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Paraboles du management au travers des séries télévisées

14/11/2017 | par Bruno Cohen-Bacrie | Management

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The Young Pope, Dr House, les Soprano, The Walkind Dead... Benoît Aubert et Benoît Meyronin coordonnent un ouvrage collectif qui propose une exploration des questions managériales contemporaines au travers décalé – mais exigeant – des séries TV. Qu’est-ce que MacGyver et Sherlok nous apprennent sur la manière d’innover par exemple ? Des réponses ici.

Benoît Aubert, âgé de 48 ans et titulaire d’un DBA de l’Université de Newcastle, est directeur de l’ICD (International Business School Paris (groupe IGS)) et enseignant-chercheur en marketing.
Benoît Meyronin, âgé de 46 ans, est professeur à Grenoble École de Management et directeur associé de l’Académie du Service.

Le management donne lieu à beaucoup d’ouvrages mais l’approche par les séries TV est plutôt rare…

Le management s’est toujours nourri de paraboles en allant puiser dans l’univers du théâtre, de l’art plus généralement (le manager, chef d’orchestre) ou encore du sport (le manager, coach de son équipe). Qu’il s’agisse d’aller chercher l’inspiration, un éclairage sur telle ou telle notion ou encore un ancrage dans un univers passionnel qui aide à dédramatiser certains sujets (la gestion de crise par exemple) en les abordant sous un angle différent favorisant la prise de recul, les raisons en sont multiples. Tout cela a contribué bien sûr à faire évoluer les pédagogies du management en mobilisant des acteurs, des metteurs en scène ou encore des coaches sportifs et des musiciens.

 

Les séries TV nous offrent un portefeuille inépuisable de paraboles qui peuvent parler à un public contemporain.

 

Finalement, les séries TV ne sont jamais qu’une forme de parabole : elles nous offrent un portefeuille inépuisable de paraboles qui peuvent parler à un public contemporain. Elles font désormais partie de l’imaginaire collectif et, à ce titre, elles constituent un référentiel commun qui permet de fédérer des participants autour de métaphores, de clins d’œil, de personnages, de situations… plus ou moins connus.

À titre d’exemple, nous commençons l’ouvrage par un chapitre écrit par Monika Siejka sur le Dr House, un médecin qui fait l’unanimité quant à l’absence apparente de compétences managériales !

Par ailleurs, la recherche et les publications académiques dans les domaines du management sont devenues très pointues, avec un risque réel d’éloignement entre les chercheurs et les praticiens. L’ouvrage se présente donc aussi comme un support pédagogique visant à favoriser une plus grande proximité.

 

Prendre de la hauteur sans se prendre au sérieux
« L’entreprise, c’est tout de même le domaine du sérieux par excellence ! Pour autant, elle s’est aussi découvert un besoin de rire, de décalage, d’humour voire de « cool ». On le retrouve notamment lors des séminaires d’entreprise et nous voulions que cela se vive aussi à travers ce livre : prendre de la hauteur en se prenant moins au sérieux… Cette approche peut être également extrêmement utile pour donner un regard différent à nos étudiants sur le monde professionnel qu’ils appréhendent.
Cela veut dire aussi que cette part du jeu, c’est une dimension inhérente à toutes les formes de relation sociale et que l’entreprise est aussi (d’abord ?) une formidable scène, pour user de la métaphore shakespearienne : managers et collaborateurs, entre eux et face aux clients, jouent un ou plusieurs rôles…
Mais, plus fondamentalement, les entreprises se préoccupent de plus en plus de l’expérience de leurs collaborateurs, de leur qualité de vie au travail, voire de leur « bonheur » comme on le voit ici ou là. Mais quid des managers ? Dans ce contexte, chaque manager doit pouvoir être au clair sur cette part de « comédie humaine » et si nous pouvons aider à cette mise à distance, à cette forme de lâcher-prise, nous en serions très heureux ».

 

Vous indiquez notamment vouloir renouveler les grandes problématiques managériales : diversité, structure et matière narrative… ?

