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Les Civic Tech veulent rendre concrète la participation citoyenne

18/04/2017 | par Marjolaine Koch | Toute l'actualité

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Comment faire fonctionner aujourd’hui des institutions imaginées à un autre siècle ? Les Civic Tech veulent être une réponse, et veulent soigner la démocratie. Applications d’interpellation d’élus, de pétitions en ligne, de signalements de dysfonctionnements locaux, de co-construction de lois ou de financement participatif, ces nouveaux outils – plus de cinquante sont déjà mis au service des citoyens – ont tout pour les séduire. Mais parce qu’ils sortent des schémas de concertation auxquels nous sommes habitués, ces outils ont besoin d’un accompagnement particulier.

Elles ont toutes un point commun : leur dimension participative. Voilà le but des Civic Tech, un terme né aux États-Unis en 2013. Contribuer à enrichir le dialogue entre les élus et les citoyens, pour mieux faire fonctionner des institutions imaginées à un autre siècle. Arrivées en France il y a deux ans, ces plates-formes peuvent être des applications d’interpellation d’élus, de pétitions en ligne, de signalements de dysfonctionnements locaux, de co-construction de lois ou de financement participatif.

En tout, le secrétariat d’État au Numérique a référencé une cinquantaine d’outils existants. Des outils pour sortir des schémas habituels, comme les réunions d’information ou de concertation, pour attirer un public différent, souvent plus jeune, car connecté. L’ex-secrétaire d’État au Numérique, Axelle Lemaire, estimait que ces outils pouvaient contribuer « à résoudre le malaise démocratique ». À condition d’en avoir un usage ciblé, précis.

 

158 000 Parisiens ont participé au budget participatif et sélectionné un projet par arrondissement ainsi qu’un projet global.

 

La mairie de Paris a expérimenté, en 2016, le budget participatif : l’affectation de 5 % du budget de la ville a pu être décidée par les habitants pour la période 2014-2018. Ils étaient invités à déposer leurs propositions de projets sur une plate-forme, avant qu’un vote ait lieu. Plus de 158 000 Parisiens ont pris part au processus et sélectionné un projet par arrondissement ainsi qu’un projet global. En Espagne, des communes gérées par d’anciens activistes ont développé elles aussi des plates-formes de budget participatif. La plus connue, conçue en open source, se nomme Consul : elle est utilisée par plusieurs collectivités, qui l’ont chacune adaptée à leurs besoins locaux.

 

Lire aussi : Quand les services expérimentent les budgets participatifs

 

Le plus important : la dynamique citoyenne

Autre outil très concret : le « civic crowdfunding », le financement participatif civique. Collecticity, une plate-forme de financement lancée en 2016, permet aux particuliers de prêter de l’argent aux collectivités dans une limite de deux mille euros par projet, avec un rendement de 2 à 2,25 %. Cet argent est destiné à un projet précis, comme la pose de panneaux solaires sur le toit de bâtiments à Saint-Brieuc, ou la création de logements 100 % recyclables à Langouët. Daniel Cueff, le maire de cette commune de 600 habitants, est déjà en train d’élaborer un nouveau projet : « le fait que nous ayons obtenu les 40 000 euros est important pour le financement du projet, mais le plus important est la dynamique citoyenne qui s’est révélée à ce moment-là ».

 

« Cette implication nous a obligés à préciser notre projet, l’expliquer, le défendre. »

 

Trente-sept contributeurs ont participé à la levée de fonds, douze personnes n’ont pas eu le temps d’investir car le plafond était déjà atteint, douze jours avant la date de clôture. Les deux tiers des contributeurs sont des habitants de la commune et un tiers vit ailleurs en France. « Cette implication nous a obligés à préciser notre projet, l’expliquer, le défendre. J’ai trouvé très intéressant de voir affluer des personnes qui habituellement, ne viennent pas aux réunions que l’on organise. » Et l’appât du placement intéressant n’est pas le principal argument, pour les contributeurs : le plafond, fixé à deux mille euros pour des questions administratives (au-delà, les contrôles sont plus importants pour éviter le blanchiment d’argent), n’apporte pas un gain mirobolant au terme des sept ans, durée fixée pour ce prêt-ci. Le fait de placer son argent sur un projet citoyen identifié et sans aucun risque pèse bien plus dans la balance.

 

Les principaux outils par catégorie

• Démocratie locale : Tell My City, Accropolis, Assembl, Baztille, Cityzee

• Pétition et mobilisation : Change.org, CitizenCase, Cap ou pas cap, Hacktiv

• Campagnes électorales et vote : Voxe.org, MaVoix, Questionnez vos candidats, LaPrimaire.org

• Faire la loi : Cap Collectif, Regards Citoyens, DemocracyOS, Parlement & Citoyens, OpenLaw

• Financement participatif : Bulb in Town, Collecticity, Fluicity, Demodyne

 

L’enjeu : impliquer tout le monde

Mais si ces projets sont concrets, ils nécessitent une organisation pour leur donner plus d’ampleur et de résonance dans toutes les catégories de la population. C’est l’un des écueils à éviter : fournir, au niveau local, des outils numériques dont seulement une faible part des citoyens parviendra à s’emparer. Les utilisateurs des Civic Tech sont majoritairement des catégories socioprofessionnelles supérieures vivant en milieu urbain.

 

Les utilisateurs des Civic Tech sont majoritairement des catégories socioprofessionnelles supérieures vivant en milieu urbain.

 

L’accompagnement et la diversification des approches sont indispensables pour sortir de ce microcosme. À Paris, la mairie a évité l’écueil en encourageant la participation des habitants des quartiers populaires au vote du budget participatif. Des bulletins papier et des urnes ont été placés dans des services sociaux de la ville ou dans les mairies d’arrondissement. Lors des conseils de quartiers, le projet a également été communiqué aux participants.

Au final, 15 % des votants sont issus des quartiers populaires. À Langouët, commune rurale par excellence, la mairie a relayé son projet en s’appuyant sur les réseaux sociaux, les contacts individuels, les ateliers citoyens, le journal municipal et des articles en presse locale. Pour atteindre les réfractaires à l’outil numérique, six permanences de deux heures ont été mises en place. Ces créneaux ont permis d’aider les participants à créer leur profil et scanner les trois documents à fournir (pièce d’identité, preuve de domicile et RIB), pour pouvoir prêter de l’argent à la commune.

 

Voir notre dossier sur la démocratie participative

 

Un investissement d’avenir

Dans un article intitulé « Pourquoi les Civic Tech sont la prochaine grande révélation », le journaliste Mike Montgomery écrit que les dépenses en technologies « civiques » représentent 24 % de celles réalisées en technologies de l’information. Les investissements en Civic Tech progressent quatorze fois plus vite que les autres. Selon Montgomery, le rôle de ces outils technologiques va monter en puissance petit à petit au sein des institutions, pour compléter la gamme d’outils participatifs utilisés jusque-là. Faut-il pour autant croire que les Civic Tech peuvent vraiment remplir leur promesse, et relancer la vie démocratique ? Comme d’habitude, la réponse est entre les mains des élus et de l’usage qu’ils feront, ou non, de cet outil, qui ne reste qu’un outil en soi.

 

 

 

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