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À São Paulo, un soutien de taille aux agriculteurs des banlieues

04/07/2017 | par Marjolaine Koch | Toute l'actualité

sao_polo_marche ©Artur Luiz_ wikimediacommons

En décembre dernier, la ville de São Paulo décrochait le dernier prix en date organisé par la fondation Bloomberg, le « Bloomberg Mayor’s Challenge ». 5 millions de dollars ont été attribués à la ville pour qu’elle développe son projet de soutien aux agriculteurs locaux. L’objectif : améliorer les liens directs avec les consommateurs pour permettre aux exploitants agricoles urbains de vivre de leur métier.

Le numérique au secours du monde agricole périurbain, voilà l’idée défendue par la ville de São Paulo, qui développe actuellement un large projet sur la thématique de l’agriculture, de son développement économique et de la préservation de l’environnement. Car ils sont environ 40.000 exploitants, dans la périphérie urbaine, à tenter de vivre de leurs terres. Des petites productions agricoles, peu rentables, menacées par l’étalement urbain. Pour éviter que ces fermiers ne cèdent à la tentation de vendre leurs terres à des promoteurs immobiliers, la ville s’est fixé comme objectif de multiplier par trois leurs revenus, en les insérant dans la chaîne de production agricole locale. Ce soutien a pour visée de maintenir des activités économiques dans les banlieues de cette immense métropole, mais aussi de préserver ces poumons verts, et l’approvisionnement en eau de 5 millions de personnes.

 

« Relier les points », un pont entre agriculteurs et consommateurs

Pour atteindre cet objectif, la ville a élaboré une plateforme appelée « Relier les points ». Autrement dit, c’est un pont entre les agriculteurs éloignés du centre et les restaurants, les marchés et les institutions en quête de produits locaux.

 

La ville s’est fixé comme objectif de multiplier par trois les revenus des petits producteurs, en les insérant dans la chaîne de production agricole locale.

 

Surfant sur la demande grandissante de produits locaux et biologiques, les élus ont flairé le potentiel que représentaient ces productions familiales dans un tel contexte. Avec cette plateforme numérique, la ville déploie et renforce la chaîne de la valeur « de la ferme à la table ». Et espère, en bout de course, multiplier les débouchés pour les agriculteurs, générer de l’emploi dans les banlieues, mais aussi augmenter la valeur de ces terres agricoles.

Ce projet a pu s’appuyer sur des lois récentes pour se déployer, dont l’une d’entre elles rendait obligatoire l’inclusion d’aliments biologiques et/ou provenant d’exploitations locales dans les cantines scolaires. Grâce à cette loi, la proportion des dépenses consacrées à ce type d’aliments est passée de 1 % en 2012 à 22 % en 2016. L’objectif, à terme, est d’atteindre 30 %, et cette plateforme pourrait contribuer à accentuer encore la tendance. Actuellement, 405 agriculteurs se sont inscrits dans cette base de données.

 

Sao Paulo, c’est…
• Près de 12 millions d’habitants intra-muros et 21 millions d’habitants en incluant les banlieues, ce qui en fait la cinquième métropole la plus peuplée au monde.
• Parmi eux : 1,8 million d’habitants vivent dans des conditions jugées très précaires.
• La métropole contribue au PIB brésilien à hauteur de 12 % : c’est le principal centre financier, commercial et industriel de l’Amérique latine ; mais c’est aussi le premier PIB de tout l’hémisphère sud.
• La culture du café et du sucre:a aidé la ville à prospérer, au XXe siècle.

 

 Lire aussi : L’implication citoyenne au cœur des politiques environnementales

 

Améliorer la chaîne alimentaire locale

L’initiative de la ville ne s’arrête pas à un outil numérique. Quantité d’actions parallèles ont vu le jour pour tisser des liens entre producteurs et consommateurs, et améliorer la chaîne alimentaire locale. Toujours dans l’optique de tripler les revenus des agriculteurs, des programmes de formation et d’assistance technique ont été mis au point pour les aider dans leurs démarches de vente et de distribution. Une « patrouille agricole » a également vu le jour, qui permet aux producteurs d’accéder aux équipements communautaires comme les tracteurs, les bennes, les distributeurs d’engrais… une bonne manière de réduire les frais fixes. Enfin depuis 2015, trois nouveaux marchés ont été inaugurés, dont deux sont ouverts aux productions familiales, et le dernier à l’agriculture biologique.

