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Menaces sur la protection sociale

04/12/2017 | par Julien Damon | Toute l'actualité

argent social ©kirill_makarov - adobestock

Voici un livre qui agacera. Il ne correspond pas bien à son titre, ni à son sous-titre provocateur « L’asphyxie solidaire ». Signé par un éminent spécialiste, passé par les hautes responsabilités administratives et par la recherche universitaire, il propose un tableau singulier des évolutions de la protection sociale et des écueils qui la menacent.

Jean de Kervasdoué, Qui paiera pour nous soigner ?, Fayard, 2017, 301 pages, 18 euros.

 

 

Ce nouvel ouvrage de Jean de Kervasdoué est, pourrait-on dire, un mélange. Le ton varie entre attachement et agacement à l’égard de la protection sociale. Certains y liront un pamphlet libéral, même si l’auteur se dresse contre la mise en concurrence dans l’assurance maladie. D’autres critiqueront un patchwork de remarques et sentences bien senties sur les gouvernements récents et en place. Le propos est pourtant aussi informé que subtil. La thèse est simple. L’assurance maladie est un joyau aux bienfaits extraordinaires. Il importe de la préserver, mais pour cela il convient de la comprendre, puis de la réinventer.

 

Des vérités sur la protection sociale

Jean de Kervasdoué a raison sur bien des points. D’abord, il souligne que les niveaux de connaissance et d’intérêt pour la protection sociale (qui représente tout de même 33 % du PIB) sont très faibles. Ensuite, il insiste pour que les ordres de grandeur soient connus, dans un pays où le goût pour les chiffres ne verse que dans le sensationnalisme et le lamento compassionnel, quand la majorité des Français est incapable de faire une simple règle de trois.

 

Les niveaux de connaissance et d’intérêt pour la protection sociale (qui représente tout de même 33 % du PIB) sont très faibles.

 

L’économiste de la santé met l’accent sur des vérités. Un point capital dans l’évolution du système de santé, consiste à en mesurer la qualité. Il faut certes assurer l’égalité dans l’accès aux soins ; il faut assurer l’accès à des soins de qualité. L’auteur met également en évidence la déperdition de ce qui était démocratique dans le projet de sécurité sociale et les errements contemporains du paritarisme.

Il rappelle, avec une haute capacité de synthèse, que les difficultés de financement du système proviennent, en partie, du refus de payer. Ce refus de payer s’incarne de deux manières : le travail au noir et l’évasion/optimisation fiscale.

Kervasdoué sait restituer avec pédagogie les tenants et aboutissants de grandes évolutions, comme le progrès médical ou l’approfondissement européen. Il montre combien le système français est passé de logiques d’affiliations professionnelles, à une généralisation et une universalisation des prestations sociales. Il sait dire ce que sont les dérives d’un système, par exemple le glissement de la posture d’assuré social impliqué à celle non pas de client mais d’usager consommateur inconscient de ses devoirs.

 

Lire aussi : Santé : pourquoi le droit commun est en panne

 

Chimères, licornes et zombies

L’auteur sait également parler des politiques publiques, de leurs mythes et de leurs difficultés. Il propose une « taxonomie fantasmagorique », un « bestiaire foisonnant », des promesses récurrentes. Il se penche ainsi sur les chimères – ces bêtes fantastiques, bizarres et irréelles – de l’égalité et de la prévention.

Il se penche aussi sur certaines licornes – ces animaux superbes qui n’existent pas et peuvent ruer dans les brancards si on cherche à les faire exister – comme le recours à de purs marchés comme gages d’efficacité dans la gestion des soins ou bien la volonté d’éradiquer intégralement les conflits d’intérêts.

Il se penche enfin sur des zombies, des réformes récurrentes qui sont des réformes de morts-vivants. Elles peuvent également renaître de leurs cendres, comme le sphinx. Kervasdoué range dans cette catégorie le numerus clausus ou la mise en œuvre du « dossier médical personnalisé » (désormais « partagé »).

 

Les potions du docteur Kervasdoué vont de l’appel au ressaisissement responsable et raisonnable, à la nécessité d’expérimenter (de nouvelles formes de rémunération des médecins par exemple) jusqu’à la division par deux du nombre des hôpitaux. On le voit il n’a pas sa langue ni sa plume dans sa poche…

 

Lire aussi : Déserts médicaux : pourquoi laisse-t-on mourir des territoires ?

 

Extraits
« On ne pense plus, on émeut. On n’analyse plus, on condamne. On n’informe plus, on montre. »
« Le mépris de l’argent public oublie que chacun des euros dépensés a un jour été ‘privé’, car prélevé sur un ménage ou une entreprise. »
« La paix, la démocratie, comme la protection sociale, créent un infini désir d’Europe. »

 

 

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