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PRÉSIDENTIELLE

 

Lettre ouverte au nouveau président de la République

11/10/2017 | par Rina Dupriet | Toute l'actualité

Key with French Flag ©corund

Trop nombreux, pas assez efficaces… Pendant toute la campagne, les fonctionnaires ont été une cible de choix de bien des candidats. La réduction des effectifs de la fonction publique a fait figure de remède miracle pour des candidats qui se sont tout de même bien gardés de dire où ils voulaient tailler. Pour Rina Dupriet, administrateur territorial et maire adjoint, la question est pourtant cruciale, tant les problèmes se multiplient dans les trois fonctions publiques.

Article publié le 27 avril 2017

Au moment où l’Association des administrateurs territoriaux a publié ses 20 propositions pour le service public local à l’attention des candidats à la présidentielle, elle n’a pas hésité à afficher son projet en direction des trois fonctions publiques, d’État, hospitalière et territoriale.

 

Où faut-il dégraisser le « Mammouth » ?

Les médias au niveau local ou national (cf. le monde du 15 avril et du 18 mars 2017 notamment) ont présenté d’une manière claire les intentions des candidats en matière de suppression ou pas de postes de fonctionnaires, au prétexte qu’ils grèvent considérablement le budget de l’État et des collectivités territoriales ! Quelle image ont-ils vraiment des fonctions et des compétences de nos cadres d’intervention au sein des collectivités territoriales, des services de l’État et des établissements publics ?

 

Quelle hypocrisie notoire lorsque l’on sait que la plupart de ces candidats sont issus des grandes écoles

 

Quelle hypocrisie notoire lorsque l’on sait que la plupart de ces candidats sont issus des grandes écoles (ENA, HEC, Sciences PO, Universités etc.) qu’ils viennent eux-mêmes souvent de la fonction publique qui les a aidés à parfaire leur parcours politique, qu’ils ont été parfois eux-mêmes élus et n’ont pas hésité à voter les textes relatifs à la décentralisation.

 

Où faut-il dégraisser le « Mammouth », comme aimait à le dire un ancien ministre ? Examinons un à un les trois grands secteurs de la fonction publique.

 

Veut-on baisser la qualité des soins ?

En ce qui concerne la fonction publique hospitalière, chacun sait que la qualité des soins dans certains sites hospitaliers est déjà largement mise à mal et que c’est le plus souvent les populations les plus fragilisées qui font les frais de ces dysfonctionnements. Nous sommes dans un contexte économique et social difficile, qui se dégrade chaque jour davantage, et devant un phénomène de désertification du secteur médical dans les villes moyennes et les villages les plus éloignés des grands centres urbains. Il est regrettable de constater que les soins sont assurés au prix d’efforts de plus en plus importants du personnel médical, situation encore aggravée par la fermeture de nombreuses cliniques, contraintes de mettre la clef sous la porte ces dernières années.

 

Les soins sont assurés au prix d’efforts de plus en plus importants du personnel médical, situation encore aggravée par la fermeture de nombreuses cliniques

 

Depuis très longtemps et ce n’est pas faute de l’avoir dénoncé en son temps… notre pays manque de médecins, d’infirmiers et de personnels paramédicaux au prétexte qu’il fallait maîtriser les dépenses sociales et ne pas augmenter surtout les quotas d’accès aux universités. Parallèlement, l’État faisait appel à des salariés étrangers dont les diplômes n’ont pas toujours pu recevoir l’équivalence de nos écoles et de nos concours.

 

Intégrer et protéger : à quel coût ?

Dans la fonction publique d’État, les questions sont aussi des plus criantes. Comment assurer aujourd’hui une véritable sécurité des populations lorsque l’on sait que les effectifs de gendarmes ont fortement diminué depuis plusieurs années, que les antennes de proximité ont été souvent supprimées même dans les quartiers les plus dangereux et que le recrutement de policiers n’a pas été à la hauteur des besoins de nos territoires ! Et que dire des personnels enseignants dont le travail n’est toujours pas reconnu à sa juste valeur et qui essaient de remédier aux absences de leurs collègues sans jamais qu’on leur concède le moindre moyen pour conforter leurs équipes qui n’en peuvent plus, notamment dans les quartiers les plus difficiles dans lesquels on affecte souvent les enseignants les plus jeunes.

