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GRANDEUR ET DÉCADENCE...

 

L’inquiétante autosatisfaction américaine

12/07/2017 | par Julien Damon | Toute l'actualité

drapeau_americain ©Zheka-Boss - istock

À rebours de certaines idées reçues, un ouvrage de Tyler Cowen rappelle le déclin du dynamisme économique américain, et souligne l’étourdissement de la population américaine dans un statu quo satisfait. Le réveil pourrait être brutal.

Économiste de renom, animateur du célèbre blog « marginalrevolution.com », Tyler Cowen produit un nouveau livre important. L’Amérique, dont la classe moyenne continue à s’effilocher pour cause de mutations digitales, se polarise entre bénéficiaires et victimes des nouvelles réalités économiques. Elle s’unifie, cependant, dans une forte complaisance à l’égard des équilibres actuels.

 

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Aversion au changement

Parmi les premiers à dessiner la perspective d’une « grande stagnation », Tyler Cowen met cette fois-ci l’accent sur une Amérique satisfaite d’elle-même. La thèse, originale, porte sur l’aversion croissante au risque et au changement des Américains. Ils déménagent moins : les migrations inter-États ont baissé de moitié depuis les années 1960. Ils entreprennent moins : si quelques start-up sont célébrées, le nombre de chefs d’entreprise de moins de trente ans a baissé des deux tiers depuis les années 1980. La révolution numérique n’apporte pas un souffle d’énergie mais des outils en faveur d’un quotidien paisible.

 

La révolution numérique n’apporte pas aux Américains un souffle d’énergie mais des outils en faveur d’un quotidien paisible.

 

Algorithmes et réseaux sociaux favorisent l’homogamie et la quête de tranquillité. Avec les livreurs de pizza et Amazon, les Américains ne sont jamais aussi peu sortis de chez eux. Les habitants, dans des quartiers toujours plus spécialisés socialement, aspirent d’abord à du confort. Les classes supérieures, s’affichant libérales, ne veulent rien bouleverser. Les classes moyennes, écrasées par leurs préoccupations financières, ne veulent pas s’émanciper mais progresser. Les pauvres ne se révoltent plus. L’innovation est mise au service du divertissement. Gentrification et ségrégation se renforcent. L’ensemble nourrit une « économie ossifiée » faite d’abord de désirs de stabilité.

 

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Vers un retour du chaos ?

La vie quotidienne américaine n’a jamais été aussi confortable, mais la situation ne saurait être durable. À force de repousser le changement, les États-Unis se prendront les changements du monde en plein visage. Ils ne sauraient rester enfermés dans une bulle satisfaite à l’écart relatif d’un monde bouillonnant. Le propos est plus domestique que géopolitique. Pour revenir à cette démocratie vivante et innovante vantée par Tocqueville, les Américains, devenus passifs, doivent redevenir risquophiles. Au risque de ce que Tocqueville avait vu : une tyrannie de la médiocrité. Passés d’une culture collective de liberté, incarnée par la voiture personnelle, à une culture individuelle d’aliénation dans le Smartphone, ils s’abrutissent. Le mot n’est pas de Cowen, mais sa statistique, 70 heures d’écrans divers par adolescent chaque semaine, est éloquente.

 

Passés d’une culture collective de liberté, incarnée par la voiture personnelle, à une culture individuelle d’aliénation dans le Smartphone, les Américains s’abrutissent.

 

Ce monde apaisé s’avère défavorable aux hommes peu qualifiés. Une certaine dévirilisation du pays des cow-boys pèse sur les attentes et les attitudes. Ces hommes malmenés économiquement dans un univers qui a moins besoin de bras pourraient se trouver à la base de certaines rébellions que Cowen, sans appeler de ses vœux, perçoit. L’avenir risque d’être bousculé. Les émeutes de Ferguson en 2015 pourraient être un avant-goût du retour de la violence politique face à la dualisation sociale et raciale du pays. Sur un autre plan, la crise financière de 2007-2008 a été un premier choc érodant le mythe de la stabilité du système financier. Les cyberattaques n’en sont qu’aux prémices d’un essor, numérique, du crime. L’instabilité gouvernementale mettrait en question des politiques publiques aujourd’hui en pilotage automatique. En un mot, Cowen entrevoit, explicitement, une forme de chaos. Au lecteur de voir si la France est si différente.

 

Extraits

« Que les électeurs votent pour Donald Trump ou pour Bernie Sanders, ils recherchent davantage de garanties et protections. »

« Le ralentissement de la vitesse de déplacement dans des villes congestionnées se double d’un ralentissement général de la mobilité sociale. »

« Les jeunes, passés du LSD au Prozac, sont gavés de tranquillisants dès l’enfance. »

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