 

Grâce au compost, la ville réduit la quantité de déchets organiques à traiter.

 

Les habitants et associations de quartiers sont également visés par le programme : la création de jardins urbains partagés est encouragée, et deux mille composteurs ont été distribués gratuitement à des familles volontaires pour lancer le compostage à domicile. Grâce au compost, la ville réduit la quantité de déchets organiques à traiter. Mais en plus, elle retraite tous les déchets récoltés sur 26 marchés – soit 35 tonnes par semaine – et utilise la matière obtenue pour entretenir les espaces verts de la ville, pour les redistribuer aux petits agriculteurs et aux jardiniers urbains. L’initiative-pilote, menée d’abord sur le territoire de Lapa, a remporté un franc succès. Elle devrait être rapidement déployée dans le reste de la capitale.

 

São Paulo replace l’environnement, mais aussi une alimentation saine et durable, au cœur de son action.

 

Dans ce mouvement qui semble marquer un besoin de rééquilibrage de l’urbain avec le rural, São Paulo replace l’environnement, mais aussi une alimentation saine et durable, au cœur de son action. Et comme pour chaque projet lauréat du Bloomberg Mayor’s Challenge, la fondation, qui suit de près sa mise en œuvre, veille à ce que le résultat soit transposable à d’autres villes du monde.

 

Amérique du Sud : les quatre autres gagnants du Bloomberg  Mayor’s Challenge
290 villes se sont lancées dans la compétition organisée par la fondation Bloomberg. Si São Paulo a décroché 5 millions de dollars, quatre autres villes se sont vu remettre 1 million de dollars pour développer également leurs projets.

Santiago : réduire l’obésité infantile grâce aux communautés scolaires. Le Chili arrive en cinquième place mondiale en matière de taux d’obésité : 64 % des Chiliens de plus de 15 ans sont obèses ou en surpoids. Pour inverser la tendance, un projet nommé « Ensemble Santiago » a vu le jour. Il consiste à proposer une compétition entre communautés scolaires pour combattre l’obésité infantile dans leur quartier. Les résultats obtenus sont convertis en points qui, accumulés, ouvrent l’accès à la construction de nouveaux parcs et aires de jeux. Une approche payante dans un pays où les jeux sont plébiscités par la population.

Medellin: permettre la création de fonds de prêts entre voisin, pour réduire les prêts illégaux. Dans une ville où près de 400 000 personnes pauvres n’ont pas accès au système de prêt bancaire, les prêts illégaux proposés par des organisations criminelles sont légion. Plus de 36 % de la population serait tenue par l’un de ces prêts à taux prohibitif, qui finance le crime. La ville a décidé de contrer le mouvement en lançant « Bancuadra », un réseau de voisins prêts à réunir leurs ressources financières pour donner accès à un crédit à de plus pauvres. Une rémunération est donnée au prêteur, et l’emprunteur peut ainsi accéder à des conditions de prêt décentes.

Bogota : réduire et sécuriser les trajets maison-école.
À Bogota, plus de la moitié des élèves doit prendre le bus pour se rendre à l’école, soit 1,5 million d’enfants. Pour rendre ces trajets plus attrayants et utiles, la ville veut créer deux « heures des enfants », où des adultes pourront s’engager en échange de récompenses, pour rendre leurs trajets plus sympathiques, notamment en leur racontant des histoires.
Seuls ces bus pourront prendre des voies spéciales pour réduire la durée du trajet. Une approche holistique souhaitée pour que les enfants ne soient plus considérés comme des perturbateurs par les adultes qui partagent les bus avec eux.

• Guadalajara : combattre la corruption grâce à la « Transparence des plans d’aménagement ». Dans cette ville du Mexique, seulement 37 % des zones en développement disposent de plans d’urbanisme.
Complexité, manque de transparence sont la règle quand on souhaite construire à Guadalajara. Favoritisme et corruption sont de mise, ce qui provoque bien sûr une désorganisation de la croissance urbaine.
Pour contrer le phénomène, la ville a imaginé une plateforme en ligne sur laquelle seront référencés tous les permis de construire ainsi que les sociétés, plans et paiements afférents. Une sorte d’audit en temps réel et en accès libre. Ainsi, les montants et les attributions de marché seront visibles de tous.

Lire aussi : Carrot city : la bible de l’agriculture urbaine

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