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NÉBULEUX

 

Le piège de la communication économique

24/07/2017 | par Philippe Nikonoff | Toute l'actualité

510_dossier2 ©Alexander Limbach_getty

On peut d’autant plus être tenté de « faire de la com’ » qu’on ne connaît pas les caractéristiques économiques du territoire. Or, depuis la «  bataille de ZAC » des années quatre-vingt-dix, les choses n’ont pas changé. Le nombre de zones industrielles et la faiblesse de l’emploi qu’elles abritent laissent voir l’ampleur du problème.

En 1990, une crise majeure de surproduction immobilière affectait la région Ile-de-France car de très nombreuses communes s’étaient lancées dans des programmes tertiaires concurrents entre eux et offrant un nombre de mètres carrés très largement supérieur aux besoins. Plus de 50 % des ZAC de l’époque se sont trouvées déficitaires. Les choses n’ont pas véritablement changé depuis, dans la mesure où zones économiques et zones commerciales continuent à fleurir, sans s’assurer de la cohérence des projets, des concurrences de proximité ou plus lointaines, de la capacité à remplir correctement les programmes et donc à les équilibrer financièrement.

 

La zone d’activité, un plan de com’ ou un vrai projet ?

Rappelons que la source majoritaire de consommation de mètres carrés n’est pas le lotissement mais les parcs d’activité et zones commerciales… Rappelons également qu’il n’y a sans doute jamais eu autant d’hectares de zones industrielles mais aussi jamais aussi peu d’entreprises industrielles. Ce paradoxe laisse penser qu’il existe un problème d’efficacité dans ces investissements publics. Pourtant, les évaluations sont pratiquement absentes alors qu’il serait facile de mesurer a posteriori le coût total du projet, les ressources fiscales générées et les emplois localisés sur ces milliers de zones et parcs d’activité.

 

Il n’y a sans doute jamais eu autant d’hectares de zones industrielles mais aussi jamais aussi peu d’entreprises industrielles.

 

Ce non-dit collectif et cette absence d’évaluation sont-ils l’indice que, dans de nombreux cas, on sait que nombre de projets sont excédentaires et sans efficacité réelle (ou une efficacité très réduite) ? Dans la vie professionnelle, nous entendons souvent des développeurs sceptiques sur ce qui a été fait. Doit-on comme certains considérer qu’au fond, une partie de ces aménagements constituerait davantage des opérations de communication pour montrer aux électeurs/habitants que l’on agit pour l’emploi ?

 

TÉMOIGNAGE
« Il faut prendre garde à ne pas appliquer partout des modèles de développement économique sans prendre en considération les éléments spécifiques du tissu économique et du territoire, comme l’environnement, l’emploi… À travers la fiscalité par exemple, nous disposons d’une source de connaissances du territoire très utile : les statistiques de la vie des entreprises et un travail de terrain, de dialogue avec les entreprises permettraient de mieux cerner ce qu’elles attendent de nous. Actuellement, les injonctions fortes du PLUI et du Scot nous obligent à repenser nos approches : c’est une bonne opportunité de réflexion dont il faut se saisir. »
Sylvanie Alain, chargée de mission en développement économique, communauté de communes du Pays de Mortagne

 

Une communication pour montrer ses muscles avant tout

Alors, la zone d’activité, un plan de com’ ou un vrai projet, cohérent et basé sur une bonne connaissance de ce que font les autres territoires ? Les deux existent mais les évaluations manquent cruellement. L’enjeu n’est pas mince : ne pas se trouver avec des hectares de terrains viabilisés, mais très peu d’emplois parce que s’il y avait une offre, il n’y avait pas véritablement de demande.

 

Parfois, le souci de communiquer prend le pas sur la réalité des faits et des chiffres.

 

Précisément, la communication a pris une importance considérable dans les collectivités territoriales et cela touche également le développement économique. Parfois, le souci de communiquer prend le pas sur la réalité des faits et des chiffres. On peut communiquer sur des chiffres mais également en créant des mètres carrés ou des hectares d’activité économique, sans véritable analyse des potentiels réels et sans évaluation a posteriori des résultats. Pourtant, il est très facile de mesurer si un parc d’activité a généré les emplois estimés, les activités envisagées, les ressources escomptées. La communication sur les caractéristiques économiques du territoire est souvent « excessive » pour ne pas dire qu’elle est approximative. Il s’agit parfois davantage de mettre en avant une puissance économique supposée par rapport à d’autres territoires que de décrire la réalité. Il ne s’agit pas ici de dire qu’il faille mettre en avant ses points faibles. En revanche, il est essentiel de les connaître si on veut essayer de les résorber.

 

Lire aussi : Faut-il supprimer votre service communication ?

 

La communication économique doit quand même rester crédible

Or, dans de nombreux cas, le tissu lui-même n’est pas connu, dans des proportions parfois surprenantes comme le montre cette agglomération importante proche de Marseille et très axée sur la logistique. Son site internet indique en effet 950 hectares de zones économiques aménagées ou en cours d’aménagement, comptant 1 000 entreprises et 6 480 salariés. Soit les chiffres annoncés sur le site sont vrais et ils sont catastrophiques (6,48 emplois par hectare), soit ils sont erronés et ils nuisent à la crédibilité du service et de la collectivité elle-même.

 

Il est techniquement possible de connaître la structure du tissu économique, les entreprises et leurs secteurs d’activité, les emplois, les ressources fiscales sur un périmètre donné.

 

Voilà à nos yeux l’illustration d’une dérive depuis une quinzaine d’années : la communication remplace parfois (souvent ?) la connaissance et nombre de collectivités communiquent sur des données lourdement erronées. Ici également, il est techniquement possible (et relativement simple) de connaître la structure du tissu économique, les entreprises et leurs secteurs d’activité, les emplois, les ressources fiscales sur un périmètre donné (une zone industrielle ou commerciale, un centre-ville, etc.) ou sur une thématique (les pôles tertiaires, logistiques, commerciaux, industriels, les centralités, etc.). Les informations existent et elles peuvent être géolocalisées, les équipes ont les compétences et les outils pour le faire. Alors, quels sont les freins à leur utilisation et à la production de données décrivant la réalité du tissu économique ?

 

TÉMOIGNAGE
« Souvent, les élus ont le réflexe de bloquer du foncier alors que ce n’est pas représentatif du besoin. Si l’on écoutait la somme de besoins de foncier des communes, on disposerait d’assez de surface pour les cinquante années à venir ! Pour bien évaluer les besoins, nous avons mis en place une ingénierie commune. Notre défi, c’est d’être capable de présenter les besoins réels aux élus et d’estimer le coût en termes de desserte, de réseau, que la communauté de communes est capable d’assumer. Et grâce à cette ingénierie, nous sommes désormais capables de répondre à des appels à projet qui étaient inaccessibles jusque-là. »
Jean-Christophe Ferrer, DGS de la communauté de communes Lomagne Gersoise

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