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La jeunesse à deux vitesses

07/11/2017 | par Julien Damon | Toute l'actualité

513_chemin_jeunesse © ra2 studio - adobestock

Un système éducatif contre-productif et un marché du travail fermé pèsent toujours davantage sur une partie de la jeunesse qui décroche. Quatre experts livrent des constats synthétiques et des propositions enlevées.

La machine à trier. Ou comment la France divise sa jeunesse, Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo, Olivier Galland, André Zylberberg, Paris, Eyrolles, 2017, 185 pages, 12 euros.

 

Publié à l’origine en 2011, ce livre sur les difficultés contemporaines de la jeunesse en est à sa troisième édition actualisée, signe de son succès. Succès mérité d’ailleurs car il réunit et synthétise un ensemble de conclusions importantes sur la jeunesse française à deux vitesses.

 

Les inégalités d’accès aux études régressent, mais pas les disparités des chances et des capacités.

 

Les signataires, quatre bons connaisseurs des situations et des politiques ayant trait à la jeunesse insistent sur un point crucial : le problème n’est pas d’abord intergénérationnel mais intragénérationnel.

 

Lire aussi : Alain Villemeur : « Il faut réinventer un contrat entre les générations »

 

Trajectoires divergentes

Alors que les inégalités d’accès aux études tendent à régresser, les disparités des chances et des capacités ne se réduisent pas. De fait, le niveau éducatif global a pu monter alors que les écarts continuaient à se creuser. Le décrochage est de plus en plus net entre les jeunes sortis sans formation du système scolaire et les autres. La jeunesse tient en un univers commun d’aspirations et de trajectoires divergentes. Les non-diplômés apparaissent à la fois moins permissifs sur le plan moral, moins civiques sur le plan social, et moins confiants dans les institutions publiques.

 

Les enquêtes réunies montrent des jeunes déclassés qui sont humiliés (on les dit « stigmatisés ») mais aussi résignés et repliés.

 

Les enquêtes réunies par les auteurs montrent des jeunes déclassés qui sont humiliés (on les dit « stigmatisés ») mais aussi résignés et repliés. Leur mise à l’écart, à partir d’un « tri sélectif » dès le primaire qui se poursuit tout au long d’un enseignement à pédagogie verticale et magistrale, est un danger. Le système éducatif sélectionne impitoyablement (mais sans le dire). Le marché du travail amplifie la différenciation des chemins. La protection sociale, extrêmement dense, mais dirigée vers les familles et les seniors oublie les jeunes adultes. Le système scolaire aggrave ce qu’il prétend combattre.

 

Lire aussi : Benoît Meyronin :  » La génération Y doit transformer vos pratiques managériales »

 

Des propositions versées au débat

Sans misérabilisme jeuniste, ni gérontophobie démagogique, nos quatre auteurs présentent une France des statuts, aux élus âgés, qui ne considère pas défavorablement ses jeunes, mais qui leur est fermée. Toujours précis et informé (malgré une petite confusion entre l’allocation logement sociale et l’ensemble des aides au logement), le texte contient de vives critiques à l’endroit de certains programmes (comme les emplois jeunes dans le secteur public). Il avance aussi des propositions stratégiques : restriction drastique des possibilités de cumul des mandats ; révision de la forme et des contenus l’enseignement (plutôt que de la taille des classes) ; soutien à l’apprentissage ; ouverture du RSA aux moins de 25 ans avec des contreparties plus affirmées ; établissement d’un contrat unique de travail ; suppression envisageable des notes et des classements.

 

En réformant la formation professionnelle, on pourrait investir massivement dans des programmes précoces et un accompagnement puissant pour les plus en difficulté.

 

Une idée forte est, notamment en réformant la formation professionnelle, d’investir massivement dans des programmes précoces puis dans un accompagnement puissant pour les plus en difficulté (avec un encadrant pour trente jeunes).

Contenu et vivacité experte du propos rappellent un excellent rapport, rendu en 2007, il y a dix ans, à l’Académie des sciences morales et politiques, sous le titre « La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse » et préfacé par deux anciens Premiers ministres Raymond Barre et Pierre Messmer. Ce petit livre, aussi vif que concis, appuyé sur de la donnée robuste et fraîche, a été conçu pour animer le nouveau débat présidentiel sur la jeunesse en 2012. Avec ses actualisations, il s’est inséré à nouveau dans les discussions préalables à l’élection de 2017. Et il alimente maintenant les discussions sur ce qui doit vraiment être décidé…

 

 

Extraits
« Les jeunes ne connaissent ni déclassement systématique, ni paupérisation généralisée, ni déclin des valeurs. Mais il y a deux jeunesses. »

« Le fossé va grandissant entre des insiders précocement sélectionnés et des outsiders écartés par la dictature des diplômes. »

« Les mondes de l’éducation et du travail sont particulièrement durs avec les faibles. »

 

 

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