposant le réinvestissement d’une partie des bénéfices des entreprises, commerces, banques, etc. au profit des quartiers populaires ;

3. Assurer et mettre en œuvre le droit au logement par le droit de réquisition des bâtiments et logements vides, l’arrêt des expulsions et la généralisation du scoring pour les attributions de logement ;

4. Ouvrir le droit à la CMU sans condition d’âge, de résidence, de revenus, et d’ancienneté sur le territoire ;

 

Proposition 8 : créer un fonds pour la démocratie d’initiative citoyenne, doté de 35 millions d’euros.

 

5. Faire de la lutte contre les discriminations un objectif prioritaire : supprimer les contrôles au faciès, condamner les bavures policières, créer une commission indépendante et citoyenne de vigilance des institutions policières et judiciaires ;

6. Changer le regard des médias nationaux en ouvrant le CSA à une représentation des habitant(e)s ;

7. Promouvoir la démocratie culturelle en renforçant les acteurs culturels des quartiers populaires en particulier par des financements publics ;

8. Créer un fonds pour la démocratie d’initiative citoyenne, doté de 5 % (35 millions d’euros) de l’enveloppe dédiée au fonctionnement de la démocratie représentative afin de promouvoir les associations et collectifs citoyens ;

9. Créer la fondation pour la solidarité sociale indépendante pour l’attribution des subventions aux associations ;

10. Supprimer le délit de solidarité et revoir les conditions d’accueil des migrants.

 

Un « appel » dans le désert
L’association Ville et banlieue, qui réunit les principaux maires des communes « politique de la ville, essaie, elle aussi, de secouer le cocotier. Le 15 mars 2017 à Hérouville-Saint-Clair, dans le Calvados, ils ont lancé « un appel » qui risque fort de terminer dans un désert. Fin septembre 2016, l’association avait déjà énoncé « 31 propositions ». Le 30 mars prochain, Ville et Banlieue fera le point sur le nombre de réponses reçues à l’appel du 15 mars. Nouvelle déception en vue ?

 

Des citoyens pas comme les autres

Le collectif entend promouvoir le principe de « codécision » dans le cadre des actions publiques menées dans les quartiers prioritaires. « Ceux qui sont directement concernés ne sont jamais associés », déplore Mohamed Mechmache. Au regard des débats de la présidentielle, malgré les efforts consentis par certains, il est peu probable que ces mesures soient prises en compte par les candidats. Est-ce à croire que ces citoyens, qui votent moins que les autres habitants dans d’autres quartiers, restent cantonnés dans une forme d’exception républicaine ? Les faits répondent à la place des mots…

 

Lire aussi : Catherine Arenou : « Les maires de banlieue partagent un diagnostic commun

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