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Khalid Ida-Ali : « Quand on réduit les inégalités, tout le territoire en bénéficie »

07/06/2017 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

Khalid Ida-Ali ©IRDSU

Président de l’Inter-réseaux du développement social urbain, qui réunit les techniciens de la politique de la ville, Khalid Ida-Ali considère que l’inscription de la politique de la ville dans le champ intercommunal, désormais obligatoire, est une chance pour l’ensemble des territoires concernés. Si le rodage prend du temps, il ne s’agit que d’un temps d’adaptation. Il appelle les élus à s’approprier cette politique pour affiner l’expertise de leur territoire.

Chef de projet à la ville de Vitry-le-François (Marne), Khalid Ida-Ali a été élu président de l’Inter-réseaux du développement social urbain (IR-DSU) lors du conseil d’administration du 10 avril 2017. Il appartenait déjà auparavant au bureau de l’association.

 

Vous avez récemment organisé vos journées nationales à Marseille sur le thème de l’intercommunalité. Qu’est-ce qui a motivé le choix de ce thème ?

La donne a tout simplement changé dans la mise en œuvre de la politique de la ville à l’échelle du territoire puisque l’intercommunalité, qui était optionnelle jusqu’ici, est devenue obligatoire depuis la loi Lamy de 2014. Nous avons aujourd’hui trois ans de recul et nous avons voulu savoir comment, à l’échelle du territoire, cette action publique se mettait en place. Nous sommes des techniciens de la politique de la ville. Notre réseau repose sur l’échange d’expériences. Plus que jamais, dans un contexte aussi réformateur, il était important lors de nos journées nationales (1) de faire le point sur ce sujet qui chamboule complètement la pratique sociale.

 

Lire aussi : Politique de la ville : il suffira d’un signe

 

En quoi ce passage à l’intercommunalité transforme-t-il votre travail au quotidien ?

On peut dire qu’il existe deux formes de réaction des collectivités. Celles qui ont un mode intégré de pratique de l’intercommunalité se familiarisent plus facilement avec cette nouvelle donne juridique. D’autres, et on peut parler de la nouvelle métropole marseillaise que nous avons disséquée, ont plus de mal. Tout est question d’appropriation de la démarche.

 

La réduction des inégalités sur un territoire concerne-t-elle uniquement les quartiers prioritaires ou l’ensemble du territoire ?

 

Les réformes territoriales impliquent de nouveaux organigrammes dans les collectivités. C’est une occasion de légitimer la politique de la ville, que certains exécutifs considèrent comme secondaire…

Je suis chef de projet à Vitry-le-François, dans la Marne, au cœur d’un territoire rural. Beaucoup s’interrogent sur ce que nous faisons, surtout dans ce nouveau contexte intercommunal. Je crois qu’il faut refaire appel à la fibre politique de la population. Le défi à relever est simple : la réduction des inégalités sur un territoire concerne-t-elle uniquement les quartiers prioritaires ou l’ensemble du territoire ? La réponse est contenue dans la question. Comment ne pas imaginer qu’apaiser les tensions sociales sur un périmètre impacte directement l’ensemble du territoire. Avec la loi Lamy, nous sommes un peu plus exposés à la lumière.

 

L’approche intercommunale mise sur le fait que les quartiers prioritaires ne vivent pas en vase clôt.

 

Nous, techniciens de la politique de la ville, nous sommes des experts du territoire, nous le connaissons bien, nous savons comment faire pour trouver des solutions stratégiques pour améliorer la situation d’un certain nombre d’habitants. L’approche intercommunale mise sur le fait que les quartiers prioritaires ne vivent pas en vase clôt. Chaque secteur interagit avec un autre. C’est une évidence qu’il faut tout simplement avoir à cœur de rappeler parce que certains maires considèrent que la politique de la ville ne les concerne pas. C’est une grave erreur.

 

Au sein des grosses métropoles ou agglomérations, certains se réjouissent de pouvoir parler enfin sur un pied d’égalité avec des services aux missions plus « régaliennes », tels le développement économique ou les transports.

Nous sommes enfin repérés comme des acteurs du projet de territoire à part entière. Prenons le cas du contrat local de santé sur un territoire, il est très inspiré par notre manière d’agir. Nous devons sortir de la simple course à la subvention pour aller vers de la coconstruction où notre expertise compléterait celle des autres directions.

 

Lire aussi : Une chape de plomb s’abat sur la politique de la ville

 

Beaucoup d’acteurs de la politique de la ville s’interrogent sur l’absence d’un ministère de la Ville au sein du premier gouvernement Philippe. Comment le vivez-vous ?

Ce n’est pas une réelle surprise au regard du peu d’intérêt que les candidats ont manifesté pour la politique de la ville lors de la campagne présidentielle. Cohésion des territoires, le terme est vaste. Mais je ne peux préjuger ce que le gouvernement fera. Je dis simplement que la société a besoin de messages forts pour se mobiliser et la notion d’égalité des chances est plus que jamais nécessaire dans une société qui se fracture. Il faut rappeler à la population que la politique de la ville, c’est 0,01 % du budget de l’État ! Soit 350 M€ alors que la seule réserve parlementaire mobilise 75 M€ (Ndlr, depuis cet entretien, François Bayrou, ministre de la Justice, a annoncé que cette dernière serait supprimée).

 

La société a besoin de messages forts pour se mobiliser et la notion d’égalité des chances est plus que jamais nécessaire dans une société qui se fracture.

 

Certains vous diront que vous ne comptabilisez pas les milliards d’euros investis dans la rénovation urbaine dans les quartiers ?

Cette comparaison ne tient pas et m’agace un peu. Oui, en effet, la rénovation urbaine a permis de changer le visage d’un certain nombre de quartiers. Mais ailleurs, dans la ville, les pouvoirs publics ne font-ils pas de l’aménagement, n’investissent-ils pas dans des programmes de rénovation ? La politique de la ville ne détient pas le monopole en la matière, ça se saurait…

 

On reparle souvent de la politique de la ville après les émeutes urbaines ou désormais les attentats. Le travail de fond est rarement mis en exergue.

C’est un problème qui concerne les relais d’opinion, les journalistes. Il y a aussi une manière de nommer les choses. Dans le contexte des attentats, les personnes issues de l’immigration maghrébine auraient presque l’obligation de faire amende honorable, de justifier de leur respectabilité. J’entends parfois ici ou là dire que les représentants cultuels ou les associations communautaires ne condamnent pas assez fermement le terrorisme. Mais quand un acte terroriste survient, personnellement, je ne me sens en rien visé. Je suis français, je n’ai rien à justifier. Pour sauvegarder la cohésion de notre société, nous devons faire aussi attention au sens des mots.

 

Le constat mitigé de l’AdCF
« Il existe à ce jour 435 contrats de ville signés dans le cadre des nouvelles intercommunalités », assure Romain Briot, chargé de mission politique de la ville et Europe à l’Association des communautés de France (Adcf) et présent aux journées de Marseille. À ses yeux, le bilan est « contrasté » : « Là où il existe une certaine maturité intercommunale, l’envie de travailler ensemble permet d’avancer rapidement. Ailleurs, les contrats de ville sont en panne. Il y a moins de proximité, les élus ruraux ont du mal à accéder au bon niveau de connaissance. Nous demandons donc une pause législative pour permettre aux nouvelles organisations de se mettre en place ».

 

Note

(01)Journées nationales de l’IR-DSU à Marseille les 18 et 19 mai. - Retourner au texte

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