Dans l’ouvrage, nos contributeurs et nous, nous voulions pouvoir montrer les chemins plus ou moins nouveaux qui se sont ouverts ces dernières années, qu’il s’agisse du marketing des services, du management de l’innovation ou encore de la manière de traiter les différentes formes possibles de leadership. Ces approches ne sont pas toujours bien connues et a fortiori bien répandues dans les entreprises : en les rendant accessibles à travers une forme attrayante, ludique, nous voulions aider à cette sensibilisation. Ainsi The Young Pope (chapitre écrit par Éric Le Deley) nous interroge sur la jeunesse et la modernité au sein des entreprises, le personnage central de The Walking Dead (écrit par Oihab Allal-Cherif), Rick Grimes, ou la dirigeante politique de Borgen (chapitre rédigé par Fabrice de Zanet), nous aident quant à eux à découvrir les grands styles de leadership.

 

Les entreprises souffrent d’une hyperspécialisation et de la fameuse culture des silos : il y devient très difficile de dialoguer entre experts.

 

Mais il s’agissait aussi pour nous de restituer à l’entreprise toute sa richesse, toute sa dimension systémique : trop souvent, les ouvrages sont le fait de spécialistes qui développent un champ d’expertise circonscrit – et nous avons nous-mêmes « commis » ce type de contributions ! Avec nos auteurs, nous souhaitions donc redonner à l’entreprise toute sa densité, en parlant de management, d’innovation, de leadership, de marketing… dans un seul et même ouvrage.

Les entreprises souffrent d’une hyperspécialisation et de la fameuse culture des silos : il y devient parfois très difficile de dialoguer entre experts ! À travers notre livre, nous voulions contribuer à la diffusion d’une langue commune qui parle de l’entreprise dans sa globalité et pas, seulement, d’un domaine bien précis et artificiellement isolé du reste du monde. Pour finir, c’est aussi le caractère universel du management que nous voulons souligner, lui qui tend à se démultiplier en champs spécialisés : management des PME ou des associations, management public territorial, management hospitalier… Certes, il ne s’agit pas de nier les nuances propres à chaque univers, mais il nous semble que ce qui les rapproche (l’Humain) est bien plus essentiel que ce qui les distingue. En ce sens, notre livre s’adresse autant aux managers des entreprises qu’aux acteurs des collectivités territoriales, de l’hôpital ou du logement social.

 

Lire aussi : Ce que Mowgli et Baloo nous apprennent

 

Beaucoup d’exemples de séries sont cités dans l’ouvrage collectif. Lesquelles vous paraissent les plus « significatives » ?

Elles le sont toutes ! L’intérêt de cette pluralité, c’est aussi de proposer des univers professionnels extrêmement différents, puisqu’évoluant dans le monde de l’hôpital, des entreprises mafieuses, de la politique ou encore des pompes funèbres ! Quel que soit notre horizon professionnel, donc, chacun d’entre nous peut s’y retrouver.

 

Lire aussi : Soyez des hip-hop managers !

 

Vous montrez au travers des contributions multiples que les auteurs se focalisent souvent sur un personnage et ses enseignements plus que sur la série même. Pourquoi ?

Si les séries rencontrent le succès critique et public qu’elles connaissent aujourd’hui, c’est d’abord parce qu’elles mettent en scène des personnages forts, complexes – « trop humains » pourrions-nous dire – jusque dans leurs excès. Les vies tortueuses de Ray Donovan (écrit par Mireille Pallares) ou de Don Draper dans Mad Men en sont de bons exemples.

 

Leurs difficultés à vivre, à gérer leurs relations familiales et/ou professionnelles, à faire des choix difficiles, tout cela nous parle !

 

En dépit de ces derniers, elles ou ils nous ressemblent… Leurs difficultés à vivre, à gérer leurs relations familiales et/ou professionnelles, à faire des choix difficiles, tout cela nous parle ! Or l’entreprise, ce n’est jamais qu’un « assemblage disparate » d’êtres humains qui doivent cohabiter au service d’un dessein collectif qui les dépasse tous… De ce point de vue, les séries permettent de nous recentrer sur ce qui compte vraiment, à savoir l’Humain. C’est pourquoi deux parties sur les quatre qui composent l’ouvrage sont consacrées l’une au management des hommes et l’autre au leadership.

 

 Lire aussi : Le management à travers les âges

 

 

 

 

 

 

 

Approfondir le sujet

Lire

De MacGyver à Mad men, Quand les séries TV nous enseignent le management, Dunod, 2017

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