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Revenu universel : pour la liberté réelle

21/04/2017 | par Julien Damon | Toute l'actualité

revenu_universel ©K.-U. Häßler - fotolia

Archaïsme marxisant, utopie libertarienne, nouveau socle de protection sociale, qu’est donc ce revenu universel, qui est au cœur de bien des débats de cette élection présidentielle ? Un ouvrage cardinal en analyse les ambitions et en évalue la plausibilité.

Spécialistes de philosophie politique, Philippe Van Parijs et Yannick Vanderborght publient le traité général du revenu universel. Cette étude des justifications éthiques et des diverses propositions techniques en décortique toutes les dimensions.

 

Au service de la liberté réelle

Loin du rafistolage des politiques sociales, un tel choix matérialiserait une forme de troisième voie (même si ses auteurs n’emploient pas l’expression) entre le vieux socialisme et le libéralisme nouveau. Van Parijs et Vanderborght y voient un système de protection sociale radicalement distinct des deux autres modèles : l’assistance publique née au début du 16e siècle et l’assurance sociale née à la fin du 19e. Ces deux techniques relèvent de la « préhistoire » du revenu universel.

L’instrument n’est pas seulement conçu pour régler des problèmes conjoncturels mais comme pilier fondamental d’une société libre. Il s’agit de donner à chacun la capacité de pouvoir choisir sa vie, de poursuivre la réalisation de sa conception de la vie bonne. Que ceci passe par le travail acharné, le bénévolat ou le surf sur les plages de l’Atlantique.

 

Avant tout inconditionnel, le revenu universel n’est pas fonction des revenus.

 

Prosaïquement, la mise en place d’un revenu universel doit favoriser deux attitudes. Refuser des emplois relativement bien payés mais ennuyeux ; accepter des emplois relativement mal payés mais intéressants. L’essentiel est dans un changement de comportements induit par l’introduction d’un tel mécanisme.

Les auteurs formulent une définition précise : un revenu régulier en espèce, servi à tout individu membre d’une société, sans condition de ressources et sans prise en compte des attaches familiales. Avant tout inconditionnel, il n’est pas fonction des revenus. En ce sens il limite les « trappes à pauvreté » qui piègent dans les revenus d’assistance. Toujours servi, en totalité, même en cas de retour à l’emploi, il ne décourage pas la reprise d’activité. Individuel, il ne varie pas en fonction de la composition familiale. Il limite ainsi les « trappes à isolement » qui incitent à rester ou à se déclarer seul. Aucune contrepartie n’en est attendue. Sans obligations de tenir ou rechercher un emploi, le revenu universel permet de lutter contre les « trappes d’activité » (des pièges dans des métiers que l’on ne souhaite pas exercer).

 

Lire aussi : Revenu universel : faut-il déconnecter revenu et travail ?

 

Un montant de 25 % du PIB par tête

Van Parijs et Vandeborght suggèrent que le montant de la prestation, socle de libertés nouvelles, soit fixé aux alentours de 25 % du PIB par tête, soit environ 700 euros mensuels en France, 1 000 aux États-Unis, 1 500 en Suisse, 30 en Inde. À un tel niveau, l’allocation a la capacité d’éradiquer la pauvreté absolue, mais pas celle d’éliminer la pauvreté relative (qui demeure d’ailleurs plus une mesure des inégalités que du dénuement total).

 

Se draper dans de grands principes moraux et brandir les déficits publics n’empêche pas la discussion sérieuse qu’un tel ouvrage commande.

 

Mais comment financer le revenu universel ? En plus du remplacement des prestations et des crédits d’impôt de montant inférieur, qui pourrait concourir à un revenu à hauteur de 10 % du PIB par tête, des ressources supplémentaires sont nécessaires. Toutes les pistes sont potentiellement bonnes à suivre : taxation accrue du capital, révisions de la fiscalité sur les successions, TVA sociale, écotaxes. Aucune n’est la panacée. De toutes les manières, le sujet est affaire avant tout ici de volonté de changer radicalement, non pas de rapiécer.

Se draper dans de grands principes moraux et brandir les déficits publics n’empêche pas la discussion sérieuse qu’un tel ouvrage commande. Que l’on soit pour ou contre la perspective qui s’y dessine. À traduire d’urgence.

 

 

Extraits
« Base d’une liberté réelle égale pour tous, le revenu universel fonde un modèle social plus juste et plus efficace. »

« L’avènement du revenu universel sera à intégrer dans la famille des conquêtes fondamentales telles que l’abolition de l’esclavage et l’instauration du suffrage universel. »

 

Philippe Van Parijs et Yannick Vanderborght, Basic Income. A Radical Proposal for a Free Society and a Sane Economy, Harvard University Press, 2017, 400 pages. 

Lire aussi : Pauvreté : la reconnaître et la diminuer

 

 

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