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PRÉSIDENTIELLE

 

Ce que Macron candidat promet à la fonction publique

25/04/2017 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

Emmanuel_Macron_(3) ©Gouvernement français

Libéral modéré, Emmanuel Macron a une vision de la fonction publique mixant hollandisme et sarkozysme version 2007. Tout pour les fonctions régaliennes, beaucoup moins pour le reste avec le retour de l’indénouable question sur le salaire au mérite et une dilection assumée pour les fusions métropoles-conseils départementaux. Certaines de ses idées auront certainement le temps de s’adoucir au contact de la réalité moins simpliste. Ou pas.

Avec le temps, il sera toujours temps de mesurer l’éventuel décalage entre les intentions programmatiques et leur mise en œuvre. Face à la fonction publique, une certitude s’impose d’ores et déjà : le discours d’Emmanuel Macron, qu’il n’est pas interdit de présenter comme l’immense favori du second tour de l’élection présidentielle, souffle le chaud et le froid.

 

« La sphère publique est marquée par un déficit d’efficacité »

 

Au cours de la campagne, il est distillé quelques infos sur la manière dont il entend gérer son rapport à la fonction publique. Sur le fond, une phrase résume sa pensée : « La sphère publique est marquée par un déficit d’efficacité, avec trop de dépenses de fonctionnement et une insuffisance d’investissements ciblés et utiles ».

 

70 000 fonctionnaires territoriaux en moins

Dans la droite ligne de François Hollande, il entend privilégier deux secteurs en matière de recrutement : l’éducation et la santé. Il a ainsi annoncé la création de 4.000 à 5.000 postes d’enseignants et 10.000 postes de policiers et de gendarmes. L’intention est claire : le probable futur président de la République veut moins de fonctionnaires en 2020 qu’en 2017 ! « 500.000 fonctionnaires vont partir à la retraite. Sur la fonction publique d’État et territoriale, 120.000 ne seront pas remplacés ».

 

L’intention est claire : le probable futur président de la République veut moins de fonctionnaires en 2020 qu’en 2017 !

 

Pour la fonction publique d’État, il fixera « l’effort budgétaire en début de période, en définissant des priorités, et chaque ministre devra les décliner en rendant des comptes », indique-t-il dans Les Échos le 24 février. La fonction publique hospitalière ne serait pas concernée par cette cure d’amaigrissement. 70.000 fonctionnaires territoriaux ne seraient pas remplacés dans les 5 prochaines années. La fonction publique d’État devra faire 25 milliards d’euros d’économies sur 5 ans. Pour certains observateurs, il s’agit là d’un ripolinage de la RGPP made in Sarkozy.

 

Le retour du jour de carence et du salaire au mérite

De leur côté, les collectivités territoriales auront à se serrer la ceinture. En la matière, le grand favori du second tour entend « rompre avec la méthode de la baisse des dotations consistant à couper les vivres pour provoquer des économies. Cette méthode de régulation budgétaire est trop centralisatrice ». En guise de solution, le candidat à la magistrature suprême propose de « nouer avec les collectivités un pacte sur 5 ans dans lequel sera contractualisée une baisse de 10 milliards d’euros de leurs dépenses. Cette baisse sera à leur main ».

 

Le candidat propose de « nouer avec les collectivités un pacte sur 5 ans dans lequel sera contractualisée une baisse de 10 milliards d’euros de leurs dépenses ».

 

Autre révolution à venir : l’éternel débat sur le paiement « au mérite » reviendrait sur le devant de la scène. « Les protections légitimes des fonctionnaires ne justifient pas d’avoir des droits exorbitants », avait-il expliqué fin février sur BFM TV. Emmanuel Macron entend « donner plus de responsabilité sur le terrain », et faire en sorte que « celles et ceux sur les théâtres d’opération les plus durs soient mieux payés ». Sur le jour de carence, à l’instar de François Fillon, Emmanuel Macron veut revenir à la mesure instaurée par Nicolas Sarkozy et abrogée par François Hollande en 2012.

 

Macron doit réactualiser ses fiches de campagne !

Le 23 février dernier, au Forum des travaux publics, il avait précisé sa notion de différenciation des fonctions publiques : « Je décorrèle la gestion des trois fonctions publiques. Nos trois fonctions publiques sont gérées de manière totalement solidaire. Quand nous souhaitons augmenter le point d’indice de la fonction publique hospitalière, nous sommes contraints d’augmenter tous les fonctionnaires. Et pourtant, les hauts fonctionnaires et la fonction publique territoriale n’en ont pas forcément besoin ». Une affirmation qu’il devra replacer dans un contexte plus objectif. Quelques éléments de réponse se trouvent dans la dernière enquête Insee sur « Les salaires dans la fonction publique en 2015 » et publiée en mars 2017. Il y apprendra qu’au cours de l’année 2015, ce sont certes les fonctionnaires territoriaux qui ont le plus augmenté en moyenne leur salaire (0,8 %), contre 0,6 % pour l’hospitalière et 0,4 % pour l’État. Mais que c’est dans cette dernière fonction publique que le salaire moyen reste le plus élevé.

 

« Et pourtant, les hauts fonctionnaires et la fonction publique territoriale n’ont pas forcément besoin d’une augmentation du point d’indice »

 

Les agents d’État perçoivent même un salaire moyen plus élevé que les salariés du privé. ? Selon le rapport annuel de la Fonction publique 2015, basé sur les chiffres de 2013, le salaire moyen d’un fonctionnaire d’État était plus élevé de 267 euros qu’un salarié du privé (2 469 € contre 2 202 €). Le salarié du privé ne reprend le dessus que lorsque la moyenne intègre la territoriale et l’hospitalière (2 185 €, 1 851 pour la territoriale, 2 186 pour l’hospitalière). Bref, une fois élu, Emmanuel Macron aura certainement besoin de réactualiser ses fiches de synthèse de campagne pour mieux les arrimer à une réalité qui n’est pas celle qu’on lui a décrite.

 

La fusion Métropole-conseil départemental que redoutent les élus marseillais

Un autre projet (de campagne…) agite le Landerneau politique et notamment du côté de Marseille. Emmanuel Macron entend supprimer 25 départements français dont celui des Bouches-du-Rhône, appelé à fusionner avec la métropole Aix-Marseille-Provence. « Je veux supprimer progressivement durant le quinquennat les départements partout où il y a des métropoles », insiste-t-il. Il a étayé son propos en prenant pour exemple la métropole marseillaise : « Vous avez une métropole, Aix-Marseille, la loi la crée. Le département des Bouches-du-Rhône comporte, je crois, une vingtaine de communes hors de cette métropole (29 exactement sur un total de 112, NDLR). Est-ce que cela a beaucoup de sens de garder un département, non. Il faut fusionner le département avec la métropole Aix-Marseille ».
Emmanuel Macron souhaite agir de la même manière pour le Grand Paris. « Lille et le département du Nord doivent être fusionnés progressivement » a-t-il encore affirmé. Emmanuel Macron a souligné que ces fusions n’étaient pas « militaires et décidées d’en haut » mais qu’elles étaient justifiées par un principe de « bons sens pour réduire le mille-feuille administratif ». Simple rappel : ni Jean-Claude Gaudin, président de la métropole marseillaise, ni Martine Vassal, présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, ne sont favorables à une telle mesure.

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