 

Comment est-il possible d’intégrer les enfants de ces populations déjà en souffrance ?

 

Pourquoi continuer à organiser à chaque rentrée scolaire des classes surchargées en reconnaissant ouvertement que nous manquons d’enseignants ! Le problème se fait sentir d’une manière pressante dans les quartiers souvent délaissés par les pouvoirs publics et qui comptent parfois plus de trente nationalités différentes ! Comment est-il possible d’intégrer les enfants de ces populations déjà en souffrance ?

 

De plus, à un moment où notre pays est toujours dans une situation « d’État d’urgence », comment peut-on imaginer de protéger les populations lorsque les délinquants très dangereux ne peuvent être accueillis dans les centres pénitentiaires faute de place et de personnel d’encadrement et que la justice est souvent le parent pauvre des procédures judiciaires à engager ? La liste serait trop longue ici à présenter mais chacun reconnaîtra la déficience de notre système et la faiblesse de nos politiques publiques en la matière !

 

Retrouver la lisibilité de nos services publics

Enfin, en ce qui concerne la fonction publique territoriale, le millefeuille, organisé par les gouvernements successifs depuis plus de trente ans et dont certains de leurs anciens membres s’offusquent aujourd’hui des dysfonctionnements, fait naître des violentes critiques à tous les niveaux de notre société. La multiplication de ces champs d’intervention engendre des dépenses exorbitantes dont le contribuable fait les frais au quotidien et brouille la lisibilité de nos services publics !

 

La multiplication des champs d’intervention  des collectivités engendre des dépenses exorbitantes pour le contribuable

 

Comment aujourd’hui trouver ses repères et s’adresser au bon interlocuteur lorsque l’on sait combien les secteurs de compétences sont divisés voire écartelés entre les communes, les intercommunalités, les départements, les régions et l’État ?

Si vous n’avez pas cerné clairement votre problématique sur le volet social, culturel, environnemental, urbanistique etc. alors il vous faudra courir de guichet en guichet, pour obtenir une réponse simple, celle qui vous guidera enfin vers le bon interlocuteur qui trouvera peut-être la solution à votre problème ! Comme chaque collectivité se réfugie derrière son champ de compétence, vous aurez alors la réponse du fonctionnaire territorial qui ne pourra que vous donner la réponse de l’administration qui l’emploie !

 

Retrouver le sens et l’image de la fonction publique

Quelle image donnons-nous aujourd’hui des fonctionnaires territoriaux ? Alors qu’ils sont au plus près des préoccupations des citoyens, qu’ils s’adaptent dans des conditions parfois tumultueuses aux mouvances des échéances électorales, qu’ils ne comptent pas leur temps pour assurer le suivi de leurs dossiers et la mise en œuvre de leurs missions auprès de leurs élus qu’ils suivent inlassablement quand ils arrivent aux affaires, souvent dans la précipitation, sans connaître le fond et la forme de leur travail.

 

Ne conviendrait-il pas d’organiser sérieusement des « États généraux de la fonction publique » ?

 

Plutôt que de rayer d’un coup de plumes les effectifs des fonctionnaires actuellement en poste dans les trois fonctions publiques ou d’appliquer des quotas sans aucun lien avec les besoins sur le terrain, ne conviendrait-il pas d’organiser sérieusement des « États généraux de la fonction publique ». Cela permettrait de porter une réflexion toute particulière sur les déficits en matière de métier (soins infirmiers, petite enfance, aide à domicile, sécurité, enseignement, justice, etc..), de réorganiser enfin les champs de compétences en réduisant le millefeuille dans lequel nous sommes emprisonnés depuis de nombreuses années !

 

C’est donc au nouveau président de la République que j’adresse ce message afin qu’il engage dès son arrivée une large négociation auprès de l’ensemble des partenaires associatifs et publics pour que notre fonction publique retrouve le sens et l’image qu’elle n’aurait jamais dû perdre au fil du temps !

 

 

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