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LE RÈGNE DU CHACUN POUR SOI

 

Développement économique : une vision d’ensemble pour une action locale

26/07/2017 | par Philippe Nikonoff | Toute l'actualité

510_dossier_partie3 ©PM Images_getty

En matière de développement économique, agir sur un territoire est souvent synonyme d’absence de vision d’ensemble. Le faible degré de coopération, voire la concurrence, des différents niveaux de collectivités est un vrai souci. D’autant que le tissu économique évolue et que les collectivités accumulent les retards sur l’économie réelle.

Décentraliser ne veut pas nécessairement dire entrer en concurrence les uns avec les autres ou agir sans coordination. Où en est-on de cette problématique aussi vieille que les lois de décentralisation ? Au-delà des formules bien maîtrisées par les services communication, c’est bien le penser local/agir local, le chacun pour soi, qui domine en matière de développement économique.

 

Penser local et agir global ou penser local/agir local ?

L’absence de vision d’ensemble, est un des maillons faibles du développement territorial, qu’il soit d’échelle régionale, départementale ou communautaire. Les deux exemples suivants en témoignent. Les aides aux entreprises font partie du champ d’action des collectivités depuis le début. En dehors des questions qui pourraient se poser sur une éventuelle culture de l’assistanat aux entreprises, il faut bien constater que la coordination des collectivités est très faible sur ce sujet. En effet, les « chasseurs de prime » (entreprises se localisant en fonction des aides et susceptibles de déménager rapidement après perception de celles-ci) ne font pas l’objet d’un fichier national qui pourrait être structuré par les régions. Plus généralement, c’est davantage la concurrence que la coopération/coordination qui domine.

 

Rappelons que la source majoritaire de consommation de mètres carrés n’est pas le lotissement mais les parcs d’activité et zones commerciales.

 

Les politiques de transport, la mobilité constituent un enjeu essentiel pour l’accès à l’emploi. Voici l’exemple d’une agglomération de la région centre, située à dix kilomètres de la « frontière » avec l’Ile-de-France et pour laquelle les demandeurs d’emploi souvent très modestes auraient pu accéder au bassin d’emploi de l’Ouest parisien plus facilement si la carte orange, devenue Pass Navigo, avait pu être étendue. Cette question de la logique globale en matière de transport de voyageurs reste un sujet récurrent.

 

TÉMOIGNAGE
« Sur le bocage vendéen, entre chargés de développement économique, nous échangeons nos bonnes pratiques, nos informations. Des actions se mettront peut-être en place à l’avenir face à des problématiques communes à nos territoires, comme l’emploi et le recrutement. Si cela n’a pas encore vu le jour, ce n’est pas un manque de volonté mais plutôt un manque d’habitude : on ne sait pas faire. La région prend le relais du département, qui organisait des actions et coordonnait jusque-là le réseau des développeurs économiques. Une nouvelle relation doit émerger mais ne doit pas éluder le fait que les territoires entre eux peuvent élaborer des stratégies communes. »
Sylvanie Alain, chargée de mission en développement économique, communauté de communes du Pays de Mortagne

 

Un retard certain sur l’évolution de l’économie réelle ?

L’économie bouge et elle bouge vite. Le développement de l’intelligence des systèmes, la numérisation de l’économie, de la société, des territoires et des comportements, les nouvelles formes juridiques d’entreprise, la pénurie d’emploi et la méfiance de nombreux jeunes diplômés à l’égard des grandes entreprises, tout cela bouleverse toute l’économie et par conséquent les territoires eux-mêmes. Pourtant, les représentations de l’économie restent marquées par une vision traditionnelle, au fond, celle qui existait déjà lorsque l’auteur de ces lignes a commencé sa vie professionnelle il y a 35 ans : opération d’aménagement de parc d’activité, dispositif Fisac, filières majeures, grandes entreprises…

 

Lire aussi : L’ubérisation de l’économie, un enjeu pour les régions, le bloc communal ou les deux ?

 

Or, l’entreprise change massivement :
- en termes de taille, avec le développement des affaires individuelles (92 % des entreprises comptent entre zéro et neuf salariés, dont 66 % ne comptent aucun salarié) ;
- en termes de visibilité, avec le développement des entreprises depuis son domicile ;
- en termes de technologies avec le développement de l’informel et du numérique.

 

92 % des entreprises comptent entre zéro et neuf salariés, dont 66 % ne comptent aucun salarié.

 

Pourtant et de façon très dominante, l’activité des services reste centrée sur les entreprises les plus importantes et celles qui sont visibles, notamment dans les parcs d’activité. Or, s’il est indispensable de les connaître et de favoriser leur maintien, voire leur développement, il n’est plus possible de négliger les 92 % d’entreprises autres. De fait, on peut parler d’un retard certain et d’un décalage entre l’économie telle quelle, les entreprises telles qu’elles sont et les actions de nombreux services, encore limitées aux grandes entités.

 

TÉMOIGNAGE
« Il y a deux ans, nous avons répondu à un appel pour l’attractivité et la croissance des territoires, sur un projet innovant en milieu rural. Nous avons combiné l’office de tourisme avec un incubateur de start-up et un espace de coworking en milieu urbain, avec une requalification du centre-bourg. L’accompagnement mis en place au niveau de la communauté de communes nous a permis de répondre à cet appel, et décrocher 750 000 euros de budget de la part de la région, et autant de la part de l’État. Ce projet, d’un coût total de 2 millions d’euros, n’aurait pu être financé sans cette coordination. Désormais, notre rôle est d’accompagner les communes lorsqu’elles souhaitent monter ce type de dossier. »
Jean-Christophe Ferrer, DGS de la communauté de communes Lomagne Gersoise

 

 

Lire aussi : La loi Notre favorise-t-elle l’économie de proximité ?

 

 

 

